Incidents au centre d'entraînement de l'OM : le président du club dénonce "des forces à l'œuvre à Marseille qui cherchent le chaos"

Le président de l'OM, Jacques-Henri Eyraud, a dénoncé sur franceinfo les violences au centre d'entraînement de l'Olympique de Marseille, samedi. "On est déterminés à ne pas céder face à des individus qui n'ont de supporters de l'Olympique de Marseille que le nom", a-t-il affirmé.

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Radio France
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Un supporter de l'OM devant le centre d'entraînement du club, dimanche 31 janvier 2021, à Marseille. (NICOLAS TUCAT / AFP)

Au lendemain des graves incidents qui ont eu lieu à la Commanderie, le centre d'entraînement de l'Olympique de Marseille, le président du club Jacques-Henri Eyraud a fait part sur franceinfo de sa "tristesse" et de sa "colère". "On est déterminés à ne pas céder face à des individus qui n'ont de supporters de l'Olympique de Marseille que le nom", a poursuivi le dirigeant, annonçant que de premières plaintes avaient été déposées dimanche matin. Le président de l'OM a par ailleurs dénoncé "des forces à l'oeuvre à Marseille qui cherchent le chaos".

franceinfo : Dans quel état d'esprit vous trouvez-vous ?

Jacques-Henri Eyraud : C'est évidemment de la tristesse. Quand on est dans ce centre, on voit à quel point ces dégâts sont importants et la violence a été très forte. Mais c'est aussi de la colère parce qu'on est déterminés à ne pas céder face à des individus qui n'ont de supporters de l'Olympique de Marseille que le nom, en tout cas, qui ne méritent pas ce statut.

Quel est le bilan humain et matériel ?

On a deux employés blessés. On a dix voitures endommagées. Le bus de l'équipe première est lui aussi endommagé, des nombreuses vitres brisées, cinq arbres qui ont été incendiés, un PC sécurité totalement saccagé, des barrières brisées, des grilles arrachées, des vols de matériel aussi.

C'est particulièrement grave puisque certains de ces énergumènes sont rentrés dans le bâtiment de l'équipe professionnelle qui devrait être un sanctuaire. C'est la maison des joueurs. C'est à eux. Ils sont rentrés et ils ont commis des vols. Ce qui a été fait hier à la Commanderie est tout simplement inacceptable. Et on ne doit plus le revoir, jamais. On est en train de chiffrer précisément ces dommages, mais ils sont évidemment très importants.

Avez-vous porté plainte ?

Nous allons déposer plainte. Nous avons commencé à déposer des plaintes ce matin au commissariat de police de l'Évêché, à Marseille. Nous continuerons au fur et à mesure que des éléments nouveaux viendront nourrir notre analyse. Et puis, nous collaborons pleinement avec les forces de police et la justice pour essayer de retrouver certains des auteurs de cette expédition punitive, pour qu'ils soient jugés et pour qu'ils répondent de leurs actes parce qu'aujourd'hui, en France, autour du sport, autour du football, on ne peut absolument pas justifier de tels actes.

Comment on est arrivé à de tels excès ?

C'est une conjonction d'un certain nombre de facteurs. C'est vrai que d'abord, on est dans un contexte et dans un pays au bord de la crise de nerfs. Pour ceux pour qui le football est tout, et c'est vrai qu'à Marseille, des milliers de supporters voient cette équipe comme une source de fierté, comme aussi une source d'espoir, cela fait maintenant un an qu'ils n'ont pas de football. Voir les matchs à la télévision dans des stades vides, c'est vrai que c'est une source de frustration. Je ne dis pas cela pour excuser ce comportement, mais c'est vrai que chez ces supporters, il y a énormément de sentiment de frustration, de colère. Quand les défaites s'accumulent, ce qui est malheureusement notre cas depuis quelques semaines, on voit des débordements comme ceux-là.

Mais moi, je pense qu'il y a beaucoup plus que des débordements de violence gratuite. Je crois qu'il y a aussi des forces à l'œuvre à Marseille qui cherchent le chaos, qui l'ont cherché d'ailleurs depuis des années et même bien avant que nous arrivions aux commandes de ce club. Nous, nous avons essayé de les combattre. Nous continuerons à les combattre, mais je crois qu'il ne faut pas être des pompiers pyromanes. Si on aime vraiment l'OM, alors même dans les moments difficiles, on doit soutenir le club. On doit soutenir ses joueurs. Ce n'est pas le cas d'un certain nombre de personnes, d'un certain nombre d'individus. Ils portent aussi leur responsabilité dans ce qui s'est passé hier. 

Marseille n'est-elle pas prisonnière de sa passion du football ?

Il n'y a pas de fatalité. Je crois que Marseille doit arrêter d'être synonyme de chroniques judiciaires, de malversations, de magouilles. C'est ce que l'on a essayé aussi de faire modestement à notre place. Et d'autres avant nous d'ailleurs, avaient commencé ce travail. Mais je crois qu'il faut lutter contre ça. Il faut lutter contre cette image que certains ont donnée de Marseille et de l'Olympique de Marseille, hier.

Ces images ont fait le tour du monde. Quel est l'impact de ces images ?

Qu'est-ce que des joueurs vont dire demain en ayant vu ces images ? Est-ce qu'ils voudront venir ? Est-ce qu'ils voudront prêter leur talent à l'équipe de l'OM et essayer de nous aider à gagner des titres, à retrouver le plus haut niveau ? Qu'est-ce que vont dire des techniciens, des entraîneurs, des cadres, des managers et des dirigeants qui seraient tentés par ce club formidable en voyant ces images ? On va continuer à dire que l'OM, c'est nous. Non, l'OM, ce n'est pas eux, l'OM ce n'est certainement pas ça.

Et je peux vous dire que les centaines de témoignages qui affluent chez nous sont la preuve que ce qui a été fait hier ne retient pas l'assentiment d'une majorité très importante de supporters. Alors, on doit réfléchir à ce qui s'est passé. On doit aussi continuer à essayer de dialoguer parce que c'est par le dialogue qu'on trouve des solutions à des impasses ou à des problèmes. Mais le dialogue, c'est aussi le respect les uns des autres. Et donc, on refusera toujours ces excès de violence. Ils n'ont pas leur place dans le football, dans nos sociétés et à l'Olympique de Marseille en particulier.

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