Guerre en Ukraine : Dmitry Rybolovlev, président russe de l’AS Monaco, un cas qui interroge

La situation de l'homme d’affaires à la tête du club monégasque depuis 2011, dont il est également l’actionnaire majoritaire, fait parler depuis le début du conflit en Ukraine.

Article rédigé par
Maÿlice Lavorel - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
L'homme d'affaires russe Dimtri Rybolovlev, actionnaire majoritaire de l'AS Monaco, lors d'un match de son club le 18 mai 2019 au stade Louis II. (MAXPPP)

Après l’annonce du retrait de Roman Abramovitch de la direction de Chelsea en raison de sa proximité affichée avec Vladimir Poutine, en France, les regards se portent vers Dmitry Rybolovlev. Le président de l’AS Monaco compte parmi les grandes fortunes de son pays. Il pourrait, lui aussi, être inquiété par les sanctions qui planent au-dessus des oligarques russes, en représailles à la guerre déclenchée en Ukraine, même si la situation demeure floue sur le Rocher. Car l'homme a une double nationalité (russe et chypriote), et sa proximité avec le pouvoir actuel n'est pas aussi limpide que celle de son homologue des Blues.

Des relations plus distantes avec la Russie et le Kremlin

Arrivé à Monaco à l’hiver 2011, Dmitry Rybolovlev entretient des relations plutôt éloignées avec son pays d’origine. Le natif de Perm, dans l’Oural, qui a fait fortune en investissant dans l’engrais de potasse dans les années 90 (sous Boris Eltsine), s’est rapidement tourné vers l’international. "Rybolovlev aurait décidé de faire des affaires à l’étranger, notamment parce qu’il n’était plus trop en odeur de sainteté en Russie", explique Lukas Aubin, docteur et chercheur en géopolitique, spécialiste de la Russie. Il a également obtenu, depuis, la nationalité chypriote. Par rapport à d’autres hommes d’affaires de son pays, le président monégasque apparaît donc moins proche de Vladimir Poutine et du pouvoir russe.

Dmitri Rybolovlev est un homme mystérieux. Oligarque russe et actionnaire majoritaire de l'AS Monaco depuis 2011, il se défend d'être un proche de Vladimir Poutine.

S'il a figuré dans le "Putin Accountability Act", dévoilée le 19 janvier, liste établie par le Congrès américain de personnes de nationalité russe à sanctionner en raison de leur proximité avec Poutine,.il n'a pas été inquiété ni maintenu sur la liste des personnalités russes effectivement sanctionnées. "C’est possible que les sanctions puissent le toucher durement également", note Lukas Aubin. "Les oligarques sont visés, en se disant que toucher le portefeuille des plus grandes puissances de Russie, ça peut influencer la politique russe", ajoute-t-il. Lundi soir, le cabinet du prince Albert a annoncé que Monaco adoptait et mettait en oeuvre sans délai le gel des avoirs et les sanctions économiques de l'Union européenne contre la Russie, qui ne concernent pas pour l'instant Rybolovlev.

Différent du cas Abramovitch

De manière générale, le cas de Rybolovlev apparaît comme différent de celui d’Abramovitch à Chelsea. "Abramovitch a plus suivi la ligne de Poutine, dans le sens où Poutine avait demandé aux oligarques, dans les années 2000, d’investir dans le sport, et Abramovitch s’était exécuté" d'abord en construisant cent terrains de foot en Russie, puis en allant à l'étranger, précise Lukas Aubin. "Rybolovlev n’était pas du tout dans cette démarche-là. C’était plutôt une forme d’opportunisme dans le doute pour éviter d’avoir des problèmes en Russie, il a investi à l’étranger." De quoi le tenir, pour l’instant, éloigné de sanctions européennes.

Mais la situation peut encore changer, avec des conséquences possibles sur le club de l’AS Monaco. "Il y a une identité russe du club qui est indéniable. Si jamais le sport, comme ça a l’air d’être le cas, est soumis à des sanctions, il n’est pas impossible que l’AS Monaco en soit victime et subisse cette dimension", suppose Yvan Gastaut, maître de conférence à l’université de Nice Sophia Antipolis, historien du sport et de Monaco. En témoigne le geste de protestation symbolique des Rémois, dimanche, qui ont retardé de cinq minutes le coup d’envoi de leur match de Ligue 1 contre le club de la Principauté, justement, pour manifester leur soutien aux Ukrainiens.

Des conséquences pour le club ?

"On peut imaginer des équipes qui refusent de jouer contre Monaco. Comme le sport a l’air très présent dans la manière d’approcher le conflit, on a vu tout de suite des sanctions, des interdictions, des joueurs amenés à se positionner. On peut imaginer qu’un club sous direction russe comme Monaco ait des soucis à se faire", explique Yvan Gastaut. Interrogé sur le sujet lundi en conférence de presse avant la demi-finale de Coupe de France de l'OGC Nice, l'entraîneur Christophe Galtier s'est néanmoins montré catégorique : "Je n'ai aucun problème à rencontrer l'AS Monaco [...]. On ne peut pas en vouloir à toutes les personnes de nationalité russe."

Les inquiétudes pourraient aussi concerner la situation financière. Si Dmitry Rybolovlev fait effectivement face à des sanctions et voit ses avoirs ou ses ressources gelées, les finances du club pourraient en pâtir. "Le club pourrait avoir des soucis de gestion si le conflit était amené à durer", prédit Yvan Gastaut.

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