Football : on vous raconte l'attaque de plusieurs dizaines de supporters contre le centre d'entraînement de l'OM

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France Télévisions
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Un supporter de l'OM devant le centre d'entraînement du club, dimanche 31 janvier 2021, à Marseille. (NICOLAS TUCAT / AFP)

"Un drame aurait pu se produire", a déclaré samedi soir le président du club marseillais Jacques-Henri Eyraud. De nombreux dégâts sont à déplorer. Dimanche matin, dix-huit personnes étaient toujours en garde à vue.

"Je suis abasourdi et fondamentalement triste." Dans une interview accordée à France 2 dimanche 31 janvier, Bernard Tapie ne cache pas son dépit. Au lendemain des graves incidents survenus au centre d'entraînement de l'Olympique de Marseille, et qui ont entraîné le report du match initialement prévu à 21 heures contre Rennes, l'ancien président du club s'en prend, dans La Provence, aux supporters qui ont saccagé une partie des locaux de leur équipe favorite. "Leur frustration et cette colère, on la comprend, mais on ne peut l'accepter de cette façon. Ce n'est pas possible", écrit-il. Avant d'appeler l'actuelle direction du club marseillais à "entendre" la colère des supporters, et de préciser, à Laurent Delahousse sur France 2 : "Un peu de modestie [de la part des dirigeants], et un peu plus d'écoute, ça ne ferait pas de mal."

Pour mieux comprendre à quoi Bernard Tapie fait référence, franceinfo a choisi de revenir en quatre actes sur une journée qui a précipité l'OM dans une crise inédite.

Prélude : avant l'attaque, la colère monte chez les supporters

La colère des fans de l'Olympique de Marseille ne surgit pas du néant. Enthousiasmés par le rachat du club par l'Américain Frank McCourt et la nomination au poste de président Jacques-Henri Eyraud à l'automne 2016, de nombreux supporters ont finalement été déçus par la trajectoire sportive de l'OM. Contrairement à l'objectif affiché par l'actionnaire lors de son arrivée de "concurrencer directement le PSG", le club marseillais n'a en effet réussi à se qualifier pour la Ligue des champions qu'à partir de la saison 2020-2021.

Attachés à la plus prestigieuse des compétitions européennes, dont ils sont les seuls vainqueurs en France à ce jour, les Olympiens ont fait pâle figure en Ligue des champions. Avant de finalement battre l'Olympiakos en décembre, l'OM a même réussi à décrocher le triste record du club détenteur de la plus longue série de revers consécutifs dans la compétition.

Sur la scène nationale, la situation de l'OM n'est guère plus reluisante. Un temps à la lutte pour les premières places du championnat, les Marseillais viennent d'essuyer trois défaites consécutives. Privés de stade par la pandémie de Covid-19, les supporters affichent leur colère dans un stade Vélodrome vide.

Hors du terrain, la situation n'est guère plus reluisante. Les médias sportifs se font l'écho d'une brouille entre Florian Thauvin et Dimitri Payet, deux des vedettes de l'équipe, tandis que l'entraîneur André Villas-Boas annonce avec plusieurs mois d'avance son départ à la fin de la saison, laissant entrevoir une fin d'exercice en roue libre. Jacques-Henri Eyraud n'est pas en reste : dans un extrait d'une vidéo-conférence tenue en décembre, il estime préjudiciable pour l'entreprise OM de compter en son sein trop de Marseillais ou de supporters du club. De quoi provoquer l'ire de nombreux supporters à son encontre.

Acte 1 : des supporters se réunissent et inondent la ville de banderoles hostiles à la direction

La réception de Rennes, samedi à 21 heures, donne aux groupes de supporters marseillais l'occasion d'exprimer leur colère. "Les Parisiens, cassez-vous", "Les Olympiens vous haïssent", "Direction, c'est la fin", ou encore "JHE [Jacques-Henri Eyraud, le président du club], Marseille te vomit"... De nombreuses banderoles particulièrement vindicatives sont installées sur des ponts autoroutiers, des rond-points ou jusque sur la Corniche surplombant la Méditerranée.

Mais les supporters ont décidé de ne pas en rester là. L'Equipe rapporte que les différents groupes se sont mis d'accord sur le principe d'une manifestation devant le centre d'entraînement du club lors d'une réunion organisée mardi. Le quotidien sportif ajoute que le dirigeant des South Winners, plus important groupe de supporters avec 7 000 adhérents, a ainsi appelé vendredi sur les réseaux sociaux "toutes les personnes concernées par la situation désastreuse" de l'OM à se rendre le lendemain devant le local de son association pour une "grosse surprise" visant à "restituer le club aux Marseillais".

Acte 2 : des centaines de supporters manifestent puis pénètrent dans la Commanderie

Les supporters les plus remontés passent à l'action en début d'après-midi. Arrivés en cortège derrière une immense banderole sur laquelle on pouvait lire "Cassez-vous" et portant des drapeaux "Dirigeants dehors", quelque 300 fans se massent devant les grilles du centre d'entraînement de La Commanderie, installé au milieu d'une traverse tortueuse et étroite du 12e arrondissement, dans l'est de Marseille.

Certains des manifestants allument alors pétards, feux d'artifice et fumigènes. Et les lancent au-delà des murs d'enceinte, provoquant l'incendie de plusieurs arbres. En passant par des champs appartenant à une communauté religieuse, un groupe de plusieurs dizaines de personnes pénètre ensuite dans l'enceinte du centre "y compris dans le bâtiment du groupe professionnel", selon l'OM.

Là, ils auraient dégradé l'intérieur des locaux et lancé des pierres vers le bus des joueurs. Quelques joueurs, accompagnés de l'entraîneur André Villas-Boas, tentent de ramener les supporters les plus virulents à la raison, en vain : le coach marseillais est visé par des bouteilles d'eau, et le défenseur Alvaro Gonzalez a même été légèrement touché par un projectile, rapporte L'Equipe. Ce dernier a par la suite publié un message sur son compte Twitter pour rassurer les fans sur son état de santé.

Face aux supporters se trouvent les membres de la sécurité du club, épaulés par des policiers venus en renfort après avoir été prévenus d'une possible manifestation, ajoute le quotidien sportif. Vingt-cinq interpellations ont lieu parmi les supporters, et sept policiers sont légèrement blessés. Le calme revient en milieu d'après-midi, et seuls d'innombrables débris de pétards, quelques graffitis contre la direction du club et trois cyprès calcinés devant la grille d'entrée témoignent de l'intensité du coup de force des supporters olympiens.

Acte 3 : la LFP annonce le report du match

L'OM contacte la Ligue de football professionnel aux alentours de 16 heures pour faire le point sur la situation. Le club marseillais assure que ses joueurs sont choqués par les événements vécus au centre d'entraînement, et la LFP annonce finalement peu avant 18 heures le report du match à une date ultérieure, ce que le Stade rennais accepte.

Les événements s'étant déroulés en amont de la rencontre et en dehors de l'enceinte du stade Vélodrome, l'Olympique de Marseille ne risque aucune sanction administrative, écrit L'Equipe. Dimanche matin, on ignorait encore à quelle date le match serait rejoué.

Acte 4 : l'OM compare l'attaque de son centre d'entraînement à celle du Capitole

Du côté de l'OM, la réaction est catégorique. "C'est la sidération pour nous tous, salariés, staff, joueurs. On ne s'attendait pas à voir toute cette horde sauvage arriver et tout détruire. Je crois qu'on a aussi évité le pire. Ce que j'ai vu fait peur, très peur. Un drame aurait pu se produire", a déclaré dans la soirée le président du club marseillais Jacques-Henri Eyraud, interrogé sur Canal +.

Quelques minutes plus tôt, son club avait publié un communiqué dans lequel il dénonçait une "inacceptable attaque" et "un déchaînement de violence injustifiable", tout en annonçant plusieurs dépôts de plaintes à venir. Dimanche matin, 18 personnes étaient toujours en garde à vue.

"Des vols ont été perpétrés et des véhicules ont été endommagés (...) Les dégradations à l'intérieur des bâtiments s'élèvent à plusieurs centaines de milliers d'euros."

Communiqué de l'Olympique de Marseille

L'homme d'affaires américain Frank McCourt, propriétaire de l'OM, a de son côté dénoncé dimanche les agissements de "groupuscules de voyous", avant de réaffirmer son "engagement pour l'OM et les Marseillais". Dans son communiqué diffusé par le site internet de l'OM, il compare les incidents de samedi à ceux qui se sont produits début janvier au Capitole, à Washington, lors de la fin du mandat du président américain Donald Trump. 

"Ce qui s'est passé il y a quelques semaines à Washington DC et ce qui s'est passé hier à Marseille suivent une logique comparable : quelques sources alimentent un brasier fait d'opinions, d'invectives et de menaces qui sont amplifiées par les réseaux sociaux, créant les conditions qui mènent à la violence et au chaos", a estimé le propriétaire de l'OM.

La semaine à venir s'annonce en tout cas agitée. Outre les vives tensions autour du club, le prochain match programmé au Vélodrome, le dimanche 7 février, est le choc face à l'éternel rival : le Paris SG.

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