Foot : quatre questions après l'interruption du match Dijon-Amiens pour des cris racistes

Le défenseur et capitaine d'Amiens, Prince Gouano, a été victime, lors de la 32e journée de Ligue 1 vendredi, a été visé par des insultes racistes de la part d'un supporter. 

Le match de Ligue 1 entre Dijon et Amiens a été interrompu durant plusieurs minutes après des insultes racistes qui ont visé le capitaine d\'Amien Prince Gouano, le 12 avril 2019 à Dijon.
Le match de Ligue 1 entre Dijon et Amiens a été interrompu durant plusieurs minutes après des insultes racistes qui ont visé le capitaine d'Amien Prince Gouano, le 12 avril 2019 à Dijon. (JEFF PACHOUD / AFP)

Un carton rouge au racisme. Le match de football de Ligue 1 Dijon-Amiens a été interrompu quelques minutes, vendredi 12 avril à la suite d'insultes racistes qui ont visé le capitaine français d'Amiens, Prince Gouano. Touché par cet épisode, le défenseur du club picard a commencé à quitter le terrain.

Le soir même, la Ligue de football professionnel (LFP) a assuré qu'elle allait "étudier les suites judiciaires à donner" à ces injuresd'autant plus marquantes qu'elles s'inscrivent dans la lignée d'une série d'incidents depuis une dizaine de jours. 

1Que s'est-il passé ?

Peu après 20h30, le match entre Dijon et Amiens comptant pour la 32e journée de Ligue 1 est interrompu par l'arbitre à la 80e minute de jeu. Trois minutes plus tôt, Prince Gouano, visiblement énervé, a commencé à quitter le terrain en lançant vers son banc de touche : "C'est fini, on ne joue plus, je ramène mes coéquipiers, on rentre dans le vestiaire". Il vient d'être victime d'insultes racistes provenant d'une tribune où sont rassemblés des fans dijonnais. 

Les joueurs s'arrêtent alors de jouer et certains d'entre eux, dont Prince Gouano, décident de s'entretenir avec les supporters dijonnais avant de revenir sur le terrain. A l'issue de plusieurs minutes de flottement et d'une discussion avec les entraîneurs des deux équipes, Antoine Kombouaré et Christophe Pélissier, l'arbitre du match Karim Abed demande au porte-parole du stade de bien faire "passer le message : si ça reproduit, on arrête".

A la fin du match, Prince Gouano retrace l'histoire au micro de France Bleu Pïcardie : "J'ai entendu des bruits, des bruits de singe. Honnêtement sur le coup, j'ai été choqué. On est en France, donc cela est impossible. Donc je me suis retourné pour voir d'où venaient ces bruits-là et j'ai pu localiser la personne, en quelque sorte lui donner une seconde chance en lui disant 'Qu'est-ce que tu fais ? C'est bien à moi que tu fais ça ?' Et lui il a confirmé, il a refait ses bruits".

"A partir de là, poursuit-il, c'est inadmissible. J'ai dit on ne peut plus jouer, faut que ça arrête, faut que ça cesse. Dans ma tête, j'avais pris la décision de marquer le coup (...). Cette situation me concerne, mais aussi pas mal d'autres personnes. J'ai fait tous les pays pratiquement en Europe et je n'ai jamais connu ça. Il fallait que je rentre en France pour le vivre". Et d'ajouter :

Après, si j'ai un message à véhiculer, je reste sur la même ligne directrice : ce monsieur était en garde à vue, il m'a traité de singe, mais c'est lui qui était en cage. Vous voyez ? C'est la morale de cette histoire-là".Prince Gouano (capitaine et défenseur d'Amiens)à France Bleu Picardie

2Va-t-il y avoir des suites judiciaires ?

Plusieurs plaintes devraient être déposées. Dès vendredi soir, le président de Dijon Olivier Delcourt a précisé que le club allait porter plainte "contre l'individu qui a fait cette chose inadmissible". Il devait "se rendre au commissariat pour signaler cet incident dont l'auteur présumé a été identifié par Prince Gouano et placé en garde à vue", précise France Bleu Picardie. En revanche, Prince Gouano a annoncé qu'il ne porterait pas plainte.

"Dans le cadre de sa convention avec la Licra, la Ligue de football professionnel (LFP) va étudier les suites judiciaires à donner à ce dossier", écrit également France Bleu Picardie. Enfin, la commission de discipline de la LFP a annoncé qu'elle "se saisira du dossier" mercredi.

3Quelles sont les réactions ?

Deux ministres ont rapidement réagi pour condamner ce qui s'était passé. Sur Twitter, la ministre des Sports Roxana Maracineanu a apporté vendredi soir son "total soutien à Prince Gouano".

Elle a aussi estimé samedi, sur franceinfo, "rassurant de voir les joueurs réagir, les équipes s'indigner et faire bloc". "Il faut définir un arsenal concret, a poursuivi la ministre. Qu'est-ce qu'on fait, on interrompt les matchs, on les arrête ? (…) Cela devient un endroit dangereux où on va jouer, ce n'est pas possible, on ne peut pas continuer comme ça, c'est un sport ce n'est pas la foire."

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a dénoncé de son côté, vendredi, des "cris répugnants contraires aux valeurs transmises par le sport", qui "insultent notre République". Du côté des sportifs, le coach dijonnais Antoine Kombouaré a également appelé de ses vœux des sanctions contre l'"idiot qui a fait ça". "Il va falloir trouver des solutions, prendre des mesures car ce n'est plus admissible", a ajouté l'entraîneur, originaire de Nouvelle-Calédonie, à qui "cela rappelle de mauvais souvenirs".

Interrogé samedi par franceinfo, le champion du monde 1998 Lilian Thuram estime "que la grande majorité des personnes qui ne subissent pas le racisme ne comprennent pas la violence du racisme". Et déplore que "la grande majorité des gens ne comprennent pas aussi qu'ils ont une responsabilité".

4Y a-t-il des précédents ?

En l'espace de dix jours, les incidents racistes ont assombri de nombreuses rencontres en Europe. Jeudi 11 avril, les équipes anglaises de Liverpool et Chelsea ont condamné les propos tenus le jour même par plusieurs supporters qui avaient entonné un chant dans lequel la superstar égyptienne des Reds, Mohamed Salah, était qualifié de "poseur de bombes". La vidéo a largement circulé sur les réseaux sociaux avant que Chelsea n'affronte le Slavia Prague en Ligue Europa. Trois personnes identifiées sur la vidéo ont vu leur accès au stade refusé. Le manager du club de Liverpool, Jürgen Klopp, a demandé, rapporte la BBC, que ces supporters soient bannis à vie des stades.

Mardi 2 avril, le champion du monde français Blaise Matuidi et le jeune international italien Moise Kean ont été la cible de cris de singe lors de la victoire de la Juventus Turin à Cagliari. "Après le but du 2-0 inscrit par Kean, ces cris ont redoublé d'intensité. Selon les images, Kean a fêté son but immobile et bras écartés devant un virage du stade de Cagliari. Il a ensuite été encadré par ses équipiers et ramené vers le centre du terrain", raconte le Huffington Post

Les deux joueurs noirs avaient fini le match excédés par les cris descendus des tribunes. Une situation qui semble désormais désespérer certains footballeurs, à l'image de l'internationnal anglais Danny Rose. Cible de cris racistes lors de la victoire de l'Angleterre au Monténégro (5-1) le 25 mars, pendant les qualifications pour l'Euro 2020, le défenseur noir pensent que les sanctions par les instances du foot ne vont pas changer les comportements, selon L'Equipe. Lassé, le défenseur de Tottenham (28 ans) "n'attend plus qu'une chose", selon le journal sportif : en finir le plus vite possible avec sa carrière pour quitter ce milieu. "Voilà mon programme, il me reste cinq ou six ans dans le football, je suis impatient d'en finir, a lancé le joueur, dont les propos sont repris en une dans la presse britannique. [...] Il y a tellement de politique dans le football, j'ai hâte d'en voir le bout."