Foot : le soutien des joueurs de la sélection iranienne aux manifestants est un mouvement "inédit et très important", selon un chercheur

L’ensemble de la sélection iranienne de football a apporté son soutien, mardi avant le match contre le Sénégal, aux femmes et manifestants réprimés par le régime en Iran.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié
Temps de lecture : 4 min.
Après avoir écouté l'hymne vêtus d'une parka noire pour marquer leur opposition à la répression dans leur pays, les joueurs de l'équipe d'Iran ont posé pour la traditionnelle photo, avant d'affronter le Sénégal en amical, le 27 septembre 2022. (JAKUB SUKUP / AFP)

Sardar Azmoun et Ehsan Hajsafi rejoueront-ils un jour sous le maillot de la sélection iranienne ? Mardi 27 septembre, le premier a égalisé lors du match amical entre l’Iran et le Sénégal, sur une passe décisive du second (1-1). Malgré leur importance au sein de l’équipe - Azmoun est l’attaquant phare de l’équipe d’Iran, Hajsafi en est son capitaine -, les deux joueurs pourraient manquer la Coupe du monde dans quelques semaines (20 novembre-18 décembre).

Avant le début de la rencontre face au Sénégal, les joueurs de la sélection iranienne ont en effet pénétré sur la pelouse du stade de Mödling (Autriche) avec une parka noire. Pas de maillot visible, ni de drapeau, lors de l’hymne national. Un affront au régime iranien dirigé par le guide suprême Ali Khamenei. Mais aussi et surtout, l’expression d’un soutien au soulèvement qui se déroule actuellement au sein de la république islamique. "C’est inédit et c’est très important, parce que le football a une audience très importante en Iran", assure David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut de Relations internationales et stratégiques (IRIS) et directeur de l'ouvrage La République islamique d’Iran en crise systémique (L’Harmattan).

Douze jours après la mort de Mahsa Amini, le 16 septembre, rattrapée par la police des mœurs pour ne pas avoir correctement porté le voile, la colère des manifestants continue d’être réprimée dans le sang : selon l'ONG Iran Human Rights, 76 manifestants auraient été tués, à la date du 26 septembre. Sardar Azmoun a alors été le premier footballeur international iranien à prendre la parole pour rendre hommage à Mahsa Amini.

Une contestation inédite de par son ampleur

"La punition ultime est d’être expulsé de l’équipe nationale, ce qui est un petit prix à payer pour même une seule mèche de cheveux d’une femme iranienne. Ça ne sera jamais effacé de notre conscience. Je n’ai pas peur d’être évincé. Honte à vous d’avoir si facilement tué le peuple et vive les femmes d’Iran", avait écrit Azmoun, le 25 septembre, sur son compte Instagram, allant à l’encontre des consignes de la Fédération iranienne de football, qui avait demandé aux internationaux de ne pas prendre position.

Ils sont finalement plusieurs à l’avoir fait ces derniers jours, mais tous ne subiront certainement pas le même sort. "Azmoun sera vraisembablement sanctionné, dans la mesure où il se présente comme le chef de file de cette dynamique contestataire", estime David Rigoulet-Roze. Le régime ne pourra pas ne rien faire, poursuit le chercheur. C’est une défiance caractérisée. Si c’était sur un bateau, on pourrait dire que ça relève d'une mutinerie.

Ce type de contestation de la part de sportifs n’est pas nouvelle en Iran. Ali Karimi, ancien international et l’un des footballeurs iraniens les plus connus, continue encore aujourd’hui de contester ouvertement le régime depuis Dubaï, où il échappe aux autorités iraniennes.

En juin 2009, lui et cinq autres joueurs de la sélection avaient disputé un match contre la Corée du Sud avec un bandeau vert au poignet, en soutien au mouvement vert qui avait contesté la réélection du président conservateur Mahmoud Ahmadinejad. En septembre 2019, Karimi avait remis ça en critiquant le régime après le suicide de la "fille bleue", Sahar Khodayari, qui s’était immolée par le feu pour s’être fait condamner à une peine de prison pour avoir assisté à un match de football.

"Le football, c'est une audience populaire"

L’ampleur de la contestation est cette fois sans précédent, l’ensemble des joueurs de la sélection ayant décidé de s’opposer symboliquement au régime avant le match contre le Sénégal. Sur les réseaux sociaux, Azmoun compte ainsi 4,9 millions d’abonnés. Sa voix porte, comme celle des chanteurs, musiciens et autres enseignants qui ont pris la parole pour dénoncer la répression du pouvoir. Mais aussi pour soutenir les revendications des femmes dans leur quête de choix de porter le voile ou non.

"Il y a une aura intellectuelle autour des cinéastes ou des écrivains qui prennent la parole. Mais le football, c’est une audience populaire, ce n’est pas tout à fait pareil. Ça a presque plus de conséquences en termes d’affichage", juge le chercheur. Si la prise de parole des joueurs de la sélection ne fera certainement pas plier Ali Khamenei et le président conservateur Ebrahim Raïssi, "c’est un élément de plus, estime David Rigoulet-Roze. Qui traduit le fait que cette protestation vient des profondeurs de la société iranienne. Ça traverse toutes les couches de la société et on y retrouve le sport. C’est une crise sociétale que traverse l’Iran."

En attendant de connaître les sanctions à l’encontre de Sardar Azmoun, Ehsan Hajsafi et des autres joueurs de la sélection iranienne, le championnat iranien reprendra ce week-end. Avec peut-être d’autres symboles de protestation à venir. Pendant ce temps, l’Iran continue de s’embraser, le peuple de manifester et le régime de réprimer.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Foot

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.