Euro 2016 : une victoire de la France peut-elle sauver la cote de popularité de François Hollande ?

Au moment de la Coupe du monde 1998, la cote de confiance de Jacques Chirac avait bondi. Pas sûr, toutefois, que l'actuel président puisse bénéficier du même phénomène.

François Hollande, le 25 février 2016 à Buenos Aires (Argentine).
François Hollande, le 25 février 2016 à Buenos Aires (Argentine). (JAVIER GARCIA MARTINO / NA / AFP)

L'Euro, une bouffée d'air pour François Hollande ? Pour cette grande fête du football, le chef de l'Etat n'est pas à la manœuvre. Pour autant, ce dernier, au plus bas dans les sondages, espère secrètement en bénéficier. Selon un indiscret du Figaro, le président compterait sur le championnat d'Europe de foot pour "mettre le pays de bonne humeur". Il s'est même rendu à Clairefontaine, dimanche 5 juin, pour soutenir les Bleus et leur dire combien il comptait sur eux pour rendre le pays "heureux".

François Hollande peut-il vraiment se refaire la cerise dans les sondages, à l'image de ce qui s'est passé pour Jacques Chirac après la victoire des Bleus à la Coupe du monde de 1998 ? En théorie, c'est possible, mais francetv info vous explique pourquoi il ne doit pas trop y compter.

Un rebond est possible…

Flash-back en 1998. Après un mois de Coupe du monde (du 10 juin au 12 juillet), la cote de confiance de Jacques Chirac connaît un bond spectaculaire, selon un sondage TNS Sofres : elle passe de 45% en juin à 52% en juillet, puis à 59% en août. 

Ce phénomène s'observe également, mais de manière moins marquée, lors de l'Euro 2000, organisé en Belgique et aux Pays-Bas. De 52% d'opinions favorables en juin, la cote de confiance du président Chirac passe à 57% en août, avant de plonger en octobre à 41%. "Il y a effectivement un petit filtre rose sur les lunettes des gens qui observent leurs gouvernants", notait, en 2014, Emmanuel Rivière, politologue chez TNS-Sofres, dans Metronews.

… mais peu probable

Une aubaine pour François Hollande ? En théorie, oui, mais le politologue et sondeur Jérôme Sainte-Marie douche les espoirs du président. "Personne ne peut penser que si la France gagne, c'est grâce à François Hollande", tempère-t-il dans un premier temps, avant de prendre l'exemple de 1998 pour démonter cette théorie. Pour lui, le phénomène n'est pas transposable aujourd'hui. "A cette époque, nous étions en cohabitation, et Jacques Chirac était hors jeu politiquement. Les sondés avaient donc plus de facilité à donner une bonne opinion du chef de l'Etat." Rien à voir avec François Hollande, d'autant que nous sommes à un an de la présidentielle. L'enjeu est donc complètement différent. "En 1998, dans les études d'opinion, les sympathisants de gauche étaient enclins à apprécier le chef de l'Etat. Aujourd'hui, ceux de droite ne le sont pas du tout."

Jacques Chirac savoure la victoire des Bleus lors de la Coupe du monde 1998, aux côtés de Laurent Blanc (à gauche), Didier Deschamps (à droite) et Michel Platini. 
Jacques Chirac savoure la victoire des Bleus lors de la Coupe du monde 1998, aux côtés de Laurent Blanc (à gauche), Didier Deschamps (à droite) et Michel Platini.  (REUTERS)

Autre aspect à ne pas négliger : la conjoncture économique n'est pas la même. Contrairement à l'image que les Français ont gardée de cette période, la France de 1998 n'allait pas forcément mieux et le taux de chômage frôlait les 11%. Mais leur moral avait commencé à grimper en flèche à partir du mois de février. "Le pays était alors plus heureux qu'aujourd'hui et en phase avec la reprise économique", rappelle Jérôme Sainte-Marie.

Dernier argument massue, confirmé par des études d'opinion menées en 1998 et 2000 : si embellie il y a, elle sera forcément de courte durée. Impossible donc pour le président de capitaliser sur cet événement, estime le politologue. 

En tout cas, ce sera difficilement pire

Si François Hollande ne doit rien espérer de cet Euro pour sa cote de popularité, doit-il au contraire craindre un fiasco des Bleus ? Comme pour le Mondial 2002 en Corée du Sud, où les coéquipiers de Zinédine Zidane s'étaient fait piteusement sortir dès la phase de poules ? Ou encore en 2010, en Afrique du Sud, avec le catastrophique épisode de la grève du bus ?

Pas forcément. "Il est difficilement concevable que François Hollande descende encore plus dans les sondages, en passant sous la barre des 10%. Il y aura toujours une base de gens de gauche pour le soutenir", rappelle Jérôme Sainte-Marie. En cas d'échec de l'équipe de France très tôt dans la compétition, accompagné de nouvelles polémiques, ce sont "les déprimés de la politique" qu'il faudra surveiller, avec de possibles troubles identitaires. "Le sentiment national est à vif en ce moment et un fiasco pourrait nourrir l'abstention."

Mais, au-delà des courbes et des statistiques, ce sont les images qui devront retenir l'attention. Le chef de l'Etat sera-t-il sifflé ou hué lors de ses sorties ou dans les stades ? Pour Jérôme Sainte-Marie, "ce sont ces séquences qui seront véritablement gênantes ou encourageantes pour François Hollande".