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"Il faut avoir beaucoup de courage", souligne l'ancienne internationale Marinette Pichon après la mise en retrait de Wendie Renard

La capitaine de l'équipe de France, Wendie Renard, a annoncé, vendredi, qu'elle décidait de se mettre en retrait de la sélection en raison du "système actuel bien loin des exigences requises par le plus haut niveau".
Article rédigé par franceinfo: sport, Gabriel Joly
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
L'internationale française Wendie Renard lors de la Coupe du monde de football féminin, le 29 juin 2019. (FRANCK FIFE / AFP)

C'est une décision assez inattendue. La capitaine de l'équipe de France, Wendie Renard, a annoncé, vendredi 24 février, qu'elle souhaitait "prendre du recul" par rapport aux Bleues, à cinq mois de la prochaine Coupe du monde disputée en Australie et en Nouvelle-Zélande (20 juillet-20 août). "Je ne peux plus cautionner le système actuel bien loin des exigences requises par le plus haut niveau. C’est un jour triste mais nécessaire pour préserver ma santé mentale", a écrit la joueuse de 32 ans sur les réseaux sociaux, ajoutant qu'elle ne se rendrait pas au Mondial "dans ces conditions".

Du haut de ses 142 sélections, la défenseure de l'Olympique lyonnais est pourtant une cadre de l'équipe de Corinne Diacre. Pour franceinfo: sport, l'ex-internationale tricolore Marinette Pichon (121 capes) évoque les conséquences de cette décision.

franceinfo:sport : Wendie Renard a décidé de se mettre en retrait de l'équipe de France, trois jours après sa dernière sélection. Cela vous surprend ?

Marinette Pichon : C'est une surprise mais cela va avec sa personnalité. Il faut en avoir du courage pour libérer la parole, oublier son intérêt personnel et vouloir incarner ce changement, d'autant qu'elle sait que sa sortie va être largement commentée et que d’autres peuvent la critiquer. En faisant cela, Wendie veut simplement aider au développement du football féminin. Grâce à son statut de capitaine, elle peut faire entendre sa parole, et ce, même si cela implique de ne pas faire une Coupe du monde. Son message est mesuré, avec beaucoup de sincérité, de tristesse et de déchirement. C'est une décision qui semble avoir été longuement réfléchie.

"Wendie a choisi le bon timing. Elle est encore en compétition, elle joue avec son club et sa condition physique ne va pas être altérée d'ici au Mondial. A tout moment elle est capable de réintégrer la sélection si la Fédération se bouge."

Marinette Pichon, ex-internationale française

à franceinfo: sport

A mon sens, elle attendait de voir l'évolution des moyens mis à disposition par la Fédération en matière d'encadrement, de considération et de valorisation du foot féminin. J'espère que la FFF va réagir pour donner aux joueuses ce qu'elles attendent. Cela passe par la professionnalisation du championnat français afin que les clubs aient les fonds nécessaires pour attirer des recrues de qualité. Mais surtout par améliorer la visibilité de la D1 Arkema en faisant jouer les matchs dans des stades appropriés et en garantissant une meilleure retransmission. Car en dehors des Bleues, les images sont catastrophiques… Parfois il y a carrément des gouttes de pluie sur la caméra.

A cinq mois de la Coupe du monde, les Bleues n'ont pas réellement d'équipe-type. L'absence potentielle de Wendie Renard serait-elle désastreuse pour l'équipe de France ?

J’espère vraiment qu’elle va participer à la Coupe du monde car c’est un élément important dans la vie de groupe et par son leadership sur le terrain. En plus, sa taille est aussi une arme offensive sur les coups de pied arrêtés. Quand on regarde les matchs récents, notamment le dernier contre la Norvège (0-0) où on a connu plus d'adversité sur les plans athlétique et tactique, on se rend compte qu'on n'arrive pas toujours à trouver les espaces et jouer en transition rapide. On peut encore monter en puissance mais à cinq mois du Mondial, cela pose question.

On ne voit pas quelles joueuses pourraient apporter du sang neuf et dynamiser le groupe. Au milieu, il y a des certitudes avec Charlotte Bilbault et même Kenza Dali, qui a été très percutante contre l'Uruguay (5-1). Mais c'est vrai qu'on a beaucoup d'inquiétudes sur la charnière centrale. Si tu sors Wendie Renard, qui est le pilier de toute l'équipe, c'est un sacré chantier derrière. Les Bleues manquent de repères. Les matchs amicaux sont faits pour faire des tests et des changements mais il va falloir figer un onze-type pour développer des automatismes ensemble.

Sans Wendie Renard, qui pourrait hériter du brassard de capitaine selon vous ?

La mieux placée aujourd’hui, ça serait Charlotte Bilbault, qui l’a déjà porté à plusieurs reprises. Mais en réalité, je n’ai même pas envie de savoir qui va avoir le brassard, j’ai envie de savoir comment va réagir la fédération pour éteindre le feu. J'espère que cette décision de Wendie va générer un état d'urgence à la FFF. A cinq mois de la Coupe du monde, quand on a une fédération comme la notre, on ne peut pas laisser cela comme ça.

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