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Séjour en prison, philanthropie et ping-pong : qui est Robin van Persie, l'attaquant star du Mondial ?

Vous n'avez pas pu rater son but stratosphérique contre l'Espagne. Voici l'histoire du joueur emblématique de l'équipe des Pays-Bas.

Article rédigé par Pierre Godon
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 8 min
L'attaquant des Pays-Bas Robin van Persie marque contre l'Espagne en Coupe du monde, le 13 juin 2014.  (KEN SATOMI / AP / SIPA)

En 1983, le petit Robin van Persie n'a que deux semaines quand sa mère consulte une voyante pour qu'elle prédise son avenir. La médium tape dans le mille, racontera plus tard Van Persie au journaliste néerlandais Edwin Schoon"Votre enfant aura des difficultés à l'école. Mais dans le football, il deviendra un roi. Il sera en équipe nationale. Ce sera le seul enfant de la famille qui n'aura jamais de problème d'argent." Trente ans plus tard, Robin van Persie brille à la Coupe du monde, a pratiquement éliminé l'Espagne à lui tout seul, et est bien parti pour devenir le meilleur attaquant du tournoi. Portrait extralucide, donc.

On l'appelait "le Marocain"

Le qualificatif d'artiste sied parfaitement au jeu de Robin van Persie. L'attaquant de Manchester United et de la sélection hollandaise a de qui tenir : sa mère est peintre, et son père sculpte les détritus. C'est balle au pied que le petit Robin fait ses premières armes, dans les tournois de rue de son quartier de Rotterdam. Ses compagnons de jeu sont les enfants des immigrés marocains installés dans le coin. Un jour, le ballon s'envole dans le jardin du voisin, passablement raciste. "Bande de bâtards d'Africains, je vous avais dit de foutre le camp !" éructe-t-il. Il s'apprête à confisquer la balle, quand un des gamins se précipite par-dessus la barrière, donne une pichenette dans la balle, fait un contrôle aérien, et l'envoie à ses copains. Furieux, le voisin tente de lui donner un coup de pied, mais Van Persie l'esquive. L'homme, ivre, s'étale de tout son long dans un craquement d'os, raconte le journaliste Léo Verheul, voisin de la famille Van Persie à l'époque, dans le magazine The Blizzard. Jambe cassée. La légende de Van Persie est née. 

A 10 ans, il fait son entrée au centre de formation de l'Excelsior Rotterdam, le petit club de la ville. A cause de son accent, acquis au contact de ses partenaires de jeu, on l'appelle "le Marocain". Dans son quartier, son surnom, c'est "le Hollandais", rapport à sa couleur de peau. Il est rapidement débauché par le voisin du Feyenoord, une équipe du haut de tableau du championnat néerlandais. Son expérience avec Feyenoord est mitigée. "Je suis meilleur que les autres", affirme-t-il dès son arrivée au club. Dès sa première année en pro, il se fait un trou en équipe première et remporte la Coupe de l'UEFA. En quarts de finale, Feyenoord élimine le rival du PSV Eindhoven. "Je jouais contre des défenseurs âgés de 33 ou 34 ans, pour qui c'était la dernière occasion de gagner un titre et d'avoir la prime qui va avec, raconte-t-il au Daily Mail. Quand je les dribblais, je les entendais crier : 'Ne refais pas ça, arrête de jouer avec notre argent !'"

"Ils lui ont dit de la fermer et de porter les bouteilles d'eau"

La suite est moins rose : il se fâche avec son entraîneur et refuse d'arriver au centre d'entraînement avec la voiture de milieu de gamme fournie par le sponsor du club. Il préfère un coupé Mercedes un rien ostentatoire. "On voyait tout de suite qu'il allait devenir un grand joueur. Le problème, c'est qu'il voulait avoir un rôle important tout de suite, se souvient son coéquipier Jean-Paul van Gastel, dans The Independent (en anglais). "Des joueurs cadres comme Bosvelt et Van Hooijdonk lui ont dit de la fermer et de porter les bouteilles d'eau pour le groupe", renchérit Aad de Mos, membre du staff de Feyenoord. De quoi heurter un Van Persie déjà très conscient de son talent. 

Paradoxalement, son exil en équipe B à cause de son caractère va relancer sa carrière. Il crève l'écran lors d'un match contre la réserve de l'Ajax Amsterdam. Il marque un but, et provoque les supporters adverses. Au coup de sifflet final, ils sont quarante à se ruer sur lui, certains armés de couteaux. "J'ai cru que j'allais mourir, se rappelle Van Persie, cité par Edwin Schoon. Je n'en ai pas dormi pendant un moment. Je me réveillais trempé de sueur au beau milieu de la nuit. J'ai fini par consulter un psychologue." Dans les tribunes se trouve un recruteur d'Arsenal. Van Persie le sait. C'est pour ça qu'il a tout donné. Il signe pour le club londonien à l'été 2004. 

L'attaquant des Pays-Bas Robin van Persie lors d'un match amical contre l'Allemagne, à Rotterdam, le 17 août 2005.  (ALEXANDER HASSENSTEIN / BONGARTS / GETTY IMAGES )

Gendre idéal, Van Persie ? Son histoire d'amour tenait du conte de fées. Il rencontre Bouchra, une étudiante en architecture rencontrée dans son quartier. Ils se marient à 20 ans, la famille de la jeune femme n'acceptant pas les relations hors mariage, raconte Suddeütsche.de. C'est tout juste s'il ne se convertit pas à l'islam, mais il finit par renoncer. "Je ne suis ni musulman, ni chrétien ou juif. Si vous voulez devenir musulman, ça doit venir du cœur. Je ne le ferai pas juste pour faire plaisir à ma femme. Croire, pour moi, c'est chercher à être un type bien", explique-t-il au Volkskrant, en 2008 (en néerlandais).

Avec son épouse, ils forment un couple très soudé. Bouchra fait front avec son mari quand l'attaquant néerlandais est accusé de viol par une hôtesse d'une boîte de nuit tendance de Rotterdam. Ce qui vaut à l'attaquant un séjour de deux semaines dans la prison de Nord Singel, vieille de cent ans et surpeuplée. "C'était dur, résume-t-il au Daily Mirror (en anglais). Il faisait tellement chaud dans ma cellule que j'ai pratiquement perdu conscience. Au final, j'y ai perdu deux semaines de ma vie." Van Persie sera finalement blanchi après des tests ADN. 

"Je voulais devenir Bergkamp"

En Angleterre, à Arsenal, Van Persie apprend. Ce qu'il retient d'un an en réserve, c'est un... séjour dans un jacuzzi à regarder Dennis Bergkamp, l'attaquant vedette du club, Hollandais lui aussi, à l'entraînement. Bergkamp s'entraîne avec des juniors, et Van Persie décide de le regarder dans l'eau jusqu'à sa première erreur. "En 45 minutes, il n'en a fait aucune, raconte-t-il au quotidien néerlandais De Volkskrant (en néerlandais). Pas pour épater la galerie, personne ne le regardait, à part un préparateur et quelques jeunes. C'était son exigence personnelle, ne faire aucune erreur. C'est ce que j'ai décidé aussi."

Van Persie décide de devenir Bergkamp, et y parvient. Bilan : 133 buts en huit ans avec Arsenal, c'est mieux que les 121 en onze ans de son aîné. Mais Bergkamp, lui, a remporté des titres. Van Persie a le malheur d'évoluer dans une équipe d'Arsenal qui ne gagne rien. Quand Manchester United le sollicite, à l'été 2012, il n'hésite pas. "J'écoute toujours le petit garçon au fond de moi, quand j'ai des décisions difficiles à prendre. Et le petit garçon criait : 'Manchester United' !" raconte Van Persie à The Independent (en anglais). Pour le meilleur – un titre dès la première saison – et le pire – la saison cauchemardesque de l'après-Alex Ferguson. 

 

Robin van Persie fête son but contre la Côte d'Ivoire, en Coupe du monde, le 16 juin 2006 à Stuttgart (Allemagne). (ADRIAN DENNIS / AFP)

Van Persie connaît aussi un parcours contrasté sous le maillot de l'équipe nationale. Lors de cette Coupe du monde 2014, il a enfin l'occasion de prouver qu'il peut potentiellement gagner un titre majeur avec les Pays-Bas et justifier les louanges de Johan Cruyff. Pour la légende du foot néerlandais, Van Persie est deux tons au-dessus d'Arjen Robben, l'autre vedette des Oranje. En 2010, son équipe est arrivée en finale, mais sur le plan personnel, la compétition conserve un goût amer : un tout petit but inscrit et des relations glaciales avec le sélectionneur. Forcément, c'était Bert van Marwijk, l'homme qui l'a envoyé en réserve à Feyenoord en 2003. 

"Quand on aide les gens, c'est avec le cœur"

A la fin de son contrat avec United en 2017, Van Persie aura 33 ans. Et c'est écrit, il reviendra à l'Excelsior de Rotterdam, le club de ses débuts, à qui il a versé une importante somme d'argent pour rénover le centre de formation. Le club a baptisé une des tribunes de son stade en son honneur. Bref, c'est écrit et "ce ne sera pas une question d'argent", affirme son père Bob, dans le Blizzard. Avec son salaire actuel de 300 000 euros par semaine, Van Persie fils s'est déjà acheté un luxueux appartement, avec jardin, salle de sport et piscine, au 22e étage, dans le centre-ville. Il compte bien ensuite organiser un tournoi des équipes de quartiers de Rotterdam. "Quand on aide les gens, c'est avec le cœur, explique-t-il au Volkskrant. Parfois, j'entends les collègues crâner avec leurs fondations. Mais aider, ça doit venir du cœur, pas de l'ego."

Il sera ensuite temps pour lui de s'adonner davantage à ses deux autres passions. Les fléchettes, d'abord. Il a confié au Daily Mail (en anglais) avoir assisté à la finale du championnat du monde de la spécialité. "Je me défends. Je mets dans le mille deux ou trois fois toutes les dix fléchettes." Et le ping-pong, ensuite. Interrogé par le magazine néerlandais Hardgras, il se rappelle d'une partie homérique contre Marco van Basten... son sélectionneur de l'époque : "Au début, je l'ai sous-estimé. J'ai perdu le premier set 21-12, mais j'ai remporté celui d'après 24-22. Marco ne voulait pas perdre, moi non plus, je ne vous raconte pas l'ambiance dans la pièce." Chassez le naturel...

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