Coupe du monde 2018 : mauvais perdants, les Belges ? On vous explique pourquoi ils ont tort de critiquer la victoire française

Plusieurs joueurs belges ont estimé, mardi soir, après leur défaite en demi-finale, que les Bleus s'étaient contentés de proposer un jeu très défensif. Assurant ainsi que leur élimination n'était pas méritée.

Vincent Kompany et Thibaut Courtois dépités après la défaite de la Belgique contre la France (1-0), en demi-finale de la Coupe du monde, le 10 juillet à Saint-Pétersbourg en Russie.
Vincent Kompany et Thibaut Courtois dépités après la défaite de la Belgique contre la France (1-0), en demi-finale de la Coupe du monde, le 10 juillet à Saint-Pétersbourg en Russie. (DIRK WAEM / BELGA MAG / AFP)

"Dommage pour le foot que la Belgique n'ait pas gagné." Interrogé par la RTBF juste après match, le gardien des Diables rouges, Thibaut Courtois, a sorti la sulfateuse contre la France après la défaite (1-0) de son équipe en demi-finale de la Coupe du monde, mardi 10 juillet.

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Plusieurs de ses coéquipiers lui ont emboîté le pas pour fustiger le jeu de l'équipe de Didier Deschamps depuis le début de la compétition. À l'image d'Eden Hazard, qui a martelé que la Belgique "a peut-être été la plus belle équipe du Mondial" avant de lâcher : "On tombe contre une équipe solide, l'équipe de France, qui ne pratique peut-être pas le plus beau jeu, mais qui est solide défensivement et qui marque quand ils ont une ou deux occasions." Des critiques justifiées sur ce match ou juste le signe d'une pointe d'aigreur chez les Diables rouges ?

Les Bleus ont tiré deux fois plus au but que les Belges

"Ils n’ont joué que de l’anti-football", a estimé Thibaut Courtois au quotidien belge Het Nieuwsblad (en néerlandais). "On a perdu contre une équipe qui ne joue à rien", a-t-il insisté précisant que "leur attaquant était toujours à 30 mètres du but" et que "ce n’est pas beau à voir". Mais en se penchant sur les chiffres du match, la réflexion du gardien des Diables rouges mérite d'être nuancée.

Selon les chiffres de la Fifa, les Bleus ont tiré à 19 reprises (dont cinq cadrées) et marqué une fois. En face, les hommes de Roberto Martinez se sont montrés bien moins actifs devant les buts de Hugo Lloris, avec "seulement" neuf frappes (dont trois cadrées), alors qu'ils bénéficiaient d'une possession de balle plus avantageuse (60%). Avec cinq corners, ils n'ont pas fait beaucoup mieux que les Tricolores qui s'en sont procurés quatre.

Face au Brésil, ils ont joué comme la France

"J'aurais préféré perdre contre le Brésil", a assuré Courtois, expliquant que la Seleçao est "une équipe qui ose jouer au football et qui pourrait être meilleure que nous". Mais face au Brésil qu'ils ont battu (2-1) en quart de finale, les attaquants belges n'ont tiré qu'à huit reprises, pour trois frappes cadrées mais en inscrivant cette fois deux buts. La différence entre ces deux matchs se situe au niveau de l'efficacité de l'attaque des Diables rouges.


Avec 60% de possession de balle contre les Français, et seulement 43% contre les Brésiliens, les coéquipiers de Courtois auraient donc dû se procurer bien plus d'occasions de buts contre les Bleus, ce qui n'a pas été le cas.

Les Bleus n'ont pas fait "que défendre et se cacher"

"On a le plus beau jeu, c’est plus mon style", a estimé Eden Hazard. "La France a joué comme elle l'a fait tout le temps sous Deschamps : défendre et se cacher, a lancé le joueur de Chelsea. Mais ça marche, surtout avec leur efficacité."

Sauf que lorsqu'on se penche sur les stats des attaquants tricolores, le bilan est plus nuancé. Avec 15 dribbles tentés pour sept réussis, Kylian Mbappé a, par exemple, donné un visage plus virevoltant que les Belges ne le pensent.

Le jeu belge n'était pas si flamboyant que ça

"Notre force c'est le foot, la leur c'est de défendre", a encore indiqué Thibaut Courtois. Sur ce point, difficile de nier les qualités défensives des Bleus qui n'ont encaissé que quatre buts en six rencontres (trois contre l'Argentine en huitième de finale et un contre l'Australie en phase de poules).

À l'image de leur gardien et capitaine Hugo Lloris, auteur de sept arrêts sur les sept derniers tirs cadrés lors de cette Coupe du monde, la défense tricolore fait preuve d'une grande efficacité. Mais une bonne défense ne signifie pas pour autant jeu agressif impliquant de nombreuses fautes, qui va à l'encontre d'un jeu fluide, tel que l'entend Thibaut Courtois. En commettant 16 fautes, les Belges ont montré une certaine fébrilité et surtout bien plus haché le jeu que les Français, auteurs de seulement six fautes.

Surtout, si les Belges ont effectivement eu plus souvent le ballon, ils n'en ont pas fait grand chose. Comme le pointe Le Parisien, 60% de leur temps avec le ballon dans les pieds a été passé dans le deuxième tiers du terrain, c’est-à-dire au milieu (50% chez les Bleus). Mais dans le dernier tiers du terrain, les Belges ont fait moins bien que les Français (20% contre 22%). Conséquences, ils ont éprouvé beaucoup plus de difficultés à s'approcher des cages de Hugo Lloris.