Comprendre les polémiques sur la Coupe du monde 2022 au Qatar en cinq graphiques

Le comité exécutif de la Fifa doit annoncer, jeudi, que le Mondial de football sera bien organisé au Qatar en hiver. Une des nombreuses polémiques qui entourent cette compétition.

Une représentation, vu des tribunes, du futur stade d\'Al-Khor (Qatar), qui doit êtreconstruit à l\'occasion de la Coupe du monde de football 2022.
Une représentation, vu des tribunes, du futur stade d'Al-Khor (Qatar), qui doit êtreconstruit à l'occasion de la Coupe du monde de football 2022. ( AFP / JEROEN JUMELET)

La Fifa va mettre un terme à un débat qui secoue le monde du football depuis plus de cinq ans. L'organisation qui gère le football mondial doit rendre sa décision, jeudi 19 mars à Zurich (Suisse), concernant l'opportunité d'organiser pour la première fois une Coupe du monde en hiver, à l'occasion du mondial 2022 au Qatar. Une décision liée aux températures caniculaires qui règnent en été dans cet émirat du Moyen-Orient. Il s'agit d'une des nombreuses polémiques qui entourent cette compétition, que francetv info expose à travers cinq infographies.

Jouer au foot dans le désert, oui... mais en hiver

La Coupe du monde au Qatar inquiète de nombreux acteurs du football. Non pas à cause des soupçons de corruption qui planent au-dessus de la candidature qatarie, choisie par la Fifa en 2010, mais à cause des températures extrêmes qui règnent chaque année dans ce pays entre mai et septembre. Traditionnellement, une Coupe du monde commence début juin et s'achève au maximum à la mi-juillet. Au Qatar, ce calendrier impliquerait de jouer sous un soleil de plomb avec des températures dépassant les 41,5°C.

Dès que le Qatar a été choisi, des nations se sont inquiétées pour les conditions de jeu. L'organisation qatarie a alors mis en avant la construction de stades couverts et climatisés. Mais le bilan écologique désastreux de cette option, et la perspective d'exposer le public à une chaleur difficilement supportable en dehors des stades, ont poussé la Fifa à envisager un Mondial hivernal. Un groupe de travail a alors opté pour une Coupe du monde organisée du 26 novembre au 23 décembre 2022. Objectif : impacter le moins possible les championnats nationaux et continentaux.

Mais la levée de boucliers a été générale chez les organisateurs des ligues nationales, notamment en Europe. "C'est la pire des solutions", estime Frédéric Thiriez, patron de la Ligue de football professionnel (LFP) en France. Les dates retenues pour ce Mondial pourraient, en effet, perturber les championnats majeurs du football comme l'Angleterre, l'Espagne, la France, l'Italie et l'Allemagne avec une dizaine de journées qui seraient décalées. Sans oublier que la plupart des championnats du monde, tous calés sur le calendrier traditionnel de la Coupe du monde, seraient également touchés.

Les adversaires d'une Coupe du monde hivernale estiment qu'interrompre les ligues nationales pendant sept semaines (trois semaines de préparation et quatre de compétition) pourrait fausser les grands championnats et les rendre moins attractifs pour les diffuseurs, et donc menacer leur modèle économique. Les "petits" championnats, qui ne s'arrêteront pas pendant le Mondial, risquent, eux, de souffrir encore plus de la concurrence des matchs de la Coupe du monde, qui ont rassemblé 3,2 milliards de téléspectateurs en 2010.

Un projet de Mondial organisé en mai 2022 a bien été proposé, sans succès. Du coup, les acteurs qui se sentent lésés comptent réclamer des compensations financières. Une perspective qui révolte Philippe Piat, le président de la Fifpro, le syndicat des joueurs : "Ce sont tous des faux-culs ! Je sais que tout le monde finira par être d'accord si on leur donne du fric!", s'est-il emporté le 11 mars dans France football.

Des dépenses pharaoniques

En 2014, le Brésil a été secoué par de violentes manifestations, suscitées en partie par les 14,1 milliards d'euros investis par le pays pour l'organisation du Mondial. En 2010, en Afrique du Sud, de nombreuses polémiques avaient éclaté après le dépassement de plus de 1 000% du budget prévu pour la Coupe du monde. Au Qatar, les 188,9 milliards d'euros d'investissements envisagés, un record pour un tel événement, pourraient, à leur tour, susciter de nombreuses critiques. D'autant que ces investissements représentent un montant équivalent au niveau actuel du PIB annuel du Qatar, évalué à 190 milliards d'euros

Le gigantisme du projet qatari, qui prévoit notamment la création d'une ville entière baptisée Lusail, décrite par Business Insider (en anglais), aiguise les appétits des firmes étrangères, notamment dans le BTP. Mais comme l'expliquait le quotidien Les Echos en 2013, les contrats sont difficiles à négocier, les Qataris privilégiant les offres à bas coût turques, indiennes et chinoises notamment, pour maximiser leurs profits.

Des ouvriers en danger

Conditions de travail et d'hébergement indignes, retards de salaire de plus d'un an, vols de passeport, les critiques visant les chantiers de la Coupe du monde au Qatar sont nombreuses. Au-delà des accusations d'esclavage, c'est surtout le nombre d'ouvriers morts sur les chantiers qui choque : 1 200 victimes, dont de nombreux Népalais et Indiens, selon la Confédération syndicale internationale. Jusque-là, de tels drames avaient déjà marqué les chantiers des grandes compétitions sportives récentes, mais ils étaient limités.

Le comité d'organisation qatari a rejeté en bloc ces accusations et nié ces chiffres. Mais la Fifa se montre bien plus sceptique, poussant le Qatar à annoncer des réformes concernant le traitement des travailleurs. Dernier exemple en date, dimanche 15 mars, le président Sepp Blatter a incité directement l'émir à "faire plus" pour les ouvriers, relate RTL.

Construire des centaines d'hôtels, mission impossible ?

C'est un défi herculéen qui attend le Qatar en 2022. L'émirat doit être prêt à accueillir les 4 millions de touristes attendus, c'est-à-dire près du double de la population du pays (2,1 millions d'habitants). En 2010, dans son dossier de candidature, le comité d'organisation a annoncé qu'il comptait proposer 100 000 chambres d'hôtels, soit plus du double de ce qui existe actuellement. De quoi impressionner la Fifa, qui fixait un seuil minimum acceptable à 60 000 chambres.

Mais selon le cabinet Deloitte, qui a conduit une étude sur le marché hôtelier qatari, l'objectif risque de ne pas être atteint. Les experts estiment que le pays ne devrait pas proposer plus de 38 000 chambres d'ici à 2022.

En cause, le taux d'occupation actuel des hôtels au Qatar. Si la fréquentation touristique du pays a bien augmenté drastiquement depuis 2010, avec 1,3 million de touristes en 2013 (+9% par rapport à 2012), la demande n'est pas encore suffisante pour rentabiliser les dizaines d'hôtels qui doivent sortir de terre pour le Mondial. En clair, si d'ici à 2022 le Qatar n'attire pas plus de touristes, il sera impossible d'assurer la disponibilité des 100 000 chambres promises, avec le risque de créer une certaine pagaille chez les supporters venus du monde entier pour le Mondial. Selon Deloitte, le Qatar est dores et déjà en retard : il reste encore 210 hôtels à bâtir dans le pays d'ici à 2022, soit 30 par an. Or, en 2012, seuls 12 établissements ont été construits.

Comme le souligne Doha News (en anglais), les infrastructures touristiques suscitent une autre polémique : après le Mondial, à quoi serviront ces dizaines de milliers de chambres vides dans des villes dénuées d'attractions touristiques ? Les autorités qataries ont refusé de répondre, annonçant seulement que des milliards de riyals (la monnaie du Qatar) seraient dépensés pour atteindre un objectif encore plus démesuré : attirer 7,4 millions de touristes par an en 2030.