Football : "Économiquement pour les clubs, la saison 2020-2021 est celle de tous les dangers", estime un spécialiste de l'économie du sport

Selon Christophe Lepetit, les mesures de soutien de l'activité ont permis aux clubs d'encaisser le choc de la crise sanitaire, l'hiver dernier. Mais la jauge réduite représentera "un énorme manque à gagner" cette saison.

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Les joueurs du PSG et de l'AS Saint-Etienne rendent hommage aux victime du coronavirus avant la finale de la Coupe de France, au Stade de France, le 24 juillet 2020. (FRANCK FIFE / AFP)

"Économiquement pour les clubs" de football, "la saison 2020-2021 est plutôt celle de tous les dangers", a déclaré, mardi 18 août, sur franceinfo Christophe Lepetit, responsable des études économiques au centre de droit et d’économie du sport de Limoges. "On n'est pas à l'abri d'avoir des saisons qui pourraient durer plus longtemps, voire être temporairement interrompue", estime-t-il, alors que le match d'ouverture du championnat de Ligue 1 a été reporté, après la découverte de quatre cas de coronavirus au sein de l'Olympique de Marseille.

franceinfo : si un match est reporté chaque fois qu'au moins quatre cas positifs sont détectés dans un club, quelles pourraient être les conséquences pour le championnat?

Christophe Lepetit : C'est une situation totalement inédite. Un protocole de reprise a été édicté par la Ligue de football professionnel, organisatrice du championnat et des reports sont prévus en cas de nombreux cas avérés dans les équipes. Donc, les conséquences que cela pourrait avoir, ce sont des reports en cascade amenés à surcharger encore plus les calendriers, alors même qu'on sait qu'il y a l'Euro qui est censé se dérouler en fin de saison prochaine. Donc, on n'est pas à l'abri, dans la situation la plus complexe, d'avoir des saisons qui pourraient effectivement durer plus longtemps, voire être temporairement interrompues si la situation devenait à nouveau complètement hors de contrôle.

Beaucoup misaient sur la saison qui s'annonce pour rattraper, au niveau économique, le championnat 2019-2020 avorté en France les choses. Ca ne sera pas forcément le cas ?

Effectivement. Il faut souligner que grâce aux mesures de soutien de l'activité économique, les clubs ont économiquement plutôt encaissé le choc sur la saison 2019-2020. Mais économiquement pour les clubs, la saison 2020-2021 est plutôt celle de tous les dangers, parce qu'il risque d'y avoir un énorme manque à gagner du fait de la jauge réduite [à 5 000 spectateurs maximum] et potentiellement, de difficultés sur d'autres recettes.

Et puis, il y a très certainement une saison de frustration assez importante pour les supporters, qui soit ne pourront pas du tout aller assister aux rencontres, soit pourront y aller mais dans des conditions très particulières. D'ailleurs, on voit de plus en plus de groupes d'ultras suivant de façon passionnée leur équipe qui indiquent qu'ils ne se rendront pas au stade dans les conditions actuelles, y compris avec une jauge à 5 000 spectateurs.

Est-ce une mauvais nouvelle aussi pour le nouveau diffuseur du championnat, le groupe Mediapro et sa nouvelle chaîne Téléfoot ?

C'est évident que ça n'est pas une bonne nouvelle, mais on peut toujours se réfugier derrière le fait que ce qui importe le diffuseur, c'est avant tout de pouvoir diffuser des rencontres. Donc, tant qu'il n'y a pas d'annulation de rencontres, il pourra les proposer à ses futurs abonnés. À partir du moment où les matchs ont lieu, ils sont capables de tenir leurs promesses éditoriales à leurs abonnés. Malgré tout, c'est vrai que l'environnement du match, les supporters et l'ambiance qui découle de ces matchs-là, ça fait aussi partie du produit. Et on peut malgré tout penser que c'est un produit quelque peu altéré qui va être proposé aux abonnés de MédiaPro et de Canal+.

Il faut espérer que les sponsors ne réduisent pas leurs engagements du fait de la crise qui les a frappés.

Christophe Lepetit

à franceinfo

Maintenant il y a des choses qui peuvent effectivement être réduites du fait de prestations qui ne pourraient pas être délivrées, en particulier des animations et des activations de contrats de sponsoring prévus en marge des matchs, qui ne pourront pas forcément avoir lieu si les matchs se déroulent avec une jauge de 5 000 spectateurs ou si les matchs doivent avoir lieu à huis clos total, ce qui est aussi une possibilité qu'il ne faut pas écarter aujourd'hui totalement.

La Ligue 1 ne risque-t-elle pas aussi d'accuser un retard économique, qui sera difficile à combler par rapport aux autres championnats européens qui ont pu aller à leur terme ?

Oui, il y a une partie de retard inhérent au fait que le championnat français a été arrêté, alors que d'autres championnats ont pu aller à leur terme. Ce retard-là existe et ne sera potentiellement pas rattrapé. Maintenant, il va falloir voir lorsque les autres championnats reprendront. J'entends des supporters dirent que les autres championnats ont pu reprendre et qu'il n'y a pas eu de coronavirus. Certes, mais les championnats ont repris dans la période qui suivait juste le confinement, donc à un moment où le virus circulait beaucoup moins. Aujourd'hui, le virus circule à nouveau beaucoup et partout. Et donc, il n'est pas impossible que des difficultés que nous rencontrons aujourd'hui - parce que nous sommes les premiers à reprendre - les autres championnats les rencontrent également dans les semaines et les mois qui viennent. A ce niveau-là, on devrait être tous sur une nouvelle ligne d'égalité.

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