Cyclisme : ce qu'il faut retenir du contrôle antidopage "anormal" de Chris Froome

Le cycliste britannique a fait l'objet d'un contrôle antidopage, le 7 septembre, qui a révélé une concentration de salbutamol deux fois supérieure au seuil autorisé. Il se défend en affirmant qu'il a pris un médicament contre l'asthme.

Christopher Froome sur la douzième étape du Tour de France, le 14 juillet 2016. 
Christopher Froome sur la douzième étape du Tour de France, le 14 juillet 2016.  (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Dopage ou médication ? Le cycliste britannique Christopher Froome, quadruple vainqueur du Tour de France, a fait l'objet d'un contrôle antidopage "anormal" lors de la 18e étape du Tour d'Espagne 2017, une course qu'il a remporté en septembre dernier. C'est la première fois que le champion, qui pourrait perdre son titre de vainqueur de la Vuelta, est cité dans une affaire de soupçons de dopage médical. En revanche, il avait déjà dû faire face aux soupçons de dopage technologique après sa démonstration dans la montée de La Pierre-Saint-Martin, deux ans après un numéro comparable au mont Ventoux.

Christopher Froome doit maintenant expliquer ce résultat anormal devant les officiels de l'antidopage, après avoir expliqué qu'il était la conséquence de l'utilisation d'un produit contre l'asthme, dont il souffre depuis l'enfance. 

Quel est le produit mis en cause ?

A l'issue de l'étape du 7 septembre 2017, Christopher Froome a été contrôlé positif au bronchodilatateur salbutamol, qui est le principe actif de la Ventoline. Ce produit utilisé contre l'asthme est "autorisé dans la pratique sportive", explique à franceinfo Mathieu Teoran, secrétaire général de l'Agence française de lutte contre le dopage. Mais une posologie maximale doit être respectée. Le seuil au-delà duquel le règlement prévoit une possible sanction pour dopage est établi à 1 000 nanogrammes par millilitre. Dans le cas de Froome, la concentration atteint le double de cette dose.

La Ventoline, à haute dose, présente des effets anabolisants, c'est-à-dire qu'elle a un effet positif sur l'augmentation de la masse musculaire et la diminution de la graisse corporelle. "La Ventoline améliore la respiration même chez les non-asthmatiques. Une simple bouffée vasodilatatrice augmente la consommation d'oxygène de 0,3 litre", rappelle le docteur Jean-Pierre de Mondenard, médecin du sport, spécialiste du dopage. En course, "le corticoïde et le salbutamol que [Chris Froome] prenait peuvent suffire à faire la différence", a-t-il ajouté sur franceinfo.

Quelle est la défense du cycliste ?

Chris Frome a rapidement réagi à ces révélations, rappelant d'abord qu'il est asthmatique depuis son enfance. "Chris Froome est connu pour souffrir d'asthme et se soigner avec ce médicament, confirme Mathieu Teoran. La question, maintenant, est de savoir s'il a abusé de ce médicament, c’est-à-dire s'il est allé au-delà de sa prescription, au-delà de ce qui est normal pour se soigner", a-t-il ajouté.

Le règlement anti-dopage précise qu'au-delà de 1 000 nanogrammes par millilitre, le sportif doit prouver "par une étude de pharmacocinétique contrôlée que ce résultat anormal est bien la conséquence de l'usage d'une dose thérapeutique (par inhalation)".

"Mon asthme s'est accentué durant la Vuelta, donc j'ai suivi les conseils du médecin de l'équipe pour augmenter mes doses de salbutamol. Comme toujours, j'ai pris les plus grandes précautions pour faire en sorte de ne pas dépasser la dose permise", assure le coureur. Son équipe Sky a aussi relevé qu'aucun des vingt autres contrôles effectués pendant la course n'a donné de résultat supérieur au seuil.

Y a-t-il des antécédents d'affaires similaires ?

De nombreux autres cyclistes de haut niveau souffrent d'asthme et se soignent avec de la Ventoline. Des études ont en effet montré que le sport de haut niveau favorisait l'asthme. "Il y a davantage d'asthmatiques dans le sport de haut niveau que dans la population générale car les ventilations énormes demandées dans ces sports favorisent l'asthme", explique le docteur Jean-Pierre de Mondenard.

L'affaire de dopage qui frappe Chris Froome s'était aussi abattue dans les années 1990 sur l'Espagnol Miguel Indurain, autre vainqueur du Tour de France appelé à justifier un contrôle antidopage "anormal". En 1994, Indurain venait de remporter son quatrième Tour de France... comme Froome. A la fin de l'été, il avait dû s'expliquer sur un contrôle datant du mois de mai précédent et réalisé sur le Tour de l'Oise, une course de préparation au Tour. En cause, le salbutamol. Indurain avait comparu devant la commission de discipline de la Fédération française qui était en charge du dossier. Il avait été innocenté.

Plus récemment, en mai 2014, le cycliste italien Diego Ulissi s'est approché des taux présentés par Chris Froome. Il a été suspendu neuf mois. Même chose pour le sprinteur italien Alessandro Petacchi, en 2007, qui avait été privé de compétition pendant un an par le Tribunal arbitral du sport (TAS), rappelle Le Monde. Dans ce dernier cas, le TAS avait "retenu l'incapacité de prouver l'usage thérapeutique du produit incriminé", souligne L'Equipe. La même année, le cycliste italien Leonardo Piepoli avait réussi à prouver l'usage thérapeutique et avait ainsi échappé à la suspension.