Tour de France 2021 : Mathieu van der Poel, au nom du (grand)-père Poulidor

En s'imposant en haut de Mûr-de-Bretagne, Mathieu van der Poel a revêtu le maillot jaune dont rêvait tant son grand-père, Raymond Poulidor.

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De notre envoyé spécial - Théo Gicquel - franceinfo: sport
France Télévisions
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Mathieu van der Poel ému sur le podium du Tour de France dimanche 27 juin au moment d'endosser le maillot jaune. (STEPHANE MAHE / AFP)

C'est un clin d'oeil au destin, une déflagration d'émotions pour lui mais aussi pour les spectateurs du cyclisme. Tout le monde lui en parlait, son équipe en rêvait, lui caressait l'envie sans trop y penser. C'est désormais une réalité : Mathieu van der Poel est le maillot jaune du Tour de France.

Dimanche 27 juin, le petit-fils de Raymond Poulidor n'est pas allé chercher la tunique ultime uniquement pour lui. Le doigt vers le ciel et le torrent de larmes qui a suivi l'arrivée n'ont trompé personne. C'est sous le regard bienveillant de "Poupou" que Van der Poel s'est imposé dimanche, à Mûr-de-Bretagne. En 14 participations, son grand-père n'avait jamais réussi à endosser le maillot jaune. Lui l'a fait après seulement deux étapes de son premier Tour. Pour le remercier. Pour lui rendre hommage.

Van der Poel était inconsolable à l'arrivée. Allongé sur la route d'abord, débordé par l'émotion. "J'imagine combien il serait fier. C'est vraiment dommage qu'il ne soit pas là, mais on ne peut rien y faire", a réagi en sanglots le vainqueur du jour, au micro de France Télévisions. 

Mathieu van der Poel : "C'était ma dernière chance de prendre le maillot"

Une filiation dans la peau

Il avait raté le coche pour sa première sur le Tour samedi. Tout avait avait été fait pour qu'il s'empare du jaune alors qu'il portait un maillot Alpecin-Fenix aux couleurs mythiques de l'équipe Mercier de son grand-père. Il n'a pas mis longtemps à se rattraper, alors que pointent, à partir de lundi, des étapes beaucoup moins propices à ce qu'il s'empare du maillot jaune.

"C'est incroyable. J'ai tout tenté pour aller chercher les secondes. Le premier passage sur la ligne d'arrivée était déjà très dur. Je savais que c'était ma dernière chance d'avoir le maillot aujourd'hui", continuait celui qui est allé chercher huit secondes de bonification en passant en tête de la première ascension du Mûr, à 15 kilomètres de l'arrivée.

Déçu d'avoir raté l'occasion à Landerneau, le quadruple champion du monde de cyclo-cross n'a pas mis longtemps à jauger la difficulté du Tour et dompter la pression qui lui est inhérente. "Hier (dimanche), j'avais un peu de stress et je n'avais pas les jambes. Je me suis peut-être un peu débloqué, et aujourd'hui c'était beaucoup mieux", expliquait à l'arrivée le Néerlandais de 26 ans.

Tour de France 2021 : le résumé de l'étape 2

Van der Poel vit avec l'amour de son grand-père depuis sa naissance. Un héritage aussi instructif sur un vélo que lourd à porter en dehors. Harcelé de questions sur son grand-père, le petit-fils a toujours salué cette filiation entre celui qui fut champion et celui qui était en train de le devenir. 

"Je vais penser le moins possible à mon grand-père aujourd'hui", racontait-il  pourtant samedi, pour ses grands débuts sur le Tour de France, comme pour courir pour lui-même, et se détacher de temps en temps de ce lien qu'on lui rapelle sans cesse. Mais cette relation lui est encore plus chevillée au cœur depuis le décès de Poulidor en novembre 2019. Ce jour-là, dans l'église, sa maman avait lu une lettre qu'il avait écrite à l'attention de l'homme qu'il admirait tant, mais qu'il n'avait pas pu lire, trop pris par l'émotion.

Grand Format : Van der Poel, l'héritier

Les spectateurs de sa victoire ne s'y sont pas trompés, à commencer par Thomas Voeckler, consultant francetv sport. "Prendre le maillot jaune sur son premier Tour de France, c'est un beau symbole. Le voir aussi ému après l'arrivée, c'est assez fort. Il a déjà quasiment tout gagné dans le vélo. Là, on a senti que ça allait au-delà du sport", explique le sélectionneur national, rejoint par Christian Prudhomme, le patron du Tour. "Il y a beaucoup d'amour dans cette victoire du petit-fils pour son grand-père." 

Congratulé par le vainqueur sortant Tadej Pogacar d'une franche accolade, van der Poel a également reçu les louanges de celui qu'il a dépossédé du maillot jaune, Julian Alaphilippe. "Hier (dimanche) il était déçu de ne pas avoir gagné, mais il est venu me féliciter. Aujourd'hui, c'est moi qui y suis allé. La dernière montée s'est faite avec les jambes, et Mathieu était simplement plus fort. J'ai tout donné, et c'est pour ça que je ne suis pas déçu", a réagi le Français à l'arrivée.

Mathieu van der Poel endosse le maillot jaune !

Habité par le jaune

Pour Thomas Voeckler, Van der Poel était habité par cette étape, la dernière occasion de ravir la tunique jaune avant des étapes de plaine, un contre-la montre puis la montagne au programme. "Il avait déjà le maillot jaune dans la tête, c'est pour ça qu'il est sorti dans la première ascension. Il était fort physiquement certes, mais il était surtout imbattable dans la tête. Personne ne pouvait lui enlever de la tête (l'idée) de s'imposer pour son grand-père", observe le sélectionneur national.

Dimanche, "Petit phénomène", comme l'appelait Poulidor, en est devenu un grand. En réalisant le rêve perdu de son défunt grand-père, il lui a rendu le plus bel hommage. Tout se détachant définitivement de l'étiquette "petit-fils de", pour embrasser le cercle des champions du Tour, où était lové depuis bien longtemps Raymond Poulidor.

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