Tour de France 2021 : cinq ans après son incroyable course à pied dans le Ventoux, Chris Froome retrouve le "Mont Chauve" dans l'anonymat

Chris Froome retrouve mercredi le col qui lui a offert ses moments les plus marquants sur le Tour de France.

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De notre envoyé spécial - Théo Gicquel - franceinfo: sport
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Chris Froome lors de la 2e étape du Tour de France 2021, le 27 juin. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le Tour de France est passé maître dans l'art de croiser les destins. La première semaine de la Grande Boucle nous a offert ce qu'elle a de plus exaltant avec la renaissance de Mark Cavendish ou la fièvre jaune du dimanche soir de Mathieu van der Poel à Mûr-de-Bretagne. Elle a croisé ces deux destinées avec celle, beaucoup plus sépulcrale et anonyme, de Chris Froome.

Une histoire particulière avec le Ventoux

Venu sur le Tour de France avec sa nouvelle formation Israel Start-Up Nation, le quadruple vainqueur du Tour se traîne comme une âme en peine dans les tréfonds du classement (155e), à 1h52 du maillot jaune Tadej Pogacar. Mercredi, le Britannique au crâne rasé va retrouver le Mont Chauve : Froome, comme le peloton, escaladera deux fois le Ventoux lors de la 11e étape, entre Sorgues et Malaucène.

Les deux ascensions du Géant de Provence auront bien du mal à réveiller les jambes endolories du Kényan Blanc, qui ne parvient plus à retrouver le niveau d'avant son grave accident en 2019, et qui a même chuté lors de la première étape du Tour. Mais elles réveilleront des souvenirs sans doute encore vivaces : c'est sur les pentes au beige granuleux qu'il avait déposé Nairo Quintana en 2013. C'est encore ici qu'il avait offert en 2016 une image indélébile de l'histoire du Tour, en parcourant quelques centaines de mètres à pied, maillot jaune sur le dos, en attendant un nouveau vélo qui n'arrivait pas. "J'ai évidemment des sentiments partagés de revenir ici, racontait-il au départ à Albertville mardi. C'était un souvenir incroyable en 2013, un peu plus pénible en 2016", a lâché le quadruple vainqueur.

Cinq ans plus tard, Chris Froome n'a plus rien d'un prétendant à ce paletot jaune. La différence de niveau, abyssale, entre les images de 2016 et 2021, ne doit pas faire oublier d'où il est revenu. Depuis deux ans, "Froomey", 36 bougies au compteur tout de même, a tout fait pour maintenir en vie son rêve  : rejoindre Bernard Hinault, Jacques Anquetil, Eddy Merckx et Miguel Indurain parmi les quintuples rois de juillet.

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Le club des cinq

"Je rêve vraiment d'un cinquième Tour, d'être en haut du tableau avec ces mecs (Anquetil, Merckx, Indurain et Hinault). Si je n'y arrive pas, si je devais terminer ma carrière sans plus gagner, ce ne serait pas un problème", philosophait-il dans les colonnes de Vélo Magazine avant le Tour. "Ça a été mon plus grave accident mais il résume toute l'histoire de ma carrière, qui est tout sauf un long fleuve tranquille", explique celui qui est né au Kenya, et qui a d'abord été couvé par le Centre mondial du cyclisme piloté par l'UCI, avant d'atterrir à la Barloworld puis chez Sky.

Depuis ses déboires, Chris Froome jouit désormais de la tendresse que l'on accorde toujours plus facilement aux forçats du bitume, aux galériens de l'asphalte. Il n'y a qu'à voir le soutien dont il bénéficie au bord des routes par rapport à Tadej Pogacar, leader impitoyable de ce Tour. Son classement est anecdotique, le public l'a bien compris et salue avant tout la guérison de celui qui fut champion.

"Voir une personne être capable de souffrir physiquement et mentalement pour essayer de revenir au niveau qu'elle avait auparavant et qui sait qu'elle peut le faire, c'est une chose que j'applaudis. C'est la plus grande chose que vous puissiez faire", racontait, admiratif, son ancien coéquipier et ami Mark Cavendish lundi.

Plus soutenu certes, mais aussi toujours houspillé par une frange du public rancunière de ses années de domination. On ne balaye pas en une semaine plusieurs années de suspicion et de défiance, lorsque sa formation cadenassait sans pitié la Grande Boucle entre 2012 et 2018. "Chris a été un champion durant de nombreuses années. Très peu de gens dans le monde peuvent atteindre ce niveau, donc les gens ne peuvent pas comprendre son état d'esprit et son combat pour revenir", continue de le défendre Cavendish, lui-même revenu de nulle part sur ce Tour avec trois victoires d'étapes. "Si je regarde mon expérience personnelle, vous ne pouvez pas écrire que quelqu'un est fini. Ça dépend de l'individu, de comment il pense pouvoir revenir."

Le robot devenu humain

Plus humain, plus disponible, Froome épouse désormais bien plus les canons d'admiration que le public français affectionne. Le champion est enterré, l'homme est toujours vivant. Remontera-t-il un jour sur le podium des Champs-Elysées, alors que le Tour n'a sacré qu'un homme de plus de 36 ans (Firmin Lambot en 1922) dans son histoire ? Tout porte à croire que non, mais Chris Froome continue lui d'y croire. À demi-mot ? Peut-être.

"Je ne suis pas revenu d'aussi loin, au niveau que j'ai retrouvé, même si ce n'est pas encore le niveau que je souhaite, juste pour me dire que j'ai réussi à recourir après l'accident", racontait-il à Vélo Magazine.

Après tout, en 2007, personne ne croyait en ce longiligne Kényan Blanc "qui ne ressemblait à rien sur un vélo" selon John Robertson, son premier directeur sportif chez Konica-Minolta. "J'ai dû surmonter beaucoup d'obstacles depuis mes débuts cyclistes au Kenya. Il me plaît de penser qu'aucun de ces obstacles ne m'a brisé dans mon élan, se réjouissait-il dans les colonnes de Vélo Magazine. J'ai continué à rester fidèle à moi-même, accrocheur, par amour réel et profond pour mon sport."

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