Reportage Liège-Bastogne-Liège : la fête du vélo pour oublier les terribles inondations de l'été dernier

La 108e édition de Liège-Bastogne-Liège, dimanche, est la première depuis les inondations mortelles qui ont fortement touché la région. Neuf mois après, les stigmates sont encore présents.

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De notre envoyé spécial à Liège - Vincent Daheron - franceinfo: sport
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La stèle en hommage au Belge Stan Ockers érigée au sommet de la Côte des Forges, le 22 avril 2021. (DIRK WAEM / BELGA MAG via AFP)

Des arbres couchés au bord de routes sinueuses parfois délabrées. Neuf mois après, au matin du départ de la 108e édition de Liège-Bastogne-Liège, dimanche 24 avril (en direct sur France 3 et france.tv), les traces des inondations mortelles survenues en Belgique en juillet dernier sont encore largement visibles aux alentours de Liège. Le débordement de la Meuse, l'Ourthe et la Vesdre avait causé la mort de 39 personnes en Belgique, principalement dans les villes de la région liégeoise. "On a perdu des gens qu'on connaissait, ici de Remouchamps, raconte Jérôme Gilbert, l'un des frères du coureur de la Lotto-Soudal Philippe Gilbert, natif de Verviers, à 30 kilomètres de Liège. Ça touche de connaître des drames comme ça."

En juillet 2021, la province de Liège avait en effet été l'une des régions les plus touchées par la catastrophe naturelle. "Mes parents avaient 80 centimètres d'eau chez eux, raconte Pascal Carpentier, président du conseil communal d'Aywaille. De nombreuses maisons sont encore en réparation et des travaux de réhabilitation restent en cours dans cette vallée encaissée des Ardennes. "Des supporters de la première heure de Philippe (Gilbert) ne vivent toujours pas chez eux", poursuit Jérôme.

Un parcours transformé 

Le parcours de la Doyenne des classiques a été modifié en conséquence et une difficulté récurrente manque à l'appel : l'ascension de la côte des Forges. "L’accès est rendu difficile par les conséquences des dramatiques inondations de juillet dernier", écrivait alors sur le site officiel de l'épreuve Christian Prudhomme, directeur du cyclisme d'ASO et en charge de l'organisation, pour expliquer son absence au programme.

L'accès de cette côte au sommet duquel trône une stèle en hommage à Stan Ockers (vainqueur en 1955, décédé deux ans plus tard) a particulièrement souffert. Aujourd'hui encore, la route traditionnellement empruntée par la course est fermée à la circulation, barrée par deux pierres imposantes à son extrémité. Seul un homme sur son VTT s'y aventure avant de disparaître après le virage. Il laisse sur sa gauche les barrières et une rubalise pour empêcher de s'approcher trop près du talus où les nombreux éboulements sont encore visibles. La route est devenue un chemin de pierres en partie éventré, où le vélo de route n'a plus sa place. 

"Lorsque nous avons fait les reconnaissances, la route qui permet de rejoindre la côte des Forges était impraticable, confirme Jean-Michel Monin, en charge du parcours de la Doyenne. Et nous ne voulions pas demander aux services de la voirie de la remettre en état pour la course, alors qu’il y avait des priorités plus importantes sur le plan humain."

Un cyclosportif descend la côte des Forges, le 23 avril 2022. (DR)

La côte des Forges, pour sa part, est largement praticable, à l'image de la Flèche wallone qui l'a empruntée mercredi dernier, ou par plusieurs centaines de coureurs engagés sur la cyclosportive à la veille de Liège-Bastogne-Liège. A défaut de la grimper, les amateurs l'ont descendue à toute vitesse, comme les professionnels pour rejoindre Bastogne dimanche.

La Doyenne pour "s'évader des problèmes du quotidien" 

Une procession de passionnés qui permet à la côte des Forges, et à la chapelle qui la jouxte, de briller sous de meilleurs jours. Avec Liège-Bastogne-Liège, c'est finalement toute une région qui revit à nouveau. "Nous espérons que le passage des courses permettra à un très large public de s'évader des problèmes du quotidien", projetait Katty Firquet, vice-présidente de la province de Liège, lors de la présentation du parcours qui passera dans plusieurs villes durement touchées.

Les cyclosportifs lors  (DR)

Remouchamps est l'une d'entre-elles. Ce petit village de près de 3 000 habitants, appartenant à la commune d'Aywaille, est surtout réputé pour être le lieu où Philippe Gilbert a passé son enfance. Ce dernier avait posté une vidéo, sur son compte Instagram, des inondations frappant le village, juste devant la brasserie Le Cheval Blanc, repaire de son fan club.

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"C'est la première fois qu'on refait quelque chose depuis le Covid, c'est la première grosse fête du village, se réjouit le président du conseil communal Pascal Carpentier, depuis la côte de la Redoute où les festivités ont commencé vendredi. C'est important, la vie normale reprend." Samedi, les gens affluaient par petits groupes pour assister à un concert. La veille, c'était un blind test. Des animations liées à la Doyenne et qui permettent au village de retrouver le sourire autour du barbecue et d'une bière.

"Je pense que ça donne du baume au coeur, assure Laura Gilbert, la nièce du champion du monde 2012. Il n'y a pas que le vélo pour permettre de changer les idées des gens mais ça aide." Jérôme Gilbert enchaîne : "Pour ceux qui ont été touchés, la course sera comme un encouragement, pour les aider à aller toujours de l'avant".

Pendant une journée au moins, les souvenirs difficiles laisseront place à la passion et la joie que provoque le mythe de la Doyenne des classiques. "On a retrouvé le paysage qu'on connaissait tous", conclut Laura, le regard dirigé vers les collines verdoyantes des Ardennes.

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