Paris-Roubaix : au passage à niveau, "j'ai ressenti le souffle du TGV"

Des coureurs ont traversé la voie ferrée, dimanche, alors que les barrières étaient baissées et qu'un TGV était annoncé. Francetv info a recueilli le témoignage de Julien Morice (Europcar), resté bloqué devant le train.

Un TGV a coupé le peloton en deux lors de la course Paris-Roubaix, dimanche 12 avril 2015 à Hélesmes (Nord).
Un TGV a coupé le peloton en deux lors de la course Paris-Roubaix, dimanche 12 avril 2015 à Hélesmes (Nord). (FRANCE 3 / FRANCETV INFO)

Les images ont fait le tour du monde. Pendant la mythique course cycliste Paris-Roubaix, le peloton a été coupé en deux par le passage d'un TGV, à Hélesmes (Nord). Mais alors que les barrières s'abaissaient, certains coureurs ont tout de même franchi le passage à niveau. Le dernier cycliste est passé de justesse, une poignée de secondes avant l'arrivée du train.

Alors que la SNCF a porté plainte contre X après ce comportement qu'elle juge "grave et irresponsable", francetv info a recueilli le témoignage du coureur d'Europcar Julien Morice (128e de l'épreuve), resté quelques secondes à quai sur les pavés du Nord.

"Là, je me dis que ça ne va pas le faire"

"C'était mon premier Paris-Roubaix avec les pros, raconte Julien Morice, qui se repose après avoir enduré "l'enfer du Nord", la veille. Avant ce passage à niveau, on avait dû faire 160 ou 165 km environ et ça commençait à me peser un peu dans les jambes. D'ailleurs, j'étais mal placé dans le paquet." Alors que le coureur d'Europcar est à une trentaine de mètres de la voie ferrée, il aperçoit "le passage à niveau qui se ferme au loin. Et puis, je vois des coureurs qui continuent quand même à passer. Il en reste une cinquantaine devant moi. Là, je me dis : 'Ça ne va pas le faire [de passer] avant que le train passe'."

Julien Morice pose donc le pied à terre. "On s'arrête, ça gueule un peu parce que les coureurs sont un peu excités. Un commissaire arrive tout de suite pour nous dire que la course sera neutralisée à l'avant, du coup les esprits se calment rapidement." Les coureurs semblent trop concentrés pour se rendre compte du danger. "Le train est arrivé aussitôt. Là, je ressens le souffle du TGV, même si je trouve qu'il n'est pas passé très vite." Les barrières se relèvent de suite. "Au total, j'ai posé le pied à terre une petite trentaine de secondes. On a fini par rattraper le groupe neutralisé à l'avant en seulement un ou deux kilomètres."

Pas de panique, donc, parmi les coureurs. "On a vu que personne n'était passé sous le train [rires]. Mais c'est vrai que j'ai vu les images après et que les derniers coureurs passent juste avant le train." Les coureurs ont l'habitude de patienter devant des passages à niveau, même s'il est rare que les barrières coupent en deux le peloton. "Je ne sais pas si les premiers du peloton ont vu les feux rouges. Dans les règles de l'art, ils auraient alors dû s'arrêter et cet incident ne serait pas arrivé." Julien Morice a fait contre mauvaise fortune bon cœur. Dans un coin de sa tête, il savait bien que la course avait de grandes chances d'être neutralisée.

"Je me dis qu'on fait un sport dangereux"

De l'aveu même de Julien Morice, les coureurs rechignent souvent à s'arrêter devant les voies ferrées. "C'est tout le temps comme ça. Quand le coureur devant vous passe et que vous êtes le dernier [à traverser le passage], vous vous dites : pourquoi je ne passerais pas aussi ? C'est compliqué d'être le premier à freiner devant une barrière. C'est une décision pas facile à prendre."

Elle l'est d'autant moins que cette course est l'une des plus médiatiques de la saison. "C'est Paris-Roubaix, il y a de l'enjeu et du stress toute la journée. Je comprends les coureurs qui passent les barrières, mais bon, devant un TGV, je trouve quand même ça vraiment dangereux."

Ce gros coup de chaud aurait-il pu être évité ? "Si les coureurs respectent les règles, normalement il n'y a pas de souci, estime Julien Morice. C'est peut-être un sujet à aborder avec l'Union des cyclistes professionnels mais là, au lendemain de Paris-Roubaix, je n'ai pas de solution à vous apporter." Cet incident rappelle surtout que la route est un terrain à part, qui comporte des règles. "Je me dis qu'on fait un sport dangereux. Sur le vélo, avec la motivation et le stress qui entrent en jeu, on ressent le danger différemment. Mais en plus de tout le reste et des pavés, il faut aussi composer avec le passage des trains."