Martin Luther King Day, un jour férié devenu une institution sur les parquets de NBA

Article rédigé par
Bastien Fontanieu, directeur de publication de TrashTalk - franceinfo: sport
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Le 18 janvier 2021, comme chaque année, la NBA, ici à Tampa lors du match entre Toronto et Dallas, a rendu hommage à Martin Luther King lors du "MLK Day". (MIKE EHRMANN / GETTY IMAGES / AFP)

Ce lundi est férié aux États-Unis, mais ce n'est pas un jour de repos pour les basketteurs de NBA, qui rendent ainsi hommage au combat de Martin Luther King.

Ce lundi 17 janvier 2022, les États-Unis seront en congés. Mais pas la NBA. Loin de là. Une raison particulière pour expliquer cela ? C'est le Martin Luther King Day, que l'on pourrait résumer à un jour de congé chez l'Oncle Sam, mais qui va bien plus loin que cela. Dans la plus grande ligue de basketball au monde, le "MLK Day" est devenu une institution. Au même titre que le All-Star Game et les matchs de Noël, rien que ça.

Si le lundi représente le pire jour de la semaine pour beaucoup de monde, il ne l'est pas forcément pour tous. En effet, lorsque s'approche le troisième lundi du mois de janvier, c'est même tout le contraire sur les parquets de NBA

Martin Luther King sur le Mall de Washington lors de la Marche sur Washington, le 28 août 1963, journée au cours de laquelle il prononce son célèbre discours "I have a dream". (AFP)

Un long chemin vers le MLK Day

Comme son nom l'indique, le MLK Day, jour férié, rend hommage au combat de Martin Luther King pour le mouvement américain des droits civiques et pour la paix. Vingt-quatre heures pour remettre sur la table des sujets de société, comme les droits civiques et l'égalité face à la justice. Pourtant, le chemin fût long et chaotique pour parvenir à créer ce rendez-vous.

En 1968, dans un pays choqué par l'assassinat de Martin Luther King le 4 avril à Memphis, un représentant démocrate prend les devants. John Conyers introduit un projet de loi au Congrès afin que le jour de naissance du pasteur devienne un congé national. La proposition voit le jour en 1970, mais hélas le soufflet retombe assez rapidement.

Il faut attendre 1976, et l'élection de Jimmy Carter à la présidence des États-Unis, pour que le projet MLK Day remonte à la surface. Mais encore une fois, le soufflet retombe. L'équipe qui va prendre le relais ? C'est celle du Martin Luther King Center à Atlanta, dirigé par Coretta Scott King, l'épouse du pasteur. Poussant auprès du grand public, le MLK Center va voir son message tomber dans la bonne oreille, et pas une petite d'ailleurs... puisqu'il s'agit de celle de Stevie Wonder.

À l’occasion de l’anniversaire de MLK en 1979, la légende de la Motown invite son public à considérer cette journée comme un véritable congé. Mieux encore, il pousse ses fans à écrire au Congrès pour demander d’accepter le projet de loi Conyers. Bob Marley et Michael Jackson, pour ne citer qu'eux, rejoignent la cause. Le mouvement est immense et ponctué par Stevie Wonder lorsqu'il sort Happy Birthday en 1980. La chanson devient un hit mondial et un véritable symbole de la campagne.

Le 2 novembre 1983, le président Ronald Reagan signe la loi promulgant le jour de congé du Martin Luther King Day, devant Coretta Scott King, veuve de Martin Luther King (à gauche), et la républicaine Katie Hall (au 2e rang à droite), première personne afro-américaine élue au Congrès pour l'Indiana en 1982, sous les yeux du vice-président George Bush. (BARRY THUMMA/AP/SIPA / AP)

Un an plus tard, quelques jours avant l’investiture de Ronald Reagan, nouveau président américain, un cortège de 100 000 personnes débarque au National Mall de Washington pour rendre hommage à Martin Luther King lors du Rally for Peace. Leur demande est claire : "nous voulons notre MLK Day". Une pétition rassemble six millions de signatures et va faire plier Reagan deux ans plus tard, en novembre 1983. C'est bon, nous y sommes. Le Congrès vote à majorité (338 contre 90), et le jour de congé est officiellement en place le 20 janvier 1986.

La NBA et David Stern, avant-gardistes de l'activisme dans le sport

Si plusieurs ligues majeures décorent le paysage du sport américain depuis des décennies, aucune ne rivalise avec la NBA en terme d'activisme. Et dans la lutte contre les inégalités sociales ? C'est bien le basket qui mène la danse. Si la première véritable figure afro-américaine qui casse les barrières sociales est Jackie Robinson, le premier joueur noir à évoluer chez les pros du baseball dans les années 1940, la NBA avance à grands pas et sans relâche avec Bill Russell, la légende des Boston Celtics 11 fois champion NBA (record absolu), en chef de file.

Premiers boycotts de matchs NBA. Premiers athlètes noirs rassemblés dans une seule et même équipe pro. Premiers entraîneurs noirs. Premières superstars noires autour desquelles faire du marketing. La Ligue est loin devant ses soeurs du foot américain (NFL), du baseball (MLB) et du hockey (NHL) en la matière. Cependant, elle va connaître un coup de mou dans les années 1970, l'Amérique puritaine et divisée trouvant cette Ligue "trop noire".

Wilt Chamberlain (à droite avec le maillot des Lakers) et Bill Russell (à gauche avec celui des Celtics), deux des plus grandes légendes de la NBA, opposés le 5 mai 1969, dans le dernier match de la finale offrant le 11e titre à Boston lors des 13 dernières saisons. (ANONYMOUS/AP/SIPA)

David Stern, qui récupère les clés de la NBA en 1984 en tant que commissionnaire, va alors s'assurer que sa ligue soit inclusive avant tout, sur les terrains comme dans ses bureaux. Un exemple frappant en rapport avec le MLK Day ? Alors que le Gouverneur de l'Arizona est opposé à ce jour de congé à peine instauré, Stern décide d'annuler tout événement à Phoenix jusqu'en 1992, repoussant même la candidature de la ville pour accueillir le All-Star Game de 1994. Désolé, pas de ça chez nous. Même le rendez-vous annuel entre managers, qui avait lieu dans l'Arizona, est déménagé à cause de la controverse autour du MLK Day. Le boss de la Ligue décide de frapper fort, toujours plus fort.

Membre de la Commission du King Federal Holiday, Stern s'assure que tous les bureaux de la NBA soient fermés lors du MLK Day et que des matchs aient lieu ce soir-là, afin de véhiculer des messages positifs et inclusifs partout dans le pays. Il va alors avoir une idée brillante : institutionnaliser cette journée comme un événement majeur du calendrier américain, en suivant le schéma suivant. Si la fête nationale (le 4 juillet) est dédiée à la batte de baseball, et Thanksgiving (le quatrième jeudi de novembre) est réservé aux amoureux du ballon ovale, alors le MLK Day sera pour la balle orange. 

"Le sport là-bas est hyper politisé, contrairement à ce qu'on voit en France", explique Rémi Reverchon, présentateur et commentateur sur beIN Sports. On sait que la NFL est une ligue ultra-républicaine. La NBA se met à défaut de ça et se veut hyper progressiste, démocrate. D'autant plus après ce qui s'est passé récemment à Minneapolis avec (la mort de) George Floyd, et avec Jacob Blake à Kenosha. La NBA met donc plus que jamais l'emphase sur cette date-là. Elle met l'accent sur la ville de Memphis avec un match quoi qu'il arrive là-bas le jour du MLK Day, car c'est là qu'il a été assassiné, au Lorraine Motel.

Les joueurs d'Atlanta John Collins (à gauche) et Trae Young, le 18 janvier 2021, arboraient avec tous les joueurs de NBA ce t-shirt rendant hommage à Martin Luther King et appelant à une justice égale pour tous, un an après le décès de George Floyd. (CURTIS COMPTON/AP/SIPA / SIPA)

Rapidement, la NBA voit sa politique globale et son approche du MLK Day se croiser. Dans une Ligue accueillant de plus en plus de joueurs Afro-Américains, David Stern joue sur les symboles, la communication et l'inclusion. Exemple ? Les Grizzlies, d'abord installés à Vancouver, débarquent à Memphis en 2001. La NBA va alors s'assurer que deux villes jouent systématiquement le jour du MLK Day : Atlanta, berceau de Martin Luther King, et Memphis, où le pasteur est décédé.

C'est à Memphis qu'on retrouve le National Civil Rights Museum consacré au mouvement des droits civiques, et la NBA va le mettre en avant chaque année avec les Grizzlies, la franchise de la ville du Tennessee. Vont suivre des campagnes de communication puissantes, que ce soit sous forme de vidéos, via les réseaux sociaux, les parquets et les maillots, et qui vont cimenter un peu plus la place du MLK Day dans le calendrier. Dans tous les foyers américains, le troisième lundi de janvier est synonyme de NBA. Le projet mis en place par David Stern a fonctionné.

De beaux messages, mais seulement ?

Toujours bien placée sur un fil entre belles valeurs et beaux dollars, la NBA va aussi jongler avec son audience et ses besoins pour faire de ce troisième lundi de janvier un rendez-vous incontournable. Pour les fans, pour les joueurs, et pour les marques.

Côté fans, que demander de plus qu'un véritable marathon de basket en plein milieu de saison ? Lundi 17 janvier, 12 matchs seront joués entre 18h30 et 7h du matin heure française. Une journée pour les Américains mais aussi pour les autres grands marchés, l'Europe et la Chine en tête, qui peuvent regarder leurs stars à des horaires convenables. En janvier 2020, c'est un nombre record de 14 matchs qui avaient été joués, avec notamment l'opposition mythique Celtics - Lakers et les 61 points marqués par Damian Lillard (Portland) face aux Golden State Warriors (record du MLK Day).

Et les fans se réjouissent, car lorsqu'on se penche sur les autres soirées marathon de la saison, le 25 décembre (5 matchs), et le premier weekend des playoffs (4 matchs) viennent tout de suite en tête. Sinon ? C'est la routine. Le MLK Day est donc un rendez-vous d'exception qui s'est vite installé dans la tête des passionnés de basket, au même titre que le All-Star Game.

"C'est une grande date marquante de la saison NBA"

Rémi Reverchon, commentateur beIN sports

"À la base, le MLK Day devait être un soir comme un autre (sur beIN Sports) avec deux matchs diffusés, mais ça a été notre volonté d'aller toquer à la porte de la NBA et leur dire 'marquons le coup'. On leur a dit qu'on aimerait faire une soirée spéciale et diffuser tous les matchs ce soir-là, et on a réussi. Aujourd'hui on va faire notre dixième MLK Day, tout le monde sera sur le pont", raconte Rémi Réverchon

Côté joueurs, dans le contexte social que l'on connaît aux États-Unis, la NBA tend son micro vers ses athlètes, à forte majorité Afro-Américains (74% en 2020 selon Statista). Cinquante ans après l’assassinat du Prix Nobel de la Paix 1964, la Ligue lance le programme "NBA Voices" en janvier 2018 afin de lutter contre les injustices sociales, promouvoir l’inclusion, l’égalité et la diversité.

Kareem Abdul-Jabbar, LeBron James et Dwyane Wade viennent donc donner leur voix et montrer la voie auprès des plus jeunes, dans un pays qui en a bien besoin après avoir récemment vu George Floyd, Eric Garner, Breonna Taylor, Trayvon Martin et tant d'autres Afro-Américains être punis par les injustices sociales qui règnent. La NBA veille, et à ce que les joueurs, retraités comme actuels, transmettent le bon message aux générations futures. 

L'une des grandes stars de la NBA, LeBron James avec un t-shirt rendant hommage à Martin Luther King, le 16 janvier 2017 lors du MLK Day lorsqu'il évoluait à Cleveland. (EZRA SHAW / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

Mais tout cela n'irait pas à la NBA si cela ne rapportait pas quelques dollars par la même occasion. Côté marques, entre chaussures spéciales, t-shirts avec messages portés par les joueurs, parquets spéciaux et maillots uniques pour l'événement, il y a de quoi faire. Les éditions exclusives des maillots créés pour certaines franchises s'arrachent comme des petits pains, pour le plus grand bonheur d'Adam Silver qui a pris la suite de David Stern en 2014.

Les audiences cartonnent aussi avec près de deux millions de téléspectateurs de moyenne en 2021 pour les grandes affiches du MLK. La recette est donc un succès sur tous les plans, dans l'image véhiculée, la mise en avant des athlètes, les valeurs chéries et les dollars rapportés.

Bastien Fontanieu
Directeur de publication @TrashTalk_fr

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