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Vidéo "Affaires sensibles". Faux espions de Renault : quand les dirigeants de l'entreprise se prennent pour le commissaire Moulin

Publié Mis à jour
Durée de la vidéo : 3 min
"Affaires sensibles". Faux espions de Renault : quand les dirigeants de l'entreprise se prennent pour le commissaire Moulin (Affaires sensibles / France 2)
Article rédigé par France 2
France Télévisions

Le magazine "Affaires sensibles" retrace une folle histoire d'espionnage industriel qui a fait scandale en 2010... et qui pourrait bien s'avérer une banale escroquerie. Dans cet extrait, voici comment les dirigeants de Renault, persuadés de la trahison de trois cadres sans histoires, ont organisé des interrogatoires quasi policiers pour les confondre.

Le fleuron de la construction automobile française trahi par ses propres ingénieurs, qui auraient vendu à la Chine les plans de ses véhicules électriques ? C'est une lettre anonyme qui, fin août 2010, a fait l'effet d'une bombe, en accusant deux cadres d'être corrompus.

La Direction de la sûreté du groupe Renault (DSG), sorte de police interne, diligente une enquête. Confiée à un ancien agent secret, elle mène à un troisième salarié, à de soi-disant comptes en Suisse et à deux entreprises chinoises... La direction prend ces "informations" très au sérieux car le véhicule électrique est alors un projet stratégique pour Renault... Le PDG Carlos Ghosn veut absolument régler cette affaire, au besoin de façon expéditive.

La meilleure solution pour l'entreprise, qui souhaite éviter le scandale, serait que les trois cadres démissionnent sans faire de vagues. La direction les convoque donc, dans l'espoir qu'ils avouent leur trahison. Et pour cela, elle ne va pas hésiter à les mettre sous pression au moyen de méthodes quasi policières.

Un système d'écoute dissimulé dans des armoires

Les trois suspects sont entendus simultanément, dans trois bureaux distincts. Un système d'écoute a été dissimulé dans des armoires. Le directeur de la sécurité de Renault, Rémi Pagnie, oriente les "interrogatoires" des uns en fonction des réponses données par les autres. Le but : faire "craquer" les accusés.

L'enregistrement sonore, retranscrit dans cet extrait, révèle un dialogue de sourds – les accusés ne comprenant visiblement rien à ce qui leur est reproché. Il recèle aussi quelques moments plutôt comiques. Dans l'un des bureaux, Matthieu Tenenbaum, le "petit jeune" mis en accusation dans la lettre anonyme, fait face au directeur juridique de Renault.

"- On sait, te fatigue pas.
- J'ai strictement rien à me reprocher.
- Tu me la joues 'le suspect chez le commissaire Moulin qui nie tout', c'est normal..."

Extrait de l'enregistrement des " interrogatoires"

dans "Affaires sensibles"

Rien n'y fera, pas même les coups de bluff – comme laisser entendre que les "complices" viennent d'avouer : la direction se heurte à une résistance inattendue. Dans un autre bureau, face à son directeur des ressources humaines, l'ingénieur Michel Balthazard se rebelle carrément. Les suspects nient tous vigoureusement, le plan a échoué... Cela n'ébranle pas les dirigeants de l'entreprise, qui mettent à pied les trois salariés le jour même.

Pourtant, quelques mois plus tard, les accusations d'espionnage industriel se seront totalement écroulées. Tout était faux...

Extrait de "Renault : faux espions et vrais barbouzes", un document à voir le 25 avril 2022 dans "Affaires sensibles", un magazine présenté par Fabrice Drouelle et coproduit par France Télévisions, France Inter et l’INA d'après l'émission originale de France Inter.

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