Formule 1 : Imola, le symbole oublié revenu en grâce depuis la pandémie

Le circuit Enzo e Dino Ferrari, à Imola, accueille le 4e Grand Prix de la saison ce week-end, après avoir été abandonné durant 14 ans.

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La monoplace Haas de Mick Schumacher sur la piste d'Imola, le 17 avril 2021. (HASAN BRATIC / DPA / AFP)

C’est un nom indissociable de l’histoire de la Formule 1. Ce week-end, les pilotes et les écuries posent leur valise à Imola, pour la première course de la saison sur le continent européen, dimanche 24 avril, lors du Grand Prix d'Emilie-Romagne. Le circuit Enzo e Dino Ferrari revit depuis deux ans au son des moteurs. Une nouvelle jeunesse pour un tracé iconique du sport automobile, qui avait été progressivement abandonné au tournant des années 2000.

Avant de disparaître de l'agenda de la F1, le circuit d'Imola, sous l’appellation originelle de Grand Prix de Saint-Marin, était au calendrier de façon régulière depuis 1981. Il était rapidement devenu un favori des pilotes pour sa vitesse, ses longues courbes, son côté vallonné et agressif.

"Les pilotes apprécient ce genre de circuit car c’est un tracé à l’ancienne, vieille génération, très bosselé, avec une grande impression de vitesse", décrypte pour franceinfo: sport Jean Alesi, ancien pilote passé notamment chez Ferrari. "Tu ressens vraiment la limite et le potentiel des voitures, c’est un circuit qui correspond très bien à la Formule 1", approuvait Pierre Gasly sur le site de Red Bull en 2021.

Les Tifosis à la maison

Imola était aussi un rendez-vous de choix pour les supporters, en particulier ceux de Ferrari. Enzo, le fondateur de l’écurie, a imaginé et supervisé la création du cricuit après la guerre. Depuis sa mort en 1988, il porte son nom, et celui de son fils : autodromo Enzo e Dino Ferrari. Situé à 90 kilomètres à l’est de Maranello, où se trouve l’usine de la Scuderia, Imola est devenu, dès les premières courses, le lieu de rassemblement privilégié de centaines de milliers de Tifosi, de rouge vêtus, pour le plus grand des pèlerinages.

"Comparé à Monza, par exemple, Imola est vraiment un rendez-vous populaire. Le circuit est fait de façon à ce que tous les fans puissent venir, notamment des familles et des enfants. Il est aussi situé au milieu d’une toute petite ville, ce qui crée une ambiance vraiment particulière les week-ends de course."

Jean Alesi

à franceinfo: sport

Jean Alesi, qui a disputé quatre courses avec la Scuderia à Imola, se souvient d’une atmosphère de stade dans les tribunes autour de la piste : "Il y a un soutien comme dans un stade, avec des applaudissements, des sifflets. À mon époque, on avait des soucis de fiabilité, donc on pouvait se faire siffler, conspuer. Ça fait partie du jeu, c’est la mentalité Ferrari."

Depuis 1981, les supporters ont vibré devant les exploits sportifs marquants. En 1982, les deux pilotes Ferrari, Didier Pironi et Gilles Villeneuve, y signent un doublé retentissant pour la Scuderia, après un duel fratricide en piste, le Français doublant son coéquipier dans les derniers tours en ignorant les consignes d’équipe de geler les positions. L’année suivante, Patrick Tambay, Alain Prost et René Arnoux y célèbrent le troisième (et dernier à ce jour) podium 100% tricolore dans la catégorie reine.

Un tracé historique iconique, puis délaissé

Mais Imola a aussi été le témoin d’une histoire plus tragique. Gerhard Berger y subit un grave accident, en 1989, lorsque sa monoplace prend feu après une violente sortie de piste dans le virage de Tamburello. "Ce satané mur… Un jour, quelqu’un va mourir, parce qu’il est bien trop proche de la piste", craignait le pilote autrichien après sa sortie de l’hôpital. Une prédiction malheureusement vérifiée. Cinq ans plus tard, Ayrton Senna est victime d’un accident mortel lorsqu’il percute le mur à pleine vitesse, exactement au même endroit.

La veille, lors des qualifications, le rookie Roland Ratzenberger avait lui aussi subi un choc fatal dans la curva Villeneuve, mettant un terme à la séance, avant la course dramatique du dimanche. Le circuit perd alors de sa splendeur. "Forcément, après le choc des morts de Senna et de Ratzenberger, ce n’était pas un endroit où on aimait beaucoup retourner", grimace Jean Alesi.

La statue en hommage à Ayrton Senna à Imola, en 2021. (FLORENT GOODEN / DPPI MEDIA / AFP)

À la suite de ces accidents, le circuit a entamé des modifications pour gagner en sécurité. Les virages les plus rapides sont coupés en chicane, des bacs à gravier sont ajoutés. Mais Imola perd les faveurs de la Fédération internationale (FIA), et le circuit est retiré du championnat après la saison 2006. Les travaux se poursuivent, la voie des stands et le paddock sont démolis et entièrement reconstruits. 

En 2011, Imola retrouve finalement sa capacité d'accueillir un Grand Prix de Formule 1. Son retour au calendrier se précise en 2016, quand le bruit court que le contrat de Monza, qui accueille le Grand Prix d’Italie, ne sera pas renouvelé. Les propriétaires d’Imola signent un accord de principe avec la FOM (Formula One Management) en juillet pour organiser la course à partir de 2017. Mais Monza, soutenu par l'Automobile Club d'Italie (ACI), annonce deux mois plus tard qu’un nouveau contrat a été paraphé pour assurer sa présence au calendrier. 

La renaissance pendant la pandémie

Finalement, c'est la pandémie de Covid-19 qui offre au circuit son grand retour en grâce. Début 2020, Imola se propose en remplacement du Grand Prix de Chine, dans l’incertitude. En juillet, le tracé est confirmé dans le calendrier resserré concocté par la FIA, sous le nom de Grand Prix d’Emilie-Romagne, la région où il se situe. "Une région de sport automobile et de moteurs, Ducati, Lamborghini, Maserati sont aussi basés là-bas", rappelle Jean Alesi. "Le retour d'un circuit fantastique, très old school", se félicite de son côté la Formule 1 en officialisant la nouvelle.

La course, qui se dispute fin octobre cette année-là, est animée de rebondissements, et voit notamment le deuxième podium de Daniel Ricciardo avec Renault. Reconduit en 2021, toujours à la place de la Chine, le Grand Prix offre à nouveau un beau spectacle, avec un départ sur une piste détrempée, qui sèche au fur et à mesure. Max Verstappen y signe la première de ses dix victoires de la saison. Fortes de ces deux réussites, la FOM et l'ACI se mettent d’accord pour prolonger la présence d’Imola au calendrier, jusqu’en 2025.

Ce week-end, après deux éditions à huis-clos en raison des mesures sanitaires, l'édition 2022 verra le retour du public et des Tifosis, qui garniront les travées de l'autodrome pour la première fois depuis 16 ans. Avec une Scuderia Ferrari qui retrouve le premier plan, portée par la monoplace la plus rapide et la plus puissante du plateau, et un Charles Leclerc leader du championnat du monde, tout est réuni pour qu'Imola écrive une nouvelle page de sa légende.

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