F1 : Lewis Hamilton, l'humain derrière la bête

Lewis Hamilton a réalisé la pire saison de sa carrière dans l'élite automobile et n'a remporté aucun Grand Prix.
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France Télévisions
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Lewis Hamilton après le Grand Prix de Hongrie, le 31 juillet 2022. (AFP)

La carapace s'est fendue l'espace d'un instant, dimanche 13 novembre, au terme du Grand Prix de Sao Paulo (Brésil) quand Lewis Hamilton, deuxième de la course derrière son coéquipier George Russell, a enfin posé des mots sur ses maux. "C'est une des saisons les plus dures de ma carrière", a-t-il lâché dans un souffle. Sixième au classement général à l'issue de la dernière course de la saison à Abu Dhabi qu'il n'a pas terminé, dimanche 20 novembre, le septuple champion du monde a connu une année galère, plombée par une voiture qui a longtemps cherché son rythme. 

Pire encore, jamais depuis son arrivée en Formule 1 en 2007, le pilote n'avait terminé sans au moins une victoire au compteur, pas plus qu'il n'a obtenu la moindre pole position. Passé près au Brésil, il n'a pu prendre le meilleur sur son coéquipier. Une anomalie qui vient trouver aussi sa source avec le titre perdu sur le fil la saison dernière face à Max Verstappen. "Il a fallu quelques GP à Lewis pour se remettre dedans même s'il y a eu un changement de réglementation et des directions techniques entreprises qui se sont avérées mauvaises", explique Daniel Ortelli, journaliste à l'AFP et auteur de Lewis Hamilton : La route du champion

Plus dure est la chute

Au volant de sa Mercedes, il a cannibalisé la Formule 1 durant plusieurs saisons jusqu'à l'avènement de Max Verstappen sur fond de polémique. Une domination sans partage du Britannique qui a laissé des traces. "Une telle suprématie, ce n'est pas forcément admirable, elle dégage une telle puissance qu'elle en devient trop destructrice. La répétition des titres est presque contre-productive", détaille Cyril Abiteboul, ancien Team manager de l'écurie Renault F1, avant d'enchaîner sur la nouvelle donne. "L'ensemble du système Mercedes est redevenu humain. Eux aussi sont capables de se tromper". A titre d'exemple, l'absence de ponton sur la Mercedes a longtemps fait parler, sans finalement qu'elle ne crée réellement un avantage sur la Mercedes. 

Il a beaucoup souffert quand il a perdu le titre l'an dernier parce qu'il trouvait ça injuste. Sur la lancée de la fin de saison, alors que Max (Verstappen) gagne, c'est pourtant Hamilton qui doit l'emporter.

Daniel Ortelli, journaliste et auteur de "Lewis Hamilton : la route du champion"

à franceinfo: sport

Mal conçue ou pas adaptée avec l'instauration de la nouvelle réglementation, la voiture de Lewis Hamilton a longtemps cherché les bons réglages. Et si le Britannique a enfin pu relever la tête, comme son écurie, en fin de saison avec trois places de dauphin consécutives sur les quatre derniers Grand Prix, malgré un ultime abandon, il a dû se contenter d'un rôle de spectateur face à la domination sans partage du nouveau patron du circuit, Max Verstappen. Le Néerlandais a remporté 15 courses, un record, et empoché son second titre mondial d'affilée. Presque sans sourciller.

"Hamilton est redevenu humain"

Du haut de ses 37 ans, Lewis Hamilton a aussi pu se mesurer à de la concurrence interne, qui était désormais réelle avec l'arrivée de son compatriote George Russell, successeur de Valtteri Bottas dans les rangs de Mercedes. Le pilote de 24 ans n'a pas eu d'état d'âme pour se hisser devant son aîné au classement général en fin de saison. La dernière fois que Lewis Hamilton a été dépassé par un coéquipier, c'était un certain Nico Rosberg, en 2016, sacré pour la première et unique fois de sa carrière. 

Une gageure pour le plus grand détenteur de victoires en Grand Prix (103). Mais quand le novice a signé sa première victoire sur le circuit brésilien, c'est un nouveau Lewis Hamilton qui est apparu aux commentaires. "Un énorme bravo à George (Russell), il a été exceptionnel aujourd’hui. C’est un résultat incroyable de faire le doublé et de gagner, un énorme merci", a-t-il expliqué dans des propos relayés par Nextgen-Auto. Pas une surprise pour Daniel Ortelli. "Lewis Hamilton vit bien que George Russell gagne. Il n'a pas demandé à ce que son coéquipier le laisse passer, à aucun moment. Il a suffisamment de records pour ne pas être obnubilé d'en gagner une."

"Lewis Hamilton est presque un peu mystique dans sa manière de parler avec les uns et les autres. Il impressionne par sa personnalité. Parmi tous les pilotes, c'est le plus secret." 

Cyril Abiteboul, ancien directeur général de Renault F1 Team

franceinfo: sport

Une évolution dans la personnalité de ce monstre à sang-froid qui interpelle tant il a terrorisé le paddock pendant près d'une décennie. "Lewis Hamilton me rappelle Michael Schumacher quand il est allé chez Mercedes et qu'il ne gagnait plus. Il n'était plus arrogant et avait l'air sympa. Il est redevenu humain." Un changement qui s'explique aussi par son âge qui, selon Daniel Ortelli, le pousse à vouloir aider la nouvelle génération. "Il a 37 ans et est multiple champion du monde. Il est beaucoup moins égocentrique qu'avant. C'est un team player. Il a une volonté de passer le flambeau."

La victoire dans la peau

A-t-on assisté au crépuscule de Lewis Hamilton en 2022 ? Pour Cyril Abiteboul, la remise en question du Britannique sur sa capacité à redevenir champion du monde ne doit pas cacher l'essentiel : "C'est un compétiteur extraordinaire ! Il possède un pouvoir de résilience remarquable. On peut lui prêter la force mentale et physique ainsi que son talent pour se relever."

Un constat partagé par Daniel Ortelli qui voit cette saison comme une mise à l'épreuve nécessaire. "Ils ont réussi à faire gagner la Mercedes qui était complètement larguée en début de saison. Ils ont réussi à se hisser au niveau des Ferrari, même à les surpasser en performance pure sur certains circuits. Ils ont énormément travaillé et ont trouvé des solutions. L'écurie Mercedes est bien armée pour la saison prochaine." 

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