Vidéo "L'objectif ? Gagner !" : Doriane Pin, prodige de l'endurance automobile, arrive au Mans

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Article rédigé par Sarah Calamand
Radio France
La pilote française va disputer ses premières 24 Heures du Mans, à l'occasion du centenaire de la course. À 19 ans, elle commence à se faire une place dans le monde très masculin de la course automobile.

À 19 ans, habituellement, on ne passe pas neuf mois de l'année à voyager aux quatre coins du monde. Encore moins pour conduire une voiture de course pendant plusieurs heures d'affilée, avec des pointes à quasiment 200 km/h. C'est pourtant le quotidien de Doriane Pin qui participe cette année au championnat du monde d'endurance automobile et donc à ses premières 24 Heures du Mans. "Ma vie, à 19 ans, elle est assez différente des autres, c'est vrai !, rit-elle avant d'ajouter : J'ai passé le Bac, quand même, l'année dernière !"

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Professionnelle, talentueuse, hargneuse... Voilà comment ceux qui la connaissent ou la suivent décrivent Doriane Pin. Son surnom : "Pocket Rocket", une fusée de poche qui après plusieurs victoires en championnat européen, fait son entrée cette année sur le circuit mondial dans la catégorie LMP2, les voitures les plus rapides après les Hypercars, la catégorie reine. Pour sa première course, au sein de l'équipe italienne Prema Racing, elle atteint le podium, avec une troisième place aux 1 000 Miles de Sebring, aux Etats-Unis. Lors de la deuxième course du championnat, Les Six Heures de Portimão, au Portugal, l'équipe part en pole position et termine à la quatrième place.

"Ce qui me plaît vraiment, c'est la vitesse. Et l'adrénaline que tu peux avoir pendant autant de temps. Les bagarres en piste aussi, c'est ça aussi qui fait que le sport auto, c'est magique !"

Doriane Pin

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Doriane Pin découvre le monde de la course automobile dès l'âge de 4 ou 5 ans, aux côtés de son père, qui "organise des courses et des événements en karting pour des entreprises", raconte-t-elle. "J'avais l'habitude de prendre des photos ou de donner des jus de fruits aux clients. Forcément, je regardais les karts rouler sur la piste, c'est comme ça que j'y ai pris goût !" Déjà fan de la vitesse et des sports extrêmes en général, Doriane conduit pour la première fois un kart à l'âge de 9 ans, un "moment magique" pour elle et une révélation. S'ensuit une aventure de famille : avec son père comme mécanicien, Doriane devient en 2019 championne de France de karting.

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Une pilote parmi les pilotes

Le chemin est désormais tracé : elle intègre ensuite le programme "Girls on Track - Rising star" de la Fédération internationale de l'automobile (FIA), qui veut promouvoir la place des femmes dans le sport automobile. Au-delà de l'expérience, c'est une opportunité "d'avoir de la visibilité et de rencontrer du monde", pour la pilote. 

En 2021, Doriane signe son premier contrat professionnel et intègre l'écurie 100% féminine Iron Dames, fondée par Deborah Mayer, aujourd'hui présidente de la Commission pour les femmes dans le sport de la FIA. "Sa maturité, son allant et ses dons ont fait qu'elle a été repérée", raconte Déborah Mayer. "Le programme Iron Dames est là pour donner des opportunités. Doriane est un très beau modèle de ce qu'une jeune femme peut réaliser avec de la volonté, de la motivation et beaucoup de passion."

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Montrer qu'une femme peut être tout aussi performante qu'un homme dans un sport a priori plus masculin, "forcément, ça me tient à cœur", explique Doriane, qui nuance immédiatement.

"Mon but personnel, ça n'a jamais été de prouver quoi que ce soit parce que je suis une femme. Non. J'ai toujours été concentrée sur ce que je voulais atteindre, et je l'ai fait naturellement."

Doriane Pin

à franceinfo

Objectif final : la Formule 1

Ces prochaines, années, Doriane Pin compte bien encore monter d'une catégorie pour accéder aux Hypercars, les voitures les plus rapides du championnat. Mais son ambition "ultime", c'est bien la discipline reine de la course automobile : la Formule 1. "J'ai toujours pensé à ça", avoue Doriane.

"La Formule 1, c'est vraiment la catégorie qui m'a donné envie."

Doriane Pin

à franceinfo

Elle a la chance d'avoir parmi ses coéquipiers Daniil Kvyat, ancien pilote de Formule 1. "Il a énormément de choses à m'apporter", explique-t-elle. " Il a énormément d'expérience et je pense qu'on se complète bien, qu'on travaille bien ensemble. Il ne me considère pas comme une jeune qui commence. J'ai 19 ans, et si nous conduisons la même voiture, ça veut dire que nous sommes capables de grandes choses, et on l'a montré."

Une voiture pour trois pilotes, c'est une des particularités de l'endurance automobile : c'est un sport collectif. Mais Doriane Pin l'assure, il y a toujours de la place pour l'accomplissement personnel. "Moi, je me donne plein de petits objectifs à atteindre pendant le week-end d'une course, dans un mois, dans trois mois... Quand je les atteins, je suis satisfaite, et c'est encore mieux de célébrer en groupe."

Avoir une pilote au profil comme celui de Doriane Pin au départ des 24 Heures du Mans est une belle vitrine pour Pierre Fillon, président de l'Automobile Club de l'Ouest, l'association organisatrice de la course. "Plus on va avoir de pilotes emblématiques comme Doriane, plus ça va donner envie à d'autres femmes de s'engager dans cette voie", estime Pierre Fillon.

"Elle montre que c'est possible, que ce n'est pas juste un rêve."

Pierre Fillon, président de l'Automobile Club de l'Ouest

à franceinfo

Prendre le départ de cette course mythique pour la première fois à l'occasion de son centenaire, Doriane reconnaît que le symbole est fort. Mais encore une fois, ce sur quoi elle se concentre, c'est la performance. "L'objectif ? Bien évidemment, c'est de gagner. C'est quand même Le Mans, il y a beaucoup de voitures, énormément de niveau, c'est très serré." Sans compter la pression du public : "En plus, c'est en France, donc la moitié de ma famille sera là !"

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