Roland-Garros 2023 : Bodyguard, l'application au service des joueurs pour lutter contre le cyber-harcèlement

Cet outil a pour but de filtrer les commentaires haineux reçus en ligne par les joueurs sur leurs réseaux sociaux.
Article rédigé par Emmanuel Rupied, franceinfo: sport - à Roland-Garros
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
L'application Bodyguard est utilisée durant Roland-Garros par certains joueurs pour se protéger du cyber-harcèlement. (Christophe Guibbaud / FFT)

"Mes premiers messages, je les ai reçus à l'âge de 15 ans. On me dit : 'on va te tuer, on sait que tu as un frère'. C'est violent et ça a évidemment un impact". La Française Elsa Jacquemot, 175e joueuse mondiale, décrivait ainsi certaines dérives des réseaux sociaux, au micro de Radio France quelques jours avant le début de Roland-Garros. Comme elle, chaque jour, de nombreux joueurs subissent le harcèlement en ligne. Le tournoi parisien cristallise, comme pour chaque grand événement tennistique, le nombre de commentaires haineux, qui explose. 

Pour faire face à ce cyber-harcèlement, l'organisation du Majeur parisien met à disposition gratuitement aux joueurs, depuis le début des qualifications, une application nommée "Bodyguard" afin de filtrer les commentaires sur leurs réseaux sociaux et protéger la santé mentale des participants.

Une première à Roland-Garros

Comment cela marche ? Le joueur flashe un QR code sur son téléphone pour laisser l'application accéder à l'ensemble de ses réseaux, l'application fait le reste. "Quand un utilisateur écrit un commentaire, on le nettoie en temps réel et on détecte les mots problématiques tout en analysant le contexte. Le mot 'peau' est un nom commun classique. Mais 'je vais te faire la peau' est une menace de mort", explique Yann Guérin, le directeur de la branche sport de la société française.

Une équipe de linguistes nourrit chaque jour l'intelligence artificielle afin de détecter les messages injurieux, même si les utilisateurs rivalisent d'imagination pour échapper aux modérateurs. "On a capté que l'émoji "arbre" voulait dire "arabe". On a donc entraîné la machine à détecter ce genre de choses", enchaîne Guérin. 

Un exemple des commentaires bloqués que l'on peut trouver sur les réseaux sociaux de Roland-Garros. (Emmanuel Rupied / Franceinfo :sport)

Créée en 2018 par Charles Cohen et Mathieu Boutard, l'outil a été testé par l'organisation de Roland-Garros durant l'Open d'Australie, il y a quelques mois. Dans la continuité du lancement de sa "cellule intégrité", mise en place en 2019 avec pour but de sensibiliser les jeunes tennismen français aux effets négatifs des réseaux sociaux. "Le tennis est l'un des sports préférés des parieurs sportifs et sur le circuit secondaire, les joueurs sont particulièrement sollicités", prévient la directrice générale de la Fédération française de tennis (FFT), Caroline Flaissier, qui a aussi mis des formations en ligne afin d'apporter un soutien aux licenciés.

"Il y a de plus en plus de haine"

Et personne n'est à l'abri. "Ce sont des propos de haine, des insultes, des menaces de mort, beaucoup de : 'arrête le tennis' . À mon âge, j'ai peut-être un peu plus de recul là-dessus. À 20 ans, je ne l'aurai pas vécu de la même manière", souffle Alizé Cornet, en conférence de presse. Un constat partagé par la numéro un mondiale, Iga Swiatek qui a décidé d'utiliser l'application durant le tournoi parisien. "Je vois que ces technologies se développent bien et on peut ainsi faire appel aux innovations qui peuvent nous aider. Mais j'ai le sentiment qu'il y a de plus en plus de haine qui se déchaîne", regrette la Polonaise.

"Par le passé, après les tournois, je regardais sur les réseaux sociaux comment les gens avaient visualisé mes matchs. Mais je ne le fais plus parce que depuis l'an dernier, ils ont l'impression que je dois tout gagner. Ils sont furieux quand je ne gagne pas."

Iga Swiatek, numéro une mondiale

en conférence de presse

Interrogée par franceinfo: sport, Daria Abramowicz, la psychologue et coach mental d'Iga Swiatek loue ces nouvelles technologies tout en appelant le test à se globaliser à l'avenir. "Il faut aider les joueurs à créer un espace sécurisé pour leur santé mentale", explique celle qui suit la numéro un mondiale depuis 2019.

>> "Certains supporters considèrent les athlètes comme une propriété nationale", regrette Daria Abramowicz, la coach mental d'Iga Swiatek

Les retours sur des tennismen déjà utilisateurs de Bodyguard avant le tournoi sont positifs selon Mathieu Boutard. "On a des joueurs en off qui nous disent : 'sur mes comptes, ça parle tennis et pas d'autres choses', c'est agréable." Pour un bilan de l'expérience à plus long terme, il faudra cependant attendre. 

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