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Tokyo 2020 : le baseball, une passion japonaise

Le retour du baseball au programme olympique à Tokyo était un enjeu national au Japon, où ce sport déchaîne les passions.
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France Télévisions
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 (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Discipline quasi-anonyme en France, le retour du baseball au programme des Jeux olympiques de Tokyo 2020 n’a pas fait beaucoup parler dans l’Hexagone. C’était pourtant un enjeu national au Japon. Difficile d’imaginer recevoir à nouveau les Jeux, 57 ans après Tokyo 1964, sans leur sport numéro un. Une passion étroitement liée à la relation entre l’archipel et les États-Unis. 

Le 28 juillet 2021, cinq jours après la cérémonie d'ouverture des 32e Jeux olympiques à Tokyo, une compétition parmi les plus attendues sur l'archipel débutera : le tournoi de baseball. Au stade Fukushima Azuma, le Japon défiera l'Australie pour lancer sa campagne vers un titre olympique. Treize ans après son retrait du programme olympique, la discipline ne pouvait pas être absente à Tokyo où le rayonnement du baseball est inégalé.

Premières balles au 19e siècle

L'arrivée du baseball au Japon date de 1872. Trois ans plus tôt, l’accession au trône de l’Empereur Meiji, puis la fin du shogunat des Tokugawa, fait entrer le Japon dans une nouvelle ère : une modernisation massive de l'archipel avec l'arrivée de nombreux conseillers étrangers dans un pays jusque-là fermé aux Occidentaux. Parmi eux, Horace Wilson, un professeur américain, travaille sur la réforme du système éducatif japonais et introduit le baseball en marge de ses cours pour développer le corps de ses élèves en plus de leur esprit. 

Wilson retourne aux États-Unis en 1877 mais le baseball a déjà commencé à faire son trou au Japon, dans un pays alors dominé par les sports individuels comme le sumo ou le kendo. La première équipe voit le jour un an plus tard, sous le nom de Shimbashi Athletic Club mais le professionnalisme est encore loin : jusqu'en 1906, les coutumes japonaises empêchent de vendre des places pour assister à un match. Les barrières tombent petit à petit : les premiers matches payants sont organisés et au début des années 1910. Mais les tentatives de ligues n'arrivent pas à trouver un équilibre économique et sombrent.

Le tournant de l’occupation 

Là encore, un Américain va jouer un rôle décisif : Francis Joseph "Lefty" O'Doul, passé par les New York Yankees ou les Boston Red Sox aux États-Unis. Enthousiasmé par une tournée au pays du Soleil Levant, il décide d'y revenir chaque année pour encadrer les meilleurs joueurs locaux. Il devient de fait l'ambassadeur du sport au Japon et des sélections de joueurs nippons sont formées pour affronter des équipes américaines en visite.

Sous l'impulsion du magnat des médias Matsutaro Shoriki, une de ces sélections continue de jouer après le départ des Américains. O'Doul apporte les connaissances et Shoriki les moyens financier pour ouvrir l'ère professionnelle du baseball. Le Greater Japan Tokyo Baseball Club, premier club créé en 1934, prend le nom de Yomiuri Giants après la Seconde Guerre mondiale. Yomiuiri pour le journal de Shoriki (Yomiuri Shimbun) et Giants en hommage à l'ancienne franchise de O'Doul. 

D'autres clubs suivent l'élan tokyoïte et sept équipes forment la Ligue japonaise de baseball en 1936. Après la Seconde Guerre mondiale, les autorités américaines interdisent le kendo et les arts martiaux traditionnels. Au contraire, ils encouragent la pratique du baseball avec une idée simple, voire caricaturale : le baseball est américain, l'Amérique est une démocratie, le baseball enseignera aux Japonais la démocratie. Les autorités fournissent du matériel, financent des films sur le baseball, lient les valeur du sport et celles du bushido, le code d'honneur des samouraïs. "Lefty" O'Doul fait son retour en 1949 et 500 000 personnes se déplacent pour voir les 10 matches d'exhibition de ses San Francisco Seals, cimentant sa légende de "père du baseball japonais".

Le sport numéro un 

En parallèle de la reconstruction économique japonaise, les grands groupes industriels sont les premiers investisseurs dans les équipes professionnelles. La JBL devient la Nippon Baseball League en 1949, sa forme actuelle. En 1965, le lanceur Masanori Murakami devient le premier Japonais à rejoindre la Major League Baseball (MLB), aux États-Unis. Il faudra attendre pour trente ans pour voir Hideo Nomo lui succéder, le championnat japonais faisant tout pour retenir ses meilleurs joueurs.

 (JOHN G. MABANGLO / AFP)

 (CHRIS WILKINS / AFP)

Depuis, 56 autres joueurs japonais ont traversé le Pacifique. La retraite du légendaire Ichiro Suzuki en mars 2019, après 10 ans en NBL et 20 en MLB a été un événement national. Le championnat local compte désormais 12 équipes et son statut de sport numéro est indiscutable. En 2019, 26,5 millions de personnes se sont rendues au stade, ce qui en fait la deuxième ligue sportive mondiale en termes d'affluence globale, derrière la MLB. Chacun des 856 matches de la saison a accueilli 31 000 personnes : seuls six championnats font mieux dont la Premier League en football et la NFL en football américain.

Deuxième sport le plus populaire au Japon, le football est loin derrière avec 6,4 millions de spectateurs sur la saison, soit une affluence moyenne de 20 000 personnes par match. Le baseball est également le sport le plus pratiqué au niveau amateur, avec de nombreuses équipes d’entreprises qui, à l’instar des lycées et des universités, fournissent un terreau de recrutement aux équipes professionnelles. 

 (TOSHIRO KUBO / YOMIURI)

Le baseball, "une éducation du coeur" dès le lycée

Car si le baseball japonais a rejoint le monde du professionnalisme, il n’a pas oublié ses racines scolaires. Les deux tournois annuels du championnat lycéen attirent tout autant les foules que leurs aînés. Les Koshien (tournois) d’été et de printemps voient s’affronter les meilleures équipes scolaires du pays, respectivement depuis 1915 et 1924, et servent de tremplin vers le professionnalisme. Les matches des phases finales, opposant les vainqueurs des différents championnats régionaux, sont diffusés sur la télévision publique et les 48 000 places du Stade Koshien à Nishinomiya sont systématiquement vendues.

La finale du Koshien d’été est considérée comme le plus grand événement sportif annuel au Japon. D’une certaine façon, il représente le passage à l’âge adulte et l’entrée dans la société. Dans le baseball, l’adolescent apprend le sens du sacrifice, la loyauté et le respect. Le collectif avant l’individu. “C’est une éducation du coeur, explique l’ancien entraîneur Suishu Tobita au journal Nikkei. Le terrain est une salle de classe sur la pureté, un gymnase de la moralité ; voilà son sens essentiel.” 

Les lycéens d'Hanasakitokuharu célèbrent leur titre au Koshien d'été en 2018 (MOTOKI NAKAJIMA / YOMIURI)

Dans les meilleures nations mondiales

Cet engouement se traduit aussi dans les résultats internationaux du Japon : six podiums en Coupe du monde puis deux victoires en 2006 et 2009 dans la Classique mondiale, la compétition ayant remplacé le Mondial.  Aux Jeux olympiques, le Japon a terminé parmi les quatre meilleures équipes dans chacun des cinq tournois (entre Barcelone 1992 et Pékin 2008), avec deux médailles de bronze et une d’argent au compteur. Premiers du classement mondial, ils espèrent enfin ajouter un titre olympique à leur palmarès cet été.

En softball, dérivé du baseball choisi pour la compétition féminine, les Japonaises entendent poursuivre leur duel éternel face aux États-Unis. Les deux nations se sont affrontées lors des sept dernières finales des championnats du monde, les Américaines restant sur deux victoires, et en finale des JO 2008, avec une victoire japonaise.

 (LILLIAN SUWANRUMPHA / AFP)

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