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Sport et mangas, une relation fusionnelle depuis 70 ans

Le sport fait partie intégrante de la culture manga, un genre aussi influencé qu'influent qui a permis de populariser le Japon à travers le monde.
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France Télévisions
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Olivier Atton et Mark Landers plus forts que Neymar et Cristiano Ronaldo ? Pour toute une génération de Français, sans doute. Le 5 septembre 1988, la France a découvert le premier épisode d'Olive et Tom, l'adaptation animée du manga Captain Tsubasa de Yoichi Takahashi. Cette oeuvre toujours culte aujourd'hui n'est qu'un des nombreux exemples mettant le sport en avant, un genre tout sauf anecdotique dans l'histoire du manga.

Un genre dominant pendant l’après-guerre

Le sport est très lié à l'émerge ce du manga, après la Seconde Guerre mondiale, quand les récits sportifs dominaient les publications de l'époque. "Toutes les séries, les oeuvres liées aux samouraïs, aux militaires, aux choses épiques ont été mises de côté par les Américains lors de l'occupation (entre 1945 et 1952). Il fallait faire oublier le passé immédiat et militariste des Japonais", explique Bounthavy Suvilay, docteur en lettres modernes et spécialiste du manga.

Après le départ des Américains, le sport profite de l'appel d'air car il "servait de substitut au récit épique, le héros va se dépasser parce qu'il va lutter pour son équipe et pas seulement pour lui, comme le héros épique lutte pour son pays" selon Bounthavy Suvilay.

Igaguri-kun de Fukui Ei'ichi, un des premiers mangas de sport

Dans leurs histoires, les mangakas n'hésitent pas à s'inspirer du réel. "Dans les premiers magazines de mangas populaires, il y a toujours un mélange entre des figures sportives réelles et des mangas de sport", souligne Bounthavy Suvilay. Les Jeux olympiques de Tokyo en 1964 marquent le boom des mangas de sport. L'épopée des volleyeuses nippones jusqu'à la médaille d'or pour l'apparition de la discipline aux Jeux donne naissance à une vague de série. Attaku No. 1 de Chikako Urano devient le premier dessin animé de sport féminin à partir de 1968. Il atteindra même la France en 1984, adapté sous le titre Jeanne et Serge, provoquant une hausse des inscriptions dans les clubs de volley-ball.

"Il y a une influence de la fiction sur la réalité et inversement"

Dans les années 1980, le succès de Captain Tsubasa va même influencer le développement du football nippon. "Toute une génération lisait Captain Tsubasa et les autres mangas de foot, c'est ce qui a amené l'engouement pour le football au Japon, qui était très mineur jusque-là. Il y a eu une influence de la fiction sur la réalité et inversement", explique Bounthavy Suvilay.

Entraînements et tournois, une formule inchangée

S'il évolue avec le temps, le manga de sport garde une structure quasi-intouchable selon Bounthavy Suvilay. "Il y a toujours deux phases importantes : la phase de l'entraînement où arrivent des trucs incroyables à la limite du super-héros. Puis l'affrontement pendant le championnat, le tournoi. Les deux reviennent de façon régulière."

Là où le sportif réel répète 50 fois un exercice à l'entraînement, le héros de manga va le faire 500 fois. Au lieu d'un sac de frappe classique pour les boxeurs, c'est un sac rempli de pierres sur lequel s'exerce les personnages des mangas. Avec sa "catapulte infernale" ou son gardien qui s'appuie sur le poteau pour plonger dans l'autre sens, Captain Tsubasa ne ressemble pas au spectacle sur les pelouses de Ligue 1, mais c'est ce qui fait son charme.

S'il est codifié, le manga de sport n'est pas fermé. Il peut incorporer des éléments d'autres genres, comme la romance, mais aussi en influencer. Dragon Ball d'Akira Toriyama (1984-1995) reprend la structure du manga de sport avec beaucoup de temps consacré aux entraînements du héros Goku et à différents tournois. "C'est une formule qui marche super bien. Le succès de Dragon Ball est né à partir du moment où il fait ce premier tournoi d'arts martiaux. C'est une espèce de parodie des films de Jackie Chan et des mangas de sport avec de l'humour à la Toriyama. Mais c'est complètement épique, parce que l'épique est le coeur même du sport", juge Bounthavy Suvilay.

Même chose pour Ranma 1/2 de Rumiko Takahashi (1987-1996) qui suit le quotidien d'un jeune spécialiste des arts martiaux. Victime d'une malédiction, il est transformé en fille à chaque contact avec l'eau froide. Dans ce manga, les genres se mélangent et les intrigues amoureuses se résolvent à grands coups de pieds. Chaque élément du quotidien devient prétexte à un entraînement surréaliste, à un combat improbable.

Ranma 1/2 de  Rumiko Takahashi

À chaque sport son manga

70% après ses débuts, le manga de sport a touché quasiment toutes les disciplines possibles. Le baseball, sport national au Japon, a eu le droit à plus de 400 mangas dédiés selon le recensement de la revue Zoom Japon, contre environ 200 pour le football, 66 pour le sumo, 50 pour le tennis ou encore 34 pour le judo. On retrouve même un manga dédié au kabaddi, un sport de contact indien. Une quête d'originalité plus qu'une tentative d'aller chercher des lecteurs étrangers.

"Pour qu'un manga perdure, il faut d'abord qu'il soit lu par des Japonais avant d'être lu par le reste du monde. Par contre, les auteurs ont des affinités. Un auteur va aimer le football américain ou trouver que c'est inédit, exotique", explique Bounthavy Suvilay.

Des œuvres qui correspondent parfois plus à l'image qu'un auteur se fait d'un sport, qu'au sport lui-même. “Il y a un manga sur la pratique de l'aviron, cite ce spécialiste du genre en exemple. C'est très lié au fantasme de l'université anglaise, l'esthétisme d'Oxford. Pour les Japonais, c'est quelque chose d'exotique et ils ont une oeuvre plus ou moins loufoque, plus ou moins proche de la réalité.” Peu importe votre passion, un mangaka s'est probablement déjà penché dessus. 

Cinq mangas de sport à découvrir

  • Le best-seller : Slam Dunk de Takehiko Inoue

Manga de sport le plus vendu au monde, Slam Dunk de Takehiko Inoue a écoulé plus de 126 millions de copies depuis ses débuts en 1990. Hanamichi Sakuragi est un voyou qui décide d’intégrer l’équipe de basket-ball de son lycée pour séduire une camarade de classe. Rivalités, triangle amoureux et matches endiablés au programme. Achevée en 1996, la série reste une référence et a contribué au développement du sport au Japon, valant à Inoue les remerciements officiels de la fédération japonaise de basket.

► du même auteur : Real, sur le handi-basket

  • Le vétéran : Hajime no Ippo de Jyoji Morikawa

Après 31 ans et 127 volumes, Jyoji Morikawa n’a pas encore fini de raconter l’histoire d’Ippo Makunouchi. Humilié régulièrement par une bande de voyous, ce jeune homme de 16 ans est sauvé par un boxeur professionnel. Le début de son aventure jusqu’au monde professionnel.

Hajime no Ippo de Jyoji Morikawa

  • Le romantique : Touch de Mitsuru Adachi

Démarré quasiment dix ans avant Slam Dunk, entre 1981 et 1986, Touch a forcément eu une influence sur son cadet. On retrouve déjà un triangle amoureux, cette fois avec deux frères jumeaux, mais Mitsuru Adachi choisit le baseball comme cadre de son récit. Le succès est au rendez-vous, avec plus de 100 millions de copies vendues et le prestigieux prix Shogakukan du meilleur shonen en 1982.

  • L’acrobatique : Air Gear d’Ito Ogure

Des rollers qui permettent de défier les lois de la gravité, des gangs de rues qui s’affrontent pour être les meilleurs de ce nouveau sport, voilà le cocktail proposé par Air Gear. Lancé en 2002 et conclu en 2012, l’oeuvre d’Ito “Oh Great” Ogure marque par son inventivité pour donner vie à ce sport imaginaire et spectaculaire.

  • Le phénomène récent : Haikyu! d'Haruichi Furudate

Alors qu'Air Gear s'achevait, Haikyu! a pris son envol en 2012, remettant le volley au cœur d'un manga à grand succès mêlant sport et comédie. Malgré sa petite taille, Shōyō Hinata est déterminé à intégrer l'équipe de volley-ball de son lycée. En seulement huit ans, Haikyu! s'est déjà vendu à plus de 35 millions d'exemplaires. 


La rédaction recommande aussi :

  • Yawara! de Naoki Urasawa (judo)
  • Happy! de Naoki Urasawa (tennis)
  • Prince of tennis de Takeshi Konomi (tennis)
  • Eyeshield 21 de Yusuke Murata et Riichiro Inagaki (foot US)

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