JO 2022 : entre boycott, crise sanitaire et menaces de sanction, la Chine se prépare à marche forcée

À moins d'un an des Jeux d'hiver de Beijing, la Chine poursuit sa préparation... à marche forcée. Entre les menaces de boycott des États-Unis ou du Canada, la crise sanitaire et les tensions diplomatiques qui rejaillissent, le pays est dans une situation inconfortable. Mais l'administration de Xi Jinping n'entend rien lâcher, bien au contraire. Explications.
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Personnes visitant un spectacle de lanternes sur le thème des Jeux Olympiques et Paralympiques d'hiver de Beijing 2022 sur la place du citoyen à Zhangjiakou, dans le nord de la province du Hebei. (STR / AFP)

Alors que les Jeux olympiques d'été de Tokyo sont toujours dans l'expectative, le compte à rebours a déjà commencé du côté de Pékin, en prévision des JO d'hiver qui doivent se tenir dans moins d'un an (du 4 au 20 février 2022). Preuve en est à Zhangjiakou, ville du Hebei située à environ 200 kilomètres au nord-ouest de la capitale. Elle sera l'un des trois sites accueillant des épreuves, les canons à neige fonctionnent à plein régime. Une utilisation à haute fréquence pour compenser un manque significatif d'or blanc : la ville-préfecture ne reçoit en moyenne que 20 centimètres de neige par an.

L'objectif quant à l'organisation de ces JO est clair côté chinois : développer l'industrie du ski dans le pays, alors que sa pratique peine à s'étendre, car réservée à une élite, et affirmer son image à l'international.

"L'organisation des Jeux d'été en 2008 a été un précédent dans la capacité du pays à accueillir des délégations du monde entier", rappelle Emmanuel Véron, docteur en géographie à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et spécialiste de la Chine contemporaine. "Ceux de 2022 doivent affirmer un gros message politique et sont partie prenante de la diplomatie chinoise, de sa volonté d'affirmation en tant que puissance". Problème, les appels au boycott et la pandémie de Covid-19 placent le pays dans une situation un peu particulière.

Tensions diplomatiques et opposition sémantique

"Si un pays était encouragé par des forces extrêmes à prendre des actions concrètes en faveur du boycott des Jeux d'hiver de Pékin, la Chine serait prête riposter avec la plus grande fermeté." Le message exprimé début février dans un éditorial du Global Times, journal nationaliste tenu par le Parti communiste, a le mérite d'être clair. 

Un message qui, surtout, fait écho à une pétition appelant au boycott des JO 2022 lancée par 180 groupes de défense sur la situation au Tibet, à Hong Kong et des Ouïghours, communauté musulmane turcophone de la région du Xinjiang, au nord-ouest de la Chine. Dans cette pétition, ces groupes expliquent que, selon eux, "tout autre acte que le boycott sera considéré comme une approbation du régime autoritaire du Parti communiste chinois et un mépris flagrant pour les droits civils et humains". Un moyen de mettre la pression sur les délégations étrangères mais aussi sur les sponsors et spectateurs susceptibles de se rendre sur place pour assister à l'événement. 

À cette situation diplomatique tendue est venue s'ajouter une autre opposition, sémantique cette fois. En début d'année, l'administration de l'ancien président américain Donald Trump avait comparé la répression à laquelle sont soumis les Ouïghours à un "génocide". Le parlement canadien a également rejoint la partie en se prononçant pour la reconnaissance du terme, au nom de "l’endoctrinement politique et antireligieux", du "travail forcé" et de "la destruction de sites culturels" que subissent les Ouïghours de la part de Pékin.

Les États-Unis et le Canada absents des JO ?

Pour le moment, aucun État n'a manifesté publiquement son intention de boycotter les prochains Jeux d'hiver. L'administration Biden a calmé le jeu en expliquant qu'un boycott n'était pas encore envisagé. Du côté des athlètes, la championne olympique de slalom géant en 2018 Mikaela Shiffrin a, elle, regretté le dilemme imposé aux sportifs, expliquant "ne pas vouloir choisir entre la moralité et la capacité à exercer son métier".

"Est-ce qu'on peut imaginer un boycott stricto sensu ? A priori, non, ce sera plus fin que cela", tranche Emmanuel Véron. Selon lui, il n'est en revanche pas exclu de voir des pays n'ayant pas une diplomatie très importante, prendre position et choisir de ne pas envoyer de délégations. "Dans le revirement qui est en cours, accentué par la crise du Covid, un certain nombre d'Etats sont en train de revoir leur feuille de route dans leur relation avec Pékin. Les JO peuvent aussi être un instrument de dialogue avec la Chine, où l'on demanderait plus de transparence au régime chinois sur tout un tas de problématiques, de rappeler à leur bon souvenir ce qu'il s'est passé à Hong Kong, la loi sur la sécurité, l'opposition vis-à-vis de Taïwan etc..."

Teng Biao, avocat chinois de renom et professeur au Hunter College de New York, ne croit pas à une normalisation des relations, ni à l'impact d'une levée de bouclier sur la question des droits humains. "Le gouvernement chinois a une influence économique et politique. Presque tous les pays et toutes les entreprises mondiales se soucient du marché et de l'argent, beaucoup moins des valeurs universelles et humaines. Ils sont tous réticents à mettre en colère le Parti communiste chinois (PCC). Il est peu probable qu’un pays ou une entreprise boycotte les Jeux olympiques de Pékin."

Les Jeux olympiques comme moyen d'expansionnisme

À en croire Teng Biao, fondateur de l'ONG Open Constitution Initiative et militant actif des droits de l'homme, la Chine n'a "peut-être jamais été aussi puissante et agressive qu'aujourd'hui" sur la scène internationale. Un avis partagé par Emmanuel Véron : "Le régime est sûr de ses forces et cela ne tient pas tant à sa puissance stricto sensu qu'au manque de coalition et d'organisation d'un front adverse. Aujourd'hui, le système international est atomisé et c'est pour cela que la Chine triomphe. S'il n'y a pas en face une Europe souveraine, solide, idem pour les États-Unis, elle continuera de s'affirmer".

Dans ce contexte, l'argument des Jeux olympiques apparaît comme un moyen d'expansionnisme extrêmement utile car pour Pékin, il est impératif que ceux-ci se tiennent. Cela coïnciderait avec le tempo du 20e Congrès du PCC, prévu en 2022. "C'est normalement un moment de rotation de l'équipe dirigeante mais Xi Jinping est en train de placer ses derniers pions et de reconcentrer du pouvoir entre une dizaine de personnes autour de lui", explique le docteur en géographie à l'Inalco. "Les JO seront un message très fort en terme de soft power en interne et de soft power à l'international. Il y a une vraie logique d'affichage, de concurrence, de puissance et d'idéologie vis-à-vis du rival japonais et des États-Unis. Donc il ne faut surtout pas qu'il y ait de fausses notes."

Pour la Chine, le sport est un instrument politique à part entière. Deux exemples. Le pays avait suspendu les diffusions de la NBA après les déclarations de soutien à Hong Kong ainsi que celle du match entre Arsenal et Manchester City la saison dernière en Premier League, après les propos du meneur de jeu des Gunners Mesut Özil qui avait défendu les Ouïghours.

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