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JO 2021 : à deux mois de la cérémonie d’ouverture, pourquoi une annulation est-elle toujours possible ?

L'incertitude plane toujours quant à la tenue des Jeux olympiques de Tokyo, censés débuter le 23 juillet.

Article rédigé par franceinfo: sport, Apolline Merle
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 5 min
Les mascottes des Jeux olympiques de Tokyo, le 14 avril 2021, 100 jours avant le début des épreuves.  (EUGENE HOSHIKO / AFP)

Les Jeux olympiques de Tokyo auront-ils lieu ? À deux mois jour pour jour de la cérémonie d'ouverture, qui doit théoriquement se dérouler le 23 juillet, cette question reste plus que jamais d'actualité. 

Tous les sondages locaux montrent depuis plusieurs mois qu'une majorité de la population japonaise continue de s'opposer à la tenue des JO, préférant une annulation ou un nouveau report. Les habitants de l'archipel craignent que l'organisation des Jeux n'aggrave la crise sanitaire. Une énième enquête d'opinion donnait encore, lundi 17 mai, plus de 80% des Japonais opposés à l'organisation des Jeux. Et les habitants de l'archipel ne sont pas les seuls à émettre des doutes sur l'événement. Franceinfo: sport vous explique pourquoi certaines prises de position n'incitent pas forcément à l'optimisme.

Parce que les stars du sport locales ont pris position

La nouvelle star du golf japonais, Hideki Matsuyama, vainqueur en avril du très prestigieux Masters d'Augusta, a confié ses craintes, mercredi 12 mai, quant à la tenue de l'événement. "Pour certaines personnes, c'est seulement une fois tous les quatre ans (...) Je veux que ces personnes puissent participer, mais quand on voit la situation dans laquelle se trouve le Japon, j'ai des sentiments mitigés", a-t-il ajouté.

Deux jours plus tôt, ce sont les deux têtes d'affiches du tennis, Naomi Osaka et Kei Nishikori, qui se sont interrogées sur la viabilité des Jeux. La numéro 2 mondiale a affirmé que la situation actuelle faisait "courir des risques aux gens" et (les) plaçait "dans une position très inconfortable". "Il va y avoir beaucoup de monde qui va venir dans le pays donc ils doivent vraiment prendre la bonne décision là-dessus", a-t-elle insisté. 

De son côté, Nishikori ne semble pas très convaincu non plus et juge qu'il vaudrait mieux attendre le dernier moment pour prendre une décision définitive. "C'est vraiment difficile de se prononcer maintenant. Ils devraient suspendre [la décision] pour le moment et décider avant les Jeux", avait-il déclaré le même jour que sa compatriote.

Plus de 10 000 sportifs de 200 pays sont attendus à Tokyo. Sans compter tout l'encadrement au sein des délégations, les membres de l'organisation et les invités, même si le CIO a déjà annoncé qu'il allait limiter drastiquement les accréditations. L'organisation a par ailleurs acté, fin mars, qu'il n'y aurait pas de spectateurs étrangers présents sur place. Une première dans l'histoire des JO.

Parce que les politiques et les médecins entretiennent le doute

Au-delà du cercle sportif, le monde politique s'agite également autour de la question brûlante de la tenue des Jeux, déjà reportés d'un an à cause de la pandémie de Covid-19. À commencer par le numéro 2 du parti au pouvoir, Toshihiro Nikai, qui a émis des doutes. Le Japon doit, selon lui, prendre une décision "prudente". "Il y a des experts olympiques. Il est important d'attendre le jugement des experts (...) Nous devrons annuler sans hésiter si ce n'est plus possible" d'organiser les Jeux, a-t-il affirmé à la chaîne de télévision japonaise TBS, mardi 11 mai.

De leur côté, les médecins nippons alertent quant aux possibles risques de propagation de nouveaux variants du virus, qui pourraient émerger dans l'archipel à l'occasion des Jeux. "Nous nous opposons fortement à la tenue des Jeux de Tokyo à un moment où les gens dans le monde entier se battent contre le nouveau coronavirus", a lancé un syndicat de médecins hospitaliers japonais, dans un message adressé au gouvernement le 13 mai. Selon eux, "il est impossible de tenir des Jeux sûrs pendant la pandémie".

D'ailleurs, toutes ces prises de parole peu rassurantes ont eu le don de mettre le doute, voire d'agacer certains athlètes, comme Roger Federer, qui aimerait bien être fixé une bonne fois pour toutes sur la tenue ou non de l'événement. "Les athlètes ont besoin d'une décision" ferme sur le maintien, a déclaré le Suisse vendredi 14 mai.

Parce que l'épidémie ne recule pas...

Si le doute est encore permis, c'est parce que la propagation de l'épidémie est repartie à la hausse sur l'archipel. Le 14 mai, le Japon a étendu l'état d'urgence sanitaire à trois départements supplémentaires (ils sont au nombre de neuf à présent, dont Tokyo) en raison de la recrudescence des cas de Covid-19. "Nous avons décidé d'ajouter les départements d'Hokkaido, Okayama et Hiroshima" jusqu'au 31 mai, a expliqué le Premier ministre, Yoshihide Suga.

Cette mesure a été prise pour tenter d'endiguer une nouvelle vague et de soulager un système hospitalier saturé. Le Japon recensait encore près de 6 000 cas quotidiens en fin de semaine dernière, des chiffres comparables au pic atteint en janvier. Au total, plus de 12 000 personnes sont mortes du Covid-19 dans le pays, dont 9 000 depuis le début de l'année.

... et que la campagne de vaccination est au ralenti

En parallèle de cette nouvelle hausse des cas, la vaccination piétine. En fin de semaine dernière, moins de 2% de la population nippone avait reçu les deux injections du vaccin, selon les derniers chiffres officiels. Pourquoi un tel retard ? D'abord, parce que "les Japonais ont confiance dans leurs normes sanitaires", analyse pour franceinfo: sport Guibourg Delamotte, chercheuse à l'Institut français de recherche sur l'Asie de l'Est (Ifrae).

Le gouvernement japonais a ouvert un vaccinodrome à Osaka le 17 mai 2021. (KENICHI UNAKI / AFP)

Les Japonais sont également méfiants à l'égard des médicaments étrangers. Pour l'heure, les autorités sanitaires locales n'ont autorisé l'utilisation que d'un seul vaccin, celui de Pfizer-BioNTech, ce qui limite de fait le nombre de doses disponibles pour la population. Les vaccins Moderna et AstraZeneca sont, eux, encore en phase de tests. Moderna devrait toutefois bientôt arriver sur le marché japonais. Le gouvernement a d'ailleurs ouvert un vaccinodrome à Osaka afin d'accélérer sa campagne.

Autre raison de ce retard : le manque de personnel pour vacciner. Un constat qui s'explique notamment par le fait que seuls les médecins et les infirmières sont autorisés à les administrer dans la culture médicale conservatrice du Japon.

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