JO 2022 : Kevin Rolland, un phénix comme porte-drapeau

Deux ans après avoir frôlé la mort, le champion de halfpipe a été nommé porte-drapeau de la délégation française à Pékin, mercredi, aux côtés de Tessa Worley.

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France Télévisions
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Le skieur français Kevin Rolland lors des Jeux olympiques de Pyeongchang, le 20 février 2018. (JULIEN CROSNIER / DPPI MEDIA / AFP)

On ne sait pas si ce Rolland-là aura une chanson qui contera ses exploits, mais une chose est sûre : la vie de Kevin Rolland a pris une tournure chevaleresque ces dernières années. Monument du ski freestyle français depuis plus de 15 ans, le voltigeur de la Plagne a été désigné, mercredi 26 janvier, porte-drapeau de la délégation française aux Jeux olympiques de Pékin 2022, aux côtés de Tessa Worley.

Au-delà de la fierté que procure cet honneur pour un sportif, il s'agit surtout d'une incroyable revanche pour celui qui a frôlé la mort lors d'une tentative de record du monde en 2019. Retour sur le parcours d’un phénix qui aurait pu ne plus jamais s’envoler.

Un pari fou

Nous sommes le 30 avril 2019. Bientôt jeune papa, Kevin Rolland se lance dans un pari fou. Il est déjà triple médaillé d’or aux X Games américains en ski freestyle dans les épreuves de superpipe (2010, 2011, 2016), mais aussi champion du monde 2009 de halfpipe (et vice-champion du monde 2011, 2019, bronzé en 2017), ou encore vainqueur du petit globe de cristal de la discipline en 2009, 2016 et 2017. L’homme aux six victoires en Coupe du monde se lance dans la quête d’un record : celui du plus grand saut sur un module de onze mètres de haut.

Kevin Rolland veut voler à 22 mètres. Mais sa tentative vire au drame : la chute est terrible et le plonge trois jours dans le coma. Au CHU de Grenoble, son pronostic vital est engagé alors qu’il est notamment touché aux poumons, aux côtes, au foie, à la rate, au pancréas et au cerveau. Alors qu'il lutte pour rester en vie, le skieur manque la naissance de son premier fils.

Avec le recul, Kevin Rolland regarde pourtant cette période comme la plus heureuse de sa vie. "C’est pour la naissance de mon premier fils que je dis ça, sinon ce serait bizarre, sourit le freestyleur. Je me suis réveillé du coma, j’ai mis dix jours à reprendre mes esprits. Et j’étais devenu papa en plus d’avoir frôlé la mort, c’était forcément intense. Rien ne pouvait m’arriver à ce moment-là". Les médecins ont beau lui annoncer qu’il ne skiera sans doute plus jamais, le Plagnard garde espoir : "J’ai eu beaucoup de hauts et de bas, ça a été très dur. J’ai essayé de garder cette fameuse résilience pour y arriver. Je ne me suis jamais dit que j’allais le faire quoi qu’il arrive, mais je me suis toujours dit que c’était possible." Dans sa tête, les Jeux olympiques de Pékin sont alors encore loin.

"J’ai essayé de ne pas me fixer de rendez-vous. J’ai laissé venir les choses étape par étape : redevenir une personne normale, un sportif, un sportif de haut niveau et pourquoi pas un champion. C’est la dernière étape."

Kevin Rolland, porte-drapeau aux JO de Pékin 2022

à franceinfo sport

Après plusieurs semaines de rééducation, Kevin Rolland rechausse les skis. Mais les blessures mentales sont plus profondes et difficiles à soigner. "Quand j’ai repris les sauts, j’ai eu une énorme perte de confiance en moi. Je n’avais jamais connu ça, j’étais blessé dans mon être psychologiquement et physiquement. J’avais peur, concède le champion. Je l’ai pris comme un défi, je devais trouver un moyen de ne plus avoir peur." 

Kevin Rolland prend alors une année sabbatique. Il entend revenir à l’essence même de son sport, le plaisir : "Je voulais juste penser à ce que j’aime faire dans la vie, donc skier. Je suis parti avec mes potes caméramans, photographes, on a fait de la 'puff' [poudreuse, du ski plaisir] au Japon et chez moi à la Plagne. Ça m’a redonné la confiance". Un retour que le skieur raconte dans son documentaire Résilience, lui qui a toujours filmé ses exploits, au point d’en faire son projet de reconversion.

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Kevin Rolland reprend finalement la compétition en janvier 2021. Mais la naissance de son deuxième fils et les aléas du Covid-19 ont retardé son retour en Coupe du monde en décembre dernier. Juste le temps pour lui de se qualifier pour les Jeux olympiques, et d’être désigné porte-drapeau. "Je suis très honoré, c’est une bonne revanche sur mon accident. Rien que de participer aux Jeux, c’en est une. Quand je retourne deux ans et demi en arrière, alors que j’étais alité sans savoir si je retrouverai mes capacités physiques, c'était inespéré", savoure-t-il.

Sa désignation est d'autant plus belle à ses yeux qu'elle récompense le ski freestyle. "Il y a une dizaine d’années, on était les pestiférés du ski, on n’était pas considérés comme des sportifs", affirme le Plagnard.

Cerise sur le gâteau, Rolland partagera cet honneur avec une amie, Tessa Worley. "On a le même préparateur physique. On a vécu des moments de préparation ensemble. Alors, concrétiser ça, le drapeau à la main, dans le stade olympique…  C’est d’autant plus glorifiant de représenter une équipe capable de gagner dans toutes les disciplines. A mon humble niveau, je suis forcément impressionné de marcher avec ces grands champions." Des grands champions dont fait partie Kevin Rolland. A 32 ans, il ne lui manque plus que l’or olympique pour parfaire son palmarès après le bronze de Sotchi (2014). Une mission qui paraît impossible tant le ski freestyle a évolué ces dernières années et tant le Français revient de loin. Mais Kevin Rolland a déjà réalisé l'impossible.

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