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Reportage JO 2022 : espoir, déception et réconfort... La finale de Perrine Laffont vécue avec le clan français

Grande favorite à sa propre succession, Perrine Laffont a terminé quatrième de la finale olympique de ski de bosses, dimanche. Déçue, mais pas seule.

Article rédigé par Adrien Hémard-Dohain, franceinfo: sport - De notre envoyé spécial à Zhangjiakou
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Les athlètes français venus supporter Perrine Laffont lors de la finale olympique du ski de bosses des JO de Pékin, le 6 février 2022. (AH)

"C’est les JO, on se réveille ! Tout le monde dort alors qu’on va voir Perrine là !" Dans le bus TG-Z 01 en direction du Genting Snow Park, les équipes de la délégation française donnent de la voix. L’habituel calme de ces navettes olympiques est rompu par l’enthousiasme tricolore qui déferle vers la piste de ski de bosses où, dans quelques minutes, Perrine Laffont va défendre son titre olympique, dimanche 6 février.

Quatre ans après le sacre de Pyeongchang, l’Ariégeoise de 23 ans se sait attendue. Sa finale - partagée avec son amie Camille Cabrol, qualifiée à la dernière minute - doit être le premier grand moment français à Pékin. Et si finalement l’or n’a pas été au rendez-vous, elle aura quand même été forte en émotions pour le clan tricolore.

Des Bleus au rendez-vous

Il est un peu plus de 19h30 au Genting Snow Park. Sous le regard d’un public bien sage, à qui on a interdit d’applaudir sauf lors des Dance Cam sur écran géant, la finale de ski de bosses féminin démarre. Le froid glacial n’encourage pas trop les quelques dizaines de spectateurs à s’enflammer, alors c’est le speaker des lieux qui s’y colle à l’aide d’une playlist éclectique pas toujours inspirée. Pour trouver de l’harmonie, il faut plutôt jeter un œil sur la piste où les premières concurrentes serpentent entre les bosses.

Vivez de l'intérieur la journée de compétition de la skieuse Perrine Laffont !
Perrine Laffont : quatrième place aux J.O. Vivez de l'intérieur la journée de compétition de la skieuse Perrine Laffont !

Dans l’aire d’arrivée, une trentaine de manteaux tricolores se regroupe peu à peu et applaudit chaudement le premier run de Camille Cabrol. Autour de Martin Fourcade, on reconnaît sous leur masque et bonnet des snowboarders, biathlètes, ou membres des staffs, mais aussi la présidente de la Fédération Française de Ski, Anne-Chantal Pigelet : "Je suis la plus fidèle supportrice de tous les athlètes de la Fédération. Il y a du monde ce soir pour Perrine. C’est une très belle skieuse, confirmée, même si elle a un peu de pression sur les épaules".

Au lendemain de la 4e place frustrante de Benjamin Cavet chez les hommes, la présidente de la FFS espère une issue plus heureuse : "Quand il y a un facteur humain avec des notes, on est toujours tributaires d’un jugement qui peut être altéré."

Le public lors de la finale de ski de bosses féminin des JO de Pékin le 6 février 2022. (AH)

À quelques mètres de là, on retrouve justement le héros malheureux de la veille, qui confie avoir un goût amer en bouche à cause de sa médaille en chocolat. Mais Benjamin Cavet est là pour soutenir "Pépette", comme tous les autres : "Tout le monde sait que c’est une belle chance de médaille et veut profiter du spectacle. On va regarder Perrine skier et profiter de la soirée. On va avoir droit à un beau spectacle, le vent s’est calmé donc les filles vont pouvoir s’exprimer ce soir".

Tout juste éliminée après un premier run un peu juste, Camille Cabrol rejoint le kop tricolore qui se forme en bas de la piste.

"Vas-y Pépette"

Après avoir "kiffé à 100%" sa finale, l’amie de Perrine Laffont donne de la voix pour sa colocataire du village olympique : "Je n’ai même pas pris le temps de me changer, je veux juste lui donner toute l’énergie qu’il lui faut. Ça me fait plaisir de lui donner tout ce qu’il me reste parce que moi, je n’en ai plus besoin (rires). Elle était bien sur le premier run, elle a fait deux petites fautes sur le deuxième mais elle est dans les 6, donc elle n’a plus qu’à montrer de quoi elle est capable dans le dernier run." 

Entre deux manches, on sautille au rythme de la musique pour se décongeler les orteils pendant que les six finalistes embarquent sur le petit télésiège qui les remonte en haut de la piste.

Plus bruyante que ses voisins - malgré une forte concurrence du clan australien -, la délégation française sert les rangs. Les "Allez Pep" et "Vas-y Pépette" fusent dans le froid glacial du Genting Snow Park. Et même recouverts par la bande son, on imagine ces encouragements atteindre le haut de la piste où Perrine Laffont s’élance en deuxième position.

Dans une chaude ambiance, l’Ariégeoise pose son run. Mais un silence glaçant frigorifie l’aire d’arrivée. Avec un score de 77.36, Laffont prend provisoirement la tête mais on comprend vite que ce score ne suffira pas à ramener l’or à Paris. L’espoir d’une médaille renaît pourtant après le run, moins bon, de la Japonaise Anri Kawamura. Dans le clan tricolore, les regards se croisent et scintillent de nouveau.

Mais les trois dernières finalistes posent de meilleurs runs que Perrine Laffont selon le jury. Un dénouement cruel pour la championne tricolore. "Cela fait chier, c’est sûr", réagit à chaud Camille Cabrol. "Je suis fière d’elle. Elle a fait le run qu’il fallait. Les trois de devant ont été plus fortes qu’elle aujourd’hui. C’est dur parce que les Jeux ce n’est que tous les 4 ans, mais Perrine reste la meilleure athlète de sa génération. Les JO sur un jour, ça passe ou ça casse. Aujourd’hui, ce n’est pas passé."

Un peu à l’écart du groupe, Benjamin Cavet prend lui le temps de digérer. Accoudé à la barrière, il attend Perrine Laffont pour la réconforter, lui le 4e de la veille : "Elle nous a tellement habitués à l’excellence qu'on attend qu’elle soit imperméable à toute pression. Elle l’a été pendant 4 ans, elle n’a pas cédé une seule fois. C’était une course difficile pour elle ce soir, elle reste 4e aux JO ! Elle n’a que 23 ans, elle a strictement tout gagné dans le ski de bosses…"

Une promesse confirmée par Camille Cabrol, alors que la délégation tricolore quitte rapidement les lieux, la tête basse, ce qui tranche avec l’enthousiasme des Australiens à quelques mètres de là. "Je vais essayer de la réconforter, de lui remonter le moral", promet Camille Cabrol avant d’enlacer son amie. "Je ne sais pas si on va trouver le sommeil, mais on va se reposer parce que la saison n’est pas finie et il y a plein de belles choses à aller chercher. Et puis rendez-vous dans 4 ans !".

Car son palmarès d’immense championne le fait parfois oublier, mais Perrine Laffont n’aura que 27 ans lors des prochains JO, dans 4 ans. Et tout le temps de prendre sa revanche, et de faire vibrer encore la France. Mais pour l'heure, il faut remonter dans le bus pour un trajet retour animé par les Australiens, cette fois.

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