JO 2022 : quatre questions sur le boycott diplomatique des États-Unis aux Jeux olympiques d'hiver de Pékin

Aucun représentant américain ne sera présent en Chine en février prochain, au nom de la défense des droits de l'Homme.

Article rédigé par
Clément Aubry - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Au-delà de la classe politique, la société civile, comme ici à Sydney, a régulièrement appelé au boycott des Jeux de Pékin au motif de la situation des droits humains dans le pays. (SAEED KHAN / AFP)

Par la voix de Jen Psaki lundi 6 décembre, les États-Unis ont annoncé le boycott diplomatique des prochains Jeux olympiques d'hiver disputés à Pékin en 2022 (4-20 février). Une décision qui faisait suite à une précédente menace énoncée par Joe Biden lui-même courant novembre. 

Résultat : aucun représentant politique ni diplomatique américain ne sera présent en Chine pour assister à la cérémonie d'ouverture en raison de la situation des Ouïghours dans le Xinjiang, et des droits humains en général. Une décision tancée par le pouvoir chinois quelques heures après. Toutefois, la notion de boycott diplomatique, beaucoup utilisée ces dernières semaines, est parfois mal comprise.  

Qu'est-ce qu'un boycott diplomatique ?

"C'est un type de boycott qui a pour objectif de ne pas faire porter le message par les sportifs en les laissant concourir, mais plutôt par des représentants politiques et diplomatiques d'un ou plusieurs pays", explique Carole Gomez, géopoliticienne et directrice de recherche à l'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris).

Le boycott diplomatique, qui consiste à n'envoyer aucun personnel politique ou diplomatique, est donc à distinguer du boycott dit intégral, qui implique l'absence des athlètes, à l'image des exemples marquants des Jeux de Moscou en 1980 et de Los Angeles en 1984 en pleine guerre froide, respectivement boycottés par les pays occidentaux et le bloc soviétique.

Cette absence de représentants se manifeste lors des "moments les plus importants des Jeux, à savoir les cérémonies d'ouverture et de clôture, mais aussi pour la diplomatie de couloir, lorsque des discussions ont lieu dans les enceintes sportives", détaille Carole Gomez. 

Mais, à ce stade, la définition demeure incomplète. La notion de boycott diplomatique recouvre plusieurs degrés de sanction selon le message qui veut être porté. Si les plus hauts représentants d'un État peuvent marquer le coup en étant absents de l'ouverture de Jeux olympiques, ils peuvent parfois être suppléés par d'autres émissaires, comme un ministre ou un ambassadeur. 

"Il y avait déjà eu cette réflexion lors des premiers Jeux de Pékin en 2008, rappelle Carole Gomez. Beaucoup de pays s'étaient demandés s'ils devaient envoyer quelqu'un, et si oui, qui envoyer en Chine. Il peut y avoir une forme de gradation dans la réponse apportée par les États.

Quel est son but ? 

La première question à se poser, en vue d'être crédible et audible sur la scène internationale, est celle des objectifs poursuivis par l'annonce du boycott. Dans le cas de la Chine, en l'occurrence, il s'agit de mettre en lumière la situation des droits de l'Homme dans le pays. 

Mais, quelle que soit la cause avancée, le but principal reste d'attirer l'attention des autres chefs d'État et de gouvernement, mais également de toucher l'opinion publique en général. "Les boycotts doivent être lus au regard de la politique étrangère, mais aussi à celui de la politique intérieure", précise Carole Gomez.

Pour Joe Biden, cette annonce fait écho à des appels répétés au boycott de la part de la classe politique américaine, les Républicains comme les Démocrates, et à une volonté de casser l'image d'un président frileux, parfois surnommé "sleepy Joe" ("Joe l'endormi"). 

Quelle est son efficacité ? 

Pour avoir un impact considérable, l'annonce d'un boycott doit être suivie par d'autres États. "Si vous êtes le seul absent à la cérémonie, par exemple, au lieu d'avoir attiré l'attention et pointé du doigt quelque chose, vous vous retrouvez ostracisés et mis de côté", souligne Carole Gomez. À ce stade, dans le cas des Jeux olympiques de Pékin, aucun autre pays n'a pour le moment officialisé un boycott diplomatique dans le sillage des États-Unis, mais les pays anglo-saxons - la Grande-Bretagne, l'Australie et le Canada - l'envisagent. 

L'efficacité tient aussi à la réponse apportée par le pays visé. "L'annonce de représailles pourrait refroidir d'autres États de suivre le boycott américain", estime la géopoliticienne, d'autant que la Chine, du fait de son poids économique croissant, demeure le partenaire commercial principal de bon nombre de pays. Pékin a d'ailleurs déjà menacé Washington depuis son annonce. "Les États-Unis paieront le prix de leur mauvais coup. Restez à l'écoute", a affirmé Zhao Lijian, porte-parole de la diplomatie chinoise.

La sanction traduite par le boycott reste toutefois de l'ordre du symbole, dont "la portée dépend de son retentissement sur la scène internationale et sportive", tempère Carole Gomez. Plusieurs contre-exemples peuvent alors être cités d'après la chercheuse : "Le boycott des Jeux de Moscou en 1980 n'a pas entraîné la fin de l'invasion de l'URSS en Afghanistan, celui des pays africains en 1976 pour protester contre l'apartheid en Afrique du Sud n'y a pas mis fin". 

Si le succès symbolique de ces boycotts intégraux, massivement suivis à l'époque, reste encore en mémoire aujourd'hui, ils s'expliquent par une "logique politique de bloc extrêmement forte et par une puissance moindre des instances sportives par rapport à aujourd'hui", développe la chercheuse.

Aujourd'hui, sans boycott sportif, l'absence de diplomates tient plus du message politique, comme l'a confirmé le Comité international olympique (CIO) à la suite de la décision américaine. "La présence de responsables gouvernementaux et de diplomates est une décision purement politique pour chaque gouvernement, que le CIO, dans sa neutralité politique, respecte pleinement."

Quels sont les précédents dans l'histoire ?

Les Jeux de Pékin, premiers du nom, en 2008 avaient déjà provoqué l'appel au boycott de la part de sociétés civiles et de représentants politiques. Mais l'espoir d'une ouverture du régime chinois, jugé autoritaire, par la communauté internationale avait amoindri l'impact des protestations. À l'époque, les présidents des États-Unis et de la France, à savoir George W. Bush et Nicolas Sarkozy, s'étaient eux-mêmes rendus en Chine pour assister à la cérémonie d'ouverture. 

Encore plus près de nous, les Jeux d'hiver à Sotchi (Russie) en 2014 avaient soulevé la question d’un boycott diplomatique. Si différents appels avaient été lancés par des associations de défense des droits de l’Homme et des personnalités publiques – à l’image de l’acteur britannique Stephen Fry – contre l’oppression des minorités dans le pays, ils avaient été très peu suivis par la communauté internationale.

L’absence de fait de plusieurs chefs d’État occidentaux avait été compensée par la présence de représentants moins importants. Si François Hollande, par exemple, n’avait pas pris part à la cérémonie d’ouverture, la France était représentée par la ministre des Sports de l’époque, Valérie Fourneyron. 

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