ENTRETIEN. J-1000 Paralympiques de Paris 2024 : "Il faut permettre à plus de personnes en situation de handicap de s'engager dans le haut niveau", affirme Marie-Amélie Le Fur

La présidente du Comité paralympique et sportif français croit en l'héritage fort des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.

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Marie-Amelie Le Fur, la présidente du Comité paralympique et sportif français, à Romilly-sur-Seine, le 4 octobre 2021. (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Un mois après le J-1000 des Jeux olympiques de Paris 2024, place au même décompte pour les Jeux paralympiques. A cette occasion, Marie-Amélie Le Fur, présidente du Comité paralympique et sportif français (CPSF), revient pour franceinfo: sport sur les objectifs fixés par le sport paralympique français aux Jeux de Paris, tant sur le plan sportif que sur celui de l'héritage

En ce jeudi 2 décembre, nous sommes à J-1000 des Jeux paralympiques de Paris 2024, les premiers organisés en France. C'est une date importante pour vous.

Marie-Amélie Le Fur : Oui en effet. Il y a beaucoup d'attentes autour de la structuration de la haute performance du mouvement paralympique, avec une volonté et une ambition d'être conquérant et de gagner des médailles. On veut que ces Jeux de Paris soient le support d'un accompagnement, d'un véritable modèle de développement de la pratique para-sportive.

On le voit, il y a eu une prise de conscience de la nécessité d'investir le champ paralympique, d'accompagner la détection des athlètes et les questions de la science et de la data dans le haut niveau paralympique. On espère qu'à travers ces Jeux, nous aurons un héritage sur le volet de la haute performance qui servira les Jeux d'été comme d'hiver, qu'ils soient la révolution de tout un modèle.

On parle beaucoup de l'héritage des JO, notamment en Seine-Saint-Denis, mais moins de celui des Paralympiques. Qu'espérez-vous comme héritage ? 

C'est la globalité du projet paralympique qui est moins mis en avant. On le vit quotidiennement. Quand les Jeux de Tokyo ont été reportés, on n'a pas forcément parlé du report des Paralympiques. Pour les Jeux de Pékin qui débutent dans moins de 100 jours, on parle aussi moins des Paralympiques. 

Pour autant, cela ne veut pas dire que l'héritage paralympique de Paris n'est pas actuellement en train de se structurer, et nous observons déjà des signaux visibles et positifs. On essaie vraiment de s'en saisir et de faire que notre écosystème, nos fédérations, se saisissent de cette opportunité unique.

"Mais c'est vrai qu'il faut qu'on communique beaucoup plus sur cette volonté du mouvement sportif de remettre le sport dans le parcours de vie des personnes en situation de handicap pour que cet héritage soit encore plus grand."

Marie-Amélie Le Fur

à franceinfo: sport

Il y a la volonté d'obtenir un héritage immatériel très fort sur la pratique des personnes en situation de handicap. En cela, l'aura des Jeux de Paris nous permet d'échanger avec de nouveaux acteurs, qui à l'époque ne captaient pas le champ des para-sports et avec lesquels nous pouvons aujourd'hui, à l'échelle nationale et territoriale, créer des projets d'avenir et durables.

Des nouveaux acteurs, c'est-à-dire ?

Concrètement, ce sont les collectivités. L'objectif est d'aller chercher de nouveaux acteurs, issus de nouveaux secteurs, qui ne sont pas forcément des acteurs sportifs, mais qui par leurs actions et compétences peuvent faciliter l'accès à la pratique sportive. Le but est aussi de les accompagner dans la mise en place de politique sportive incitative à la pratique des personnes en situation de handicap.

L'idée est aussi d'aller chercher les associations du champ du handicap. C'est cette synergie, cette mise en mouvement des acteurs, que nous souhaitons mettre en place par l'organisation des Jeux à Paris.

Marie-Amélie Le Fur a remporté sa neuvième médaille paralympique à Tokyo, lors du concours du saut en longueur. (G.PICOUT / FRANCE PARALYMPIQUE)

A Tokyo, l'équipe de France a remporté 54 médailles, un record. Que mettre en place pour réitérer ce résultat à Paris, et même le dépasser ?

Il va falloir sécuriser ce nombre de médailles. Pour cela, il faut être attentif aux athlètes, à leurs besoins, à la singularité de leur pratique, et donner aux fédérations des moyens financiers et humains. Nous devons aussi avancer sur le suivi socio-professionnel, pour permettre aux athlètes de se libérer de cette insécurité financière. Nous leur devons pour qu'ils puissent se consacrer à 100 % sur leur préparation. Il faut aussi remettre au cœur de la préparation la notion de la data, de la science, et de l'ingénierie. Et on a des perspectives d'évolution sur ces champs-ci. 

"L'enjeu dans le mouvement paralympique repose aussi sur la densité et le niveau de représentation des athlètes français aux Jeux paralympiques."

Marie-Amélie Le Fur

à franceinfo: sport

A Tokyo, on a gagné 54 médailles. On était présent dans 19 sports mais absent de 75 % des disciplines aux Jeux. Donc à un moment donné, si on ne s'intéresse pas au modèle de développement de la pratique, si on ne permet pas à plus de personnes en situation de handicap de préparer un parcours sportif, et potentiellement de s'engager dans le haut niveau, la France ne pourra pas exister durablement, et de façon plus importante, dans les Jeux paralympiques. 

Aura-t-on une délégation plus importante à Paris ?

Oui, une délégation plus importante et plus variée, avec plus de handicaps sévères notamment. On le voit dans les statistiques de l'équipe de France, on a trop peu de personne avec un handicap de naissance ou sévère. On a besoin d'avoir une équipe de France plus féminisée aussi, car elles ne représentent qu'un quart de la délégation française.

Enfin, nous devons aller chercher plus de sports collectifs car les trois sports dans lesquels nous étions absents à Tokyo sont des sports collectifs. Il y a ainsi des axes d'amélioration sur lesquels on doit mieux accompagner les fédérations, c'est notre rôle en tant que Comité paralympique, comme l'Etat et l'Agence nationale du sport (ANS), d'agir de façon ciblée pour permettre au mouvement paralympique de grandir sur le champ de la haute performance.

Êtes-vous favorable à une révision des catégories, nombreuses, et parfois mal comprises du public et critiquées par les athlètes, pour Paris ?

En tant que Comité paralympique national, comme le Cojo (Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques), nous n'avons pas la main sur la modification de la classification, qui est le fondement des Jeux paralympiques. Cette compétence revient aux fédérations internationales, et au Comité international paralympique (IPC). Actuellement, il y a en effet une refonte du code de classification.

"Un travail est opéré par chaque fédération internationale sur la question de la classification, c'est un véritable enjeu. Mais en tant qu'acteur national, nous subissons cet enjeu."

Marie-Amélie Le Fur

à franceinfo: sport

Nous sommes force de proposition, nous participons à des groupes de travail de l'IPC, et des fédérations internationales, mais nous ne sommes pas décisionnaires. Nous devons nous approprier cette complexité de la classification pour optimiser l'orientation de nos athlètes par rapport à leur profil. Et aussi, on a besoin d'accompagner la pédagogie sur cette question pour que les Jeux soient plus accessibles et compréhensibles du grand public.

Au lendemain des Jeux paralympiques de Tokyo, vous aviez confié à franceinfo: sport vouloir "franchir un cap dans la détection des talents". Où en est cette détection ? 

Elle a déjà commencé. La détection des futurs talents est portée à l'échelle du Comité paralympique par le programme La relève, qui est actif depuis 2019. Nous préparons actuellement la troisième édition pour 2022. Des programmes internes aux fédérations se mettent aussi en place progressivement et incarnent la volonté de chaque fédération d'aller chercher de nouveaux talents.

La détection des talents de demain passe par une plus grande densité de pratique. Il faut donc qu'on structure une offre qualitative sur l'ensemble des territoires, et qu'on ait plus de clubs para-accueillants. Enfin, il faut aussi encore travailler sur l'ouverture du champ des possibles, sur la question de la censure parentale et médicale, et même l'auto-censure, autour de la pratique du sport pour les personnes en situation de handicap. 

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