"Paris 2024 est la promesse d'un nouveau modèle d'organisation", affirme Tony Estanguet à J-1000 des Jeux de Paris

A 1000 jours de l'événement, le président de Paris 2024 fait le point sur l'avancement de l'organisation des Jeux. 

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Tony Estanguet, le président du Comité d'organisation des Jeux olympiques de Paris 2024, le 14 octobre 2021, à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis), dans le cadre d'un deplacement consacré aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. (ISA HARSIN / SIPA)

Près de trois mois après la fin des Jeux de Tokyo, le chapitre de Paris 2024 est bel et bien ouvert. Alors que l'accueil des Jeux olympiques et paralympiques en France aura lieu dans moins de 1000 jours maintenant, le président de Paris 2024, Tony Estanguet, dresse pour franceinfo: sport un état des lieux des dossiers en cours, et des objectifs à atteindre d'ici 2024. Sécurité, budget, héritage, nouveau modèle d'organisation, le triple champion olympique passe en revue l'avancement de l'organisation. 

Franceinfo: sport : Le sujet de la sécurité circule beaucoup ces derniers jours. La reconnaissance faciale ne sera pas utilisée à Paris, comme cela a pu être le cas à Tokyo. Quelles mesures de sécurité seront mises en place lors des Jeux, alors que le budget qui y est consacré est très élevé avec 17 millions d'euros ?

Tony Estanguet : Le message important à retenir est que l'on n'utilise pas les Jeux comme un laboratoire ou un prétexte pour faire évoluer les normes et la réglementation. On a été très clair là-dessus, si les Jeux laissent un héritage nécessaire pour la population, on peut mettre en place ces mesures pendant l'événement. Mais s'il n'y a pas de besoin à long terme, alors on n'utilise pas les Jeux comme prétexte pour investir juste pour quelques jours de compétition. C'est pour cette raison que le sujet de la reconnaissance faciale a été écarté assez rapidement, car il n'y avait pas de besoin à long terme.

On a déjà commencé à travailler sur un protocole de sécurité avec les différentes autorités comme la préfecture de police, le ministère de l'Intérieur, la ville de Paris et la police municipale. De nombreuses réunions sont prévues pour affiner et pour trouver comment assurer la sécurité, tant du point de vue humain que technologique. Sur ce sujet, il n'y aura pas de compromis. C'est la première priorité du comité d'organisation et des autorités publiques.

Justement, un exemple concret. Vous avez évoqué le projet d'organiser la cérémonie d'ouverture sur la Seine. Mais les forces de l'ordre ont fait part de leurs inquiétudes à maintenir la sécurité de tous lors de cette cérémonie. Entendez-vous ces difficultés ?

Oui, bien sûr, et encore une fois je pense que nous sommes complètement à l’écoute. J'ai assisté encore la semaine dernière à une réunion avec les différentes autorités, notamment sur le sujet de la cérémonie d'ouverture, afin d'affiner le nombre de personnes qu'on pourrait accepter sur les lieux, ainsi que le nombre des forces de l'ordre présentes. On a déjà une vingtaine de réunions de travail sur le sujet et encore beaucoup jusqu'en 2024.

En France, nous avons une vraie expertise sur les différents niveaux de risque, que ce soit d'ordre terroriste ou concernant la cyber sécurité. On ne part pas d'une feuille blanche. Mais, forcément, c'est un projet inédit, qui ne s'est jamais fait avec autant de monde, avec autant d'enjeux, et on a envie de bien faire les choses. C'est pour cela que nous avons commencé si tôt à travailler sur le sujet. Je suis assez convaincu que dans les trois ans qui viennent, on aura toutes les réponses. Il faudra rester flexible, car jusqu'au bout, on ne sait pas ce qu'il peut se passer, tout peut évoluer. Les dispositifs sont pensés pour être adaptables jusqu'aux derniers moments.

Vous avez lancé le 19 octobre dernier l'appel d'offres pour diffuser les Jeux paralympiques. Avez-vous déjà des candidats ? 

Oui, pas mal de chaînes sont intéressées. Aujourd'hui, on veut sélectionner un diffuseur domestique, car on a déjà contractualisé avec un certain nombre de diffuseurs à l'international. On a donc hâte de voir ce qu'elles ont à nous proposer. L'événement est planétaire, avec une audience impressionnante, et porteur de sens, la compétition s'annonce très intéressante.

Quels sont vos objectifs pour ces Jeux paralympiques d'été, les premiers organisés en France ?

On a un haut niveau d'ambition car on croit beaucoup à cet événement. Comme il s'agit des premiers Jeux paralympiques d'été organisés en France, on est persuadé qu'il faut vraiment être très ambitieux. C'est un événement qui va laisser, je crois, un vrai héritage, une prise de conscience qui va bluffer beaucoup de gens. 

L'objectif est double : d'un côté, avoir la meilleure médiatisation possible de l'événement et s'assurer qu'il y ait le plus large public possible qui puisse regarder les Jeux de Paris. Mais nous voulons aussi avoir un partenaire de diffusion qui partage nos convictions de faire évoluer les regards durablement sur le handicap, et d'utiliser les Jeux paralympiques pour sensibiliser sur ce sujet, donner envie aux personnes en situation de handicap de pratiquer du sport, et de mieux faire connaître les champions paralympiques et leur sport. 

Le président Emmanuel Macron (à d.), au côté du responsable de Paris 2024 Tony Estanguet (à g.), signe une plaque lors de sa visite au siège du Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, à Saint-Denis, le 14 octobre 2021. (FRANCOIS MORI / POOL / AFP)

L'héritage de Paris 2024 est au cœur du projet depuis la candidature de la France. On parle beaucoup de l'héritage en Seine-Saint-Denis, ou de celui en termes d'emplois, mais qu'en sera-t-il de l'héritage en handisport ? Car la France a beaucoup à faire dans ce domaine. 

Oui, il y a de la place pour progresser. Aujourd'hui, 15 % de la population est en situation de handicap, et nous avons peu de structures sportives qui sont capables d'accueillir ce public, notamment car il n'y a pas le matériel nécessaire ou que les gens ne sont pas formés pour. On veut donc que les Jeux de Paris puissent sensibiliser l'ensemble des acteurs, les collectivités locales, l'Etat, les fédérations, et les sponsors privés.

A notre niveau de comité d'organisation, on investit en proposant la scène la plus spectaculaire possible pour valoriser les performances paralympiques comme olympiques. On investit aussi avec cette équipe de France unifiée composée d'athlètes olympiques et paralympiques, où chacun bénéficera de la même exposition. Et dans tous nos programmes d'engagement, que ce soit la semaine olympique et paralympique à l'école, ou dans notre club Paris 2024, ou encore dans tout le réseau Terre de Jeux Paris 2024, il y a systématiquement une dimension paralympique.

"Quand on veut faire partie aujourd'hui de la dynamique Paris 2024, on doit à la fois s'impliquer sur les Jeux olympiques mais aussi sur les Jeux paralympiques."

Tony Estanguet, président de Paris 2024

à franceinfo: sport

C'est un enjeu très important pour nous, sur lequel on investit toute notre énergie et le choix du diffuseur devra être en ligne avec cela. 

Au sujet des sponsors à présent. L'entreprise Sodexo est le dernier en date à avoir rejoint Paris 2024. Il manque encore toutefois 400 millions d'euros pour boucler le budget. Êtes-vous inquiet quant à la fiabilisation de ce budget et avez-vous des pistes en cours ? 

Nous sommes dans les temps. On s'était fixé l'an passé l'objectif d'être à 50 % des revenus sécurisés pour être dans notre trajectoire de financement, et c'était le cas. Puis, on s'est fixé le but ambitieux d’être aux deux tiers du budget d'ici la fin de l’année 2021 pour respecter la progression. L'objectif est toujours d'actualité.

La crise économique liée à la pandémie ne nous facilite pas la tâche mais nous avons plusieurs contacts en cours. Je suis assez confiant pour annoncer d'autres partenaires d'ici la fin de l'année. Nous sommes bien pour le moment du point de vue budgétaire, et le modèle économique des Jeux, reposant sur 97 % de financements privés, est toujours le même.

Votre volonté est que l'événement de Paris 2024 rassemble tous les Français. C'est pourquoi il y aura des épreuves dans les plus grands monuments de Paris, la voile à Marseille, le handball à Lille ou encore le surf à Tahiti. C'est inédit d'organiser des Jeux avec des lieux d'épreuves aussi éloignés les uns des autres. En quoi est-ce important pour vous ?

Oui, effectivement. On ne veut pas seulement être la 33e édition des Jeux, on veut démontrer que les Jeux ont besoin d'un nouveau modèle d'organisation. Un modèle qui s'engage sur des thématiques qui sont très importantes pour notre société en ce moment, comme le changement climatique avec notre objectif de réduction de moitié de nos émissions carbone, comme la parité puisque Paris sera les premiers Jeux paritaires de l'histoire. On veut que les Jeux s’adaptent aux territoires et non le contraire. On inverse le modèle et on va là où les infrastructures sont existantes, où il y a une vraie appétence et expertise pour le sport. Pour le surf par exemple, c'était important pour nous de faire un appel à candidature, de proposer à toutes les vagues françaises de pouvoir candidater à l'accueil des épreuves.

Tous les ans au mois d'août, il y a cette compétition internationale référence organisée sur la vague de Teahupoo à Tahiti. Cela faisait ainsi sens de valoriser ce territoire français, qui pour la première fois va organiser une épreuve olympique. C'est aussi la promesse de valoriser le meilleur de la France devant quatre milliards de personnes. On est très fier de pouvoir montrer cette richesse culturelle pendant l'organisation des Jeux.

Le président de Paris 2024, Tony Estanguet, prononce un discours lors de la révélation de l'identité de l'équipe de France dans l'usine du Coq Sportif, cent jours avant les Jeux olympiques et paralympiques d'hiver de Pékin 2022, à Romilly-sur-Seine, le 4 octobre 2021.  (HERVIO JEAN-MARIE / KMSP / AFP)

D'ailleurs, cet objectif de nouveauté a été salué par le président du Comité international olympique, Thomas Bach, qui a déclaré que les Jeux de Paris seraient "des Jeux historiques".

Oui, depuis le début, on est très ambitieux sur le nouveau modèle d'organisation. Nous avons fait des choix forts, certes différents de ce qui a pu se faire avant mais pour le moment, on tient nos engagements. On est vraiment sur un nouveau modèle qui allie le coté très spectaculaire avec par exemple l'utilisation de sites iconiques, et une dimension d'exemplarité, d'utilité des Jeux, qui nous tient à cœur.

"On veut ouvrir les portes des Jeux, qu'ils soient les Jeux les plus participatifs de l'histoire."

Tony Estanguet

à franceinfo: sport

On est même allé jusqu'à ouvrir la participation du grand public sur certaines compétitions, afin d'associer les territoires, les entreprises et les Français qui veulent participer. Par exemple, à l'occasion du J-1000, plutôt que de faire une conférence de presse ou un événement institutionnel, on a décidé d'organiser un moment de sport ouvert à tous. Les gens vont pouvoir venir dans Paris courir avec Eliud Kipchoge qui est la référence internationale du marathon. On a une volonté obsessionnelle de vouloir ouvrir les opportunités des Jeux au plus grand nombre et d'engager et d'associer la population dans cette expérience. C'est une fois tous les 100 ans, on a donc envie que tous les territoires français soient fiers de cet événement.

Vous voulez offrir des expériences fortes à Paris 2024 à l'image ce que vous avez pu voir à Tokyo comme la mise en scène de la finale du 100 m ou la musique sur les nouvelles épreuves. Avez-vous déjà des idées ?

Oui, on veut que cette célébration soit historique et que les gens vivent une expérience un peu différente. Cela passe par la musique forcément, mais pas seulement. Cela passe aussi par une bonne présentation des épreuves et des règles pour que les gens soient bien connectés, et comprennent bien ce qu'il se passe.

Ce n'est pas toujours facile de s'y retrouver, il y a beaucoup de disciplines. Nous avons 869 épreuves à organiser entre les Jeux olympiques et paralympiques. Et beaucoup d'épreuves sont assez méconnues, les gens les découvrent une fois tous les quatre ans. Donc on y travaille. Je ne peux pas encore vous dévoiler les grandes idées. Mais je vous confirme qu'on a cet objectif de faire bouger les lignes aussi en matière de présentation sportive.

Quelles sont les grandes missions que vous devez finaliser en 2022 ?

En 2022, nous devons finaliser toute la partie sportive. On a encore pas mal de choses à organiser avec les fédérations internationales, ainsi que la programmation jour par jour des épreuves. Il y a encore beaucoup de travail sur le calendrier sportif. On va aussi annoncer normalement quels seront les lieux de cérémonie en cette fin d'année ou début d'année prochaine. On va lancer par ailleurs le programme de recrutement des volontaires puisque 45 000 personnes participeront à l'organisation des Jeux. Au menu aussi de 2022, nous avons le tracé du parcours du relais de la flamme olympique, sans oublier le lancement de la mascotte officielle fin 2022. 

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