Volley-ball : 5 choses à savoir sur Bernardinho, le nouveau coach des Bleus

Laurent Tillie parti après le sacre olympique, l'équipe de France de volley-ball attendait son successeur pour l'Euro. C'est Bernardo Rocha de Rezende, la légende brésilienne du volley, qui relève le défi. Un personnage à la hauteur de la tâche.

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France Télévisions
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Bernardinho a remporté tous les trophées comme entraineur du Brésil. Son nouveau défi se dessine auprès de l'équipe de France de volleyball avec, dans le viseur, Paris 2024. (RICARDO BOTELHO / BRAZIL PHOTO PRESS)

Si les Bleus, fraîchement sacrés champions olympiques après un tournoi qui est resté dans toutes les mémoires, avaient besoin d'un électrochoc pour ne pas s'endormir sur leurs lauriers, ils l'ont trouvé. Avec Bernardinho, ils devront se montrer à la hauteur de leur nouvelle réputation car c'est une légende de ce sport qui va désormais les coacher. Voici tout ce qu'il faut savoir sur le nouveau guide de l'équipe de France : 

Une star au Brésil

Pour beaucoup, Bernardo Rocha de Rezende est le meilleur entraîneur du monde. En quatre olympiades, celui que tout le monde surnomme "Bernardinho" compte à son actif quatre finales pour deux titres olympiques, en 2004 à Athènes et en 2016 à Rio. Excusez du peu. Quant aux championnats du monde, l'enchaînement parle de lui-même : l'or en 2002, en 2006 et en 2010, auquel il faut ajouter 8 titres en Ligue mondiale entre 2001 et 2010. Lui-même a été sacré vice-champion olympique, comme joueur, en 1984. Bref, sur le papier, il a tout pour être le digne successeur de Laurent Tillie à la tête des Bleus, champions olympiques à Tokyo.

"Il a une culture de la gagne, une exigence exceptionnelle et puis cette culture du volley brésilien. Pour la France c'est que du bonus", acquiesce Hubert Henno, ancien international tricolore et consultant pendant les jeux olympiques pour France Télévisions. 

Au jeu du palmarès, le Brésilien de 62 ans éclipse les plus grands noms du volley mondial. Ses vingt années à la tête de la sélection auriverde ont largement contribué à l'essor d'un sport qui a toujours été populaire dans un pays où les audiences du volley atteignent des records et déplacent les foules dans les plus grands stades. 

"C'est le meilleur entraîneur du monde"

Hubert Henno

à franceInfo: sport

Au-delà de sa marque sportive, indéniable, Bernardo s'implique également dans des opérations caritatives qui en disent long sur le bonhomme. Une ONG, qui porte son nom, participe ainsi au développement de la discipline dans les favelas.

Son défi : l'or à Paris 2024

Entraîneur de l'équipe féminine de Flamengo, Bernardinho avait arrêté avec la sélection brésilienne masculine sur le titre olympique remporté au Maracanazinho de Rio en 2016, devant 10 000 spectateurs. La mission dont il est dorénavant chargé est claire : remporter le titre olympique, à domicile, à Paris en 2024 pour réaliser un doublé historique. Un exploit que seuls l'URSS (Tokyo-1964, Mexico-1968) et les Etats-Unis (Los Angeles-1984, Séoul-1988) ont réalisé. 

"C'est un cadeau empoisonné que de reprendre l'équipe de France, championne olympique en titre. Mais qui d'autre était le plus à même de le faire si ce n'est l'entraîneur des derniers champions olympiques ?", reconnaît Hubert Henno. 

S'il a déjà été entraîneur en Italie, c'est la première fois que Bernardinho est sélectionneur d'une équipe nationale étrangère. La saveur d'un titre à domicile, il l'a déjà savourée, avec le Brésil, à Rio, en 2016. Son nouvel objectif de sélectionneur, c'est de réitérer l'exploit avec une autre nation. L'étranger est son dernier défi. 

"Il n'a pas peur de remettre en question ses compétences. Il a choisi le défi français, il aurait pu aller un peu partout en Pologne, comme coach de facs américaines, etc. Tout le monde le voulait. C'est une grande chance de l'avoir dans une fédération nationale", explique l'entraîneur brésilien de Tours, Marcelo Fronckowiack, qui l'a côtoyé à Rio. Car le plus dur "c'est de rester là-haut"

Une méthode brésilienne

Bernardinho a un style bien distinct de celui de Laurent Tillie. Les deux hommes se connaissent et se respectent. "Il apporte son expérience, sa science du jeu, sa culture Brésilienne. Il va y avoir un temps d'adaptation mais ça va être un jeu très explosif, il apporte un style de travail différent", souligne Hubert Henno.

L'école de volley brésilienne travaille avec beaucoup de rythme, beaucoup de ballons. L'effet de nouveauté plaît au groupe tricolore, dynamise les entraînements en vue de l'Euro puis du mondial en 2022. Il pourra compter sur dix des douze champions olympiques de Tokyo, dont Earvin Ngapeth, qu'il connaît bien puisque l'attaquant-réceptionneur des Bleus est un grand ami de son fils, Bruninho, passeur de la Seleçao.

"On est en train de faire le plus dur, c'est à dire de se remobiliser mentalement, de se remettre en mode conquête d'un titre. On avait tous peur de ça, d'arriver là parce que c'est Bernardinho et de se dire : a-t-on envie de recommencer tout ça ? ", confiait Earvin Ngapeth dans les pages de L'Equipe.

La verve et l'expérience du Brésilien ont remotivé les troupes. L'image de favori, il l'a endossée pendant des années avec le Brésil. Au tour des Bleus de l'apprivoiser dès le championnat d'Europe.

"Il y a beaucoup de ressemblance entre la France et le Brésil. Ce ne sont pas les équipes où les joueurs sont les plus grands, les plus hauts, mais ils ont beaucoup d'habileté", ajoute Marcelo Fronckowiack, qui a entraîné le fils de Bernardinho.

Des emprunts à la finance et au management

Bernardinho est un fin tacticien qui sait de surcroît bien s'encadrer. Du staff qui l'a accompagné dans ses précédents clubs, il n'a conservé qu'un statisticien, le kiné et un des médecins français. Un bon compromis pour faciliter l'intégration des équipes, pas encore rodées à la langue et à la culture.

Lui-même apprend depuis avril le Français à une vitesse folle. "D'ici deux mois ils sera totalement capable de s'exprimer en français avec fluidité", s'amuse Marcelo Fronckowiack. Le Brésilien a tenu à faire son premier discours en français à ses joueurs. Un souci du détail qu'il tient notamment de ses études en économie.

" Il a une science du jeu et des outils de management pointus. C'est un obsédé des résultats, mais dans le bon sens du terme. Il a des connaissances très poussées en mathématiques et en économie, il comprend les mécanismes du volley "

Marcelo Fronckowiack

à franceInfo: sport

Prédestiné à une carrière dans la finance, Bernardinho devient entraîneur presque par hasard, sur le coup de fil d'une joueuse de sa génération, Dulce Thompson qui lui demande de remonter son équipe, en difficulté. Alors qu'il a déjà un pied dans la banque, il décide de tenter l'expérience. Une réussite qui ne se démentira jamais et qui le propulsera très rapidement à la tête de l'équipe féminine du Brésil.

Avant d'entraîner la France, Bernardinho a été un adversaire plus que coriace

Bernardinho aime le style de jeu offensif de l'équipe de France auquel il rêve d'apporter sa patte. Mais les Bleus et le Brésil en volley, c'est avant tout une histoire d'amour périlleuse. Le résultat est serré à chaque rencontre entre les deux équipes. Au mondial de 2014, la France s'incline face au Brésil en demi-finales, 3 sets à 2, au terme d'un combat dantesque, "le match le plus dangereux de sa carrière".

L'inverse est également vraie. Sur leur deux Ligues mondiales remportées par les Français, les Brésiliens étaient sur leur chemin. En 2017, les Bleus poussent l'affront en gagnant chez leurs adversaires, au Brésil. Mais ça c'était dans une autre vie. L'adversaire est devenu partenaire et il est prêt à apporter toute son expérience à ces jeunes Tricolores explosifs.

C'est quelqu'un de très pragmatique, il sait comment faire gagner son équipe. Pendant les matchs il est très passionné, il peut même fulminer. Dans la vie quotidienne, pas du tout. C'est un mec super gentil qui lit beaucoup, s'intéresse à la culture, parle beaucoup de langues "

Marcelo Fronckowiack

à franceInfo: sport

Le premier test avec les Bleus a eu lieu vendredi soir, avec ce premier match de l'Euro 2021 contre la Slovaquie. Un baptême réussi et conclu par une victoire (3 sets à 0). De quoi effacer la quatrième place de l'Euro de 2019, à domicile, vécue comme un traumatisme. Pour Marcelo Fronckowiack, "son challenge c'est Paris 2024. Mais avant ça, on peut être sûr qu'il voudra porter l'équipe de France au plus haut niveau sur toutes les rencontres et assumer le nouveau statut de favoris."

Louise Le Borgne

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