JO 2022 : isolés et confrontés au "chaos de la quarantaine" aux Jeux de Pékin, des cas positifs au Covid-19 racontent leur quotidien

Pas de sortie, pas beaucoup de soleil, des délais d'isolement parfois inexplicables... Voilà, en résumé, la vie des personnes ayant contracté le virus au sein de la bulle sanitaire mise en place pour l'événement sportif. Des voix se sont élevées pour dénoncer des abus.

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De notre envoyée spéciale à Zhangjiakou - Apolline Merle - franceinfo: sport
France Télévisions
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Le personnel de sécurité à l'extérieur d'un hôtel accueillant les équipes de médias, à l'intérieur de la bulle sanitaires des Jeux de Pékin, le 29 janvier 2022. (FABRICE COFFRINI / AFP)

Le "zéro Covid", coûte que coûte. Pour atteindre leur objectif aux Jeux olympiques de Pékin, les autorités chinoises ont mis en place une bulle sanitaire stricte et angoissante pour l’ensemble des acteurs (athlètes, techniciens, organisateurs ou journalistes). Qu'en est-il pour ceux qui s'avèrent porteurs du virus ? 

Un test positif et l’engrenage commence. Corentin Blanc, farteur de l’équipe de France de combiné nordique, en a fait l’expérience. A son arrivée à l’aéroport international de Pékin, son premier test PCR s'est avéré "non concluant". "Mais le lendemain, le vendredi 4 février, j’ai été testé positif. J’ai pu aller travailler normalement la journée avant que le résultat ne tombe le soir. A partir de ce moment-là, j’ai été placé dans un hôtel à l’isolement", raconte l'intéressé, toujours pour l'heure mis à l'écart.

"Certains ont des fenêtres qui ne s'ouvrent pas"

Toutes les personnes testées positives sont ainsi hébergées dans des hôtels à part, prévus spécialement à cet effet. "Il n’y a rien autour, décrit Corentin Blanc. Ma chambre est certes moins bien que celle où j’ai passé ma première nuit, mais elle est correcte. J’ai tout ce qu’il faut. Mais nous n’avons pas le droit de sortir, et donc nous ne pouvons pas aller travailler." Le technicien ne reçoit qu'au compte-gouttes les informations relatives à l’évolution de sa situation. "Mais j'ai de la chance, relativise-t-il sur le ton de l’humour, j'ai deux heures de soleil le matin. Certains ont des fenêtres qui ne s'ouvrent pas".

La chambre dans laquelle Corentin Blanc, farteur de l’équipe de France olympique de combiné nordique, a été isolé après avoir été testé positif à son arrivée à Pékin, en février 2022. (CORENTIN BLANC / DR)

Avec un technicien en moins dans ses rangs, l’équipe de France de combiné nordique est pénalisée. "Ils se débrouillent, font des plus grosses journées. Pour ce qui est des compétitions, [lors de la première], mercredi, ils ont demandé à un technicien du biathlon de venir en renfort", précise Corentin Blanc.

Films, Jeux à la télé et... course à pied

Une semaine après le début de son isolement, Corentin Blanc ne sait toujours pas quand il pourra en sortir. Pour cela, il lui faut deux tests négatifs consécutifs à 24 heures d’intervalle, et ne ressentir aucun symptôme. En attendant, Corentin Blanc fait avec les moyens du bord dans son espace de 15 mètres carrés. "Je regarde des films, les épreuves des Jeux à la télé, et j’arrive à faire de la course à pied. J’ai réussi à faire un 10 km dans ma chambre. Cela représente beaucoup d’allers-retours", ironise-t-il.

Corentin Blanc ne peut toutefois cacher une certaine lassitude, tandis que des athlètes ont fait part sur les réseaux sociaux de leur désarroi. L'Allemand Eric Frenzel, triple champion olympique et septuple champion du monde de combiné nordique, fait partie des sportifs privés de compétition.

Testé lui aussi positif au Covid-19, il a été placé en isolement "dans une chambre de sept mètres carrés. Il n’a pas le WI-FI et ne peut donc même pas appeler ses proches. C’est inadmissible", déclare à franceinfo: sport Fabrice Guy, champion olympique de combiné nordique en 1992, et consultant pour France Télévisions.

Déclarée négative, mais isolée

Même scénario pour l’athlète belge Kim Meylemans. La spécialiste du skeleton avait contracté le Covid-19 début janvier, mais était partie confiante pour la Chine après avoir réalisé douze tests négatifs. En arrivant à Pékin, elle a été de nouveau déclarée positive, un cas loin d’être isolé. Les tests PCR chinois sont en effet très sensibles et détectent des traces du virus des semaines après l’infection, alors que le malade n’est plus contagieux.

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Après trois jours à l'isolement et trois tests négatifs, Kim Meylemans pensait retrouver un peu de sa liberté, comme le stipule le protocole. Au contraire, elle a été transférée vers un autre hôtel pour poursuivre son isolement. Bouleversée et à bout de nerfs, la Belge s'est confiée le 2 février sur son compte Instagram, en larmes. "Je suis supposée y rester sept jours en isolement avec deux tests PCR quotidiens, avec aucun contact. Je peux aller m'entraîner sur la piste… mais seule. Je ne sais toujours pas si je pourrai me rendre au village [olympique]".

"C'est très dur pour moi, (...) je ne suis pas sûre de pouvoir supporter de rester ici ces quinze prochains jours…"

Kim Meylemans, athlète belge, spécialiste du skeleton

sur son compte Instagram

L’histoire s’est toutefois bien terminée pour Kim Meylemans, qui a pu sortir et s’entraîner cette semaine à Yanqing. Dans une publication Instagram (contenu en anglais), jeudi, elle a annoncé sa participation à la compétition, confiant sa motivation et son excitation décuplées après le "chaos de la quarantaine chinoise".

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