Des Jeux olympiques de Séoul 1988 aux paralympiques de Tokyo 2021, Claire Supiot ne veut pas "arrêter de rêver"

Entre le report des Jeux de Tokyo et son changement de classification, la nageuse paralympique, touchée par une maladie dégénérative, arrive au Japon avec ambition.

Article rédigé par
Pauline Guillou - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
A 53 ans, Claire Supiot s'apprête à disputer les Jeux paralympiques, après son passage à Séoul aux olympiades de 1988. (Théo Bariller-Krine)

En 1988, alors âgée de 20 ans, Claire Supiot est dans les bassins de Séoul pour le 200 m papillon des Jeux olympiques. Trente-trois ans plus tard, et avec un an de retard en raison du report des Jeux de Tokyo pour cause de Covid-19, la nageuse retrouve l’Asie pour participer aux Jeux paralympiques (24 août - 5 septembre). Un itinéraire hors norme pour une athlète d’exception...

Claire Supiot a été championne de France de natation à plusieurs reprises dans les années 1980 en papillon. Mais en 2009, elle est diagnostiquée atteinte de la maladie de Charcot Marie-Tooth (maladie héréditaire qui touche les nerfs et entraîne une faiblesse musculaire). Pourtant, pour l'Angevine, la flamme des Jeux ne s'éteint pas. 

Changement de classification

Le handisport a néanmoins mis Claire Supiot à l'épreuve. Elle faisait partie de la catégorie S8, mais en avril 2021, elle a été placée dans la catégorie S9. "En S9, certaines concurrentes peuvent être amputées en tibial, mais peuvent avoir tout le reste qui fonctionne à 200%. Ce n'est pas mon cas", explique-t-elle. "Je suis la seule à arriver sur un plot en fauteuil, et à être assistée pour mon départ".

"C'était un gros pavé dans la marre, mais nous sommes tous passés au dessus"

Claire Supiot

à franceinfo: sport

Concrètement, en S9, la Fédération de handisport rassemble des athlètes qui ont des "difficultés dans les poussées". En S8, ils rencontrent des problèmes "dans les poussées, au départ, et dans les virages". Pour Claire Supiot, ce changement de catégorie est injuste, et "se fait à l'oeil et à la sensation des observateurs", dénonce-t-elle. 

Les classifications S8 et S9 pour les épreuves de natation en compétition handisport. (Fédération française handisport)

Elle disputera donc le 400 m nage libre à Tokyo, mais se voit difficilement grimper sur le podium, alors qu'elle s'y voyait dans la catégorie S8. "Les marches du podium sont beaucoup plus hautes", glisse-t-elle. En état de choc après son changement de classification, Claire Supiot a été accompagnée par ses proches et suivie par un psychologue pour faire face à cette épreuve. Touchant du bout des doigts sont rêve de retrouver les Jeux, elle se remotive, tout en restant réaliste : ses adversaires en S9 ne seront pas les mêmes qu'en S8.

Déterminée, elle a fini par accepter ce changement. "Soit on accepte le système, soit on ne fait pas les Jeux", tranche l'Angevine. Plus qu'une médaille, Claire Supiot est heureuse de revenir aux Jeux. Première Française à vivre les Jeux olympiques et des Jeux paralympiques, elle voit surtout dans cette double expérience "un aboutissement" sportif.

La voix du handisport

"Passer d'un milieu valide à un milieu handi est une épreuve en soi", témoigne la nageuse. "On ne naît pas tous handicapés, cela peut arriver à n'importe quel âge", continue-t-elle. La transition entre les deux milieux est éprouvante, et sa double participation aux Jeux olympiques et paralympiques a une grande portée symbolique. Un moyen de devenir une voix du handisport ? "Oui", clame Claire Supiot. "Mon parcours aidera peut-être certaines personnes qui sont sur un lit d'hôpital. Ils se diront que Claire Supiot l'a fait à 53 ans..." Fière de son parcours et de son histoire avec les Jeux, l'Angevine compte aussi sur son expérience pour que les personnes atteintes de la maladie de Charcot Marie-Tooth "puissent rebondir".

Diagnostiquée en 2009, Claire Supiot s'est tournée vers le handisport, il y a trois ans. (Théo Bariller-Krine)

De Séoul à Tokyo... Et puis Paris ? 

À 53 ans, Claire Supiot ne veut pas se fixer de limites. Encore moins quand celles-ci concernent les prochains rendez-vous paralympiques. "Il y a des choses énormes à vivre", s'enthousiasme-t-elle, convaincue qu'elle sera encore sur les plots de départ en 2024 à Paris, loin de la pandémie et de ses conséquences sur le monde sportif. Elle s'imagine déjà au centre aquatique du Bourget (lieu des épreuves de natation) et estime que le report des Jeux d'une année n'a fait que la rapprocher de Paris. "Je vais tout faire pour être encore là en 2024, mais en attendant je me concentre sur 2021". 

Si le report des Jeux paralympiques a sans doute eu un rôle dans son changement de classification, Claire Supiot reste optimiste et heureuse que les Jeux aient quand même lieu. "Si j'ai une médaille, elle sera aussi dédiée à ceux qui ont oeuvré pour que l'on sorte de la pandémie". Comme pour les Jeux olympiques, les athlètes paralympiques seront soumis aux mêmes conditions sanitaires. Huis-clos, tests PCR, limitation des déplacements, entraînements perturbés... "On est habitués à tout cela. On sait ce qui nous attend", affrime la nageuse. "Mais les athlètes sont quand même là", avec ou sans pandémie "ils seront dans l'eau". Elle aussi.

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