Euro 2021 : Leroy Sané, Timo Werner, Serge Gnabry… Que vaut la nouvelle génération du football allemand ?

Au crépuscule de l’ère Joachim Löw, l’équipe d’Allemagne compte beaucoup sur sa nouvelle génération de joueurs, qui peine encore à répondre aux attentes.

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France Télévisions
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Leon Goretzka (gauche), Timo Werner (centre) et Leroy Sané (gauche) seront-ils à la hauteur de leurs illustres prédécesseurs ? (ROBERT MICHAEL / DPA-ZENTRALBILD)

Quatrième d'une poule à sa portée, derrière le Mexique, la Suède et la Corée du Sud, l'Allemagne a tenté de passer très vite à autre chose après l'échec de sa Coupe du monde 2018. Joachim Löw a alors décidé d'accélérer le passage de témoin entre la génération sacrée championne du monde en 2014 et celle qui devait arriver à maturité pour l'Euro 2020 (finalement 2021).

Sami Khedira, Jérôme Boateng, mais aussi Thomas Müller et Mats Hummels avaient fait leur temps. "Je [les] remercie pour toutes ces années extraordinaires passées ensemble. 2019 est l'année d'un nouveau départ pour l'équipe d'Allemagne", avait même assumé Löw lors d'une conférence de presse en mars 2019. L'idée était de confier les clés de la Nationalmannschaft aux Leroy Sané, Timo Werner et Serge Gnabry pour les aider à grandir plus vite.

Mais après plus de deux années à se passer des services de ceux qui ont guidé l'Allemagne à sa dernière apogée, la prise de pouvoir de la nouvelle génération n'a pas convaincu tout le monde. Pas même Joachim Löw qui, après une farandole de tests, est finalement revenu sur sa décision lors de l'annonce de sa liste de 26 joueurs pour l'Euro 2021 en rappelant Thomas Müller (32 ans en septembre) et Mats Hummels (32 ans). Un mea culpa aux allures de désaveu de la part de celui qui quittera la sélection cet été après l'avoir guidée pendant 15 ans.

Un renouvellement générationnel forcé

Timo Werner (25 ans), Joshua Kimmich (26 ans), Leroy Sané (25 ans), Serge Gnabry (25 ans), Leon Goretzka (26 ans) ou encore Kai Havertz (22 ans) font partie des éléments les plus utilisés depuis. Tous ces joueurs, nés en 1995 ou après, seront les têtes d'affiche allemandes cet été, après avoir profité d'une année supplémentaire pour parfaire leur préparation. Beaucoup d'attentes sont placées en eux. Mais depuis qu'ils sont devenus des cadres, l'équipe d'Allemagne n'a pas retrouvé son statut de cador indéboulonnable, au contraire.

Seulement quatre joueurs titulaires lors de la finale du Mondial 2014 seront présents à l'Euro 2021 : Manuel Neuer, Mats Hummels, Toni Kroos et Thomas Müller (de gauche à droite). (AFP)

Depuis cette refonte, la Nationalmannschaft a connu plus de bas que de hauts. Sa seule victoire face à un adversaire de premier plan, les Pays-Bas en mars 2019 (3-2), a été éclipsée par une défaite contre les Oranje six mois plus tard (2-4), toujours en Ligue des nations. Dans la même compétition, les Allemands ont été tenus en échec deux fois par la Suisse (1-1, 3-3) et ont surtout concédé une cinglante défaite contre l'Espagne (0-6) en 2020. Plus récemment, ils se sont inclinés en qualifications pour le Mondial 2022 face à la modeste Macédoine du Nord (1-2) en mars dernier.

"Joachim Löw a arrêté son football de possession à outrance parce qu'il n'a pas fonctionné à la Coupe du monde 2018. Il a voulu s'inspirer de ce qu'ont fait les Français : jouer en contre en utilisant la vitesse de Gnabry, Sané ou Werner", explique Polo Breitner, spécialiste du football en Allemagne. Mais s'appuyer sur les points forts de cette nouvelle génération n'a pas permis à la sélection d'enclencher la nouvelle dynamique souhaitée par Löw en 2019. Entre la fin du long mandat de ce dernier après l'Euro et la toute première compétition majeure des nouveaux cadres, la Nationalmannschaft paraît même coincée entre deux cycles contraires.

Inconstance et friabilité mentale

D'après le site Transfermarkt, l'Allemagne est l'équipe qui compte le plus de joueurs dont la valeur marchande est estimée à au moins 70 millions d'euros, à égalité avec l'Espagne. Six en l'occurrence (Kimmich, Ter Stegen, Havertz, Sané, Gnabry et Goretzka). Si l'alchimie ne prend pas sur le pré, la qualité des joueurs n'est pas à l'origine du problème d'après Polo Breitner. "Sur le papier, l'équipe est très compétitive. C'est une très belle génération mais qui a des faiblesses à certains postes. Il y a un problème de formation. L'Allemagne ne sort plus de latéraux. Elle traîne surtout un problème d'efficacité parce qu'elle n'a plus de grand finisseur", résume celui qui intervient régulièrement pour RMC Sport.

Ce dernier identifie un délitement dans l'ADN du football allemand, happé par la mondialisation et l'évolution récente du jeu. "La volonté d'augmenter le niveau technique des Allemands a conduit à l'éclosion de beaucoup de milieux de terrain de très grande qualité. Mais Kimmich, Kroos, Gündogan et Goretzka ne seront pas tous les quatre sur le terrain en même temps", ironise Breitner. Les incertitudes au milieu de terrain ne sont d'ailleurs pas les seules. Le onze de départ de Joachim Löw n'est pas encore identifié. Ses nombreux tests ont brouillé les pistes.

Les performances inconstantes en club de ses fers de lance cette saison n'aident pas à figer les positions. Timo Werner a raté un grand nombre d'occasions franches avec Chelsea et sa disette de quatorzes matchs consécutifs sans marquer en Premier League entre novembre et février ne plaide pas en sa faveur. Les mauvais choix de Leroy Sané en quarts de finale de Ligue des champions contre le Paris Saint-Germain en avril ont montré les limites d'un joueur pourtant très habile balle au pied. "Ce fut une saison difficile. Je sais que les choses ne se sont pas bien déroulées", a quant à lui admis Kai Havertz, coéquipier de Werner à Chelsea.

"En Allemagne, le concept de génération dorée n'existe pas"

Polo Breitner

à franceinfo: sport

"Julian Brandt – qui n'a même pas été retenu dans la liste  – a tout dans les pieds, mais il n'a pas franchi le cap. Werner est gentil mais ce n’est pas Rummenigge. Sané, comme le dit très bien Hansi Flick [son ancien entraîneur au Bayern Munich], est un diamant brut qui est resté dans les starting-blocks. Serge Gnabry est une très belle surprise, mais pas un ballon d’or en puissance", résume Polo Breitner. D'après lui, la nouvelle génération manque surtout de caractère et son mental est trop "friable". 

"En Allemagne, la grande génération gagne des titres, la mauvaise va en finale"

Mais une fois ces défauts exposés, le Nationalmannschaft reste un candidat légitime au titre européen cet été. Breitner insiste sur le fait que cette équipe est une "turnier mannschaft", littéralement une équipe de tournoi majeur. En Coupe d'Europe, elle reste sur douze participations consécutives – un record –, pour trois sacres et neuf derniers carrés. "J'ai dû mal à imaginer qu'elle explose contre la France. Je ne vois pas d'énorme écart entre les deux équipes. La différence, c'est que la France est en confiance et on a l'impression que rien ne peut lui arriver", avance Breitner. 

Pour juger de la valeur de sa nouvelle génération, il faudra attendre le dénouement de cet été. "En Allemagne, traditionnellement, une grande génération gagne des titres, la mauvaise va en finale. Le concept de génération dorée n’existe pas. Tous ces joueurs-là, supposés talentueux, s'ils ne vont pas chercher un titre mondial ou européen, ils n'existeront pas dans l'historiographie du football allemand. On dira d'eux qu'ils ont été mauvais et que c'était un creux".

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