Arrêt cardiaque d'Eriksen : en France, "c'est trois cas par jour" chaque année sur les terrains, selon un anesthésiste-réanimateur

Selon le docteur Gilles Boccara, anesthésiste-réanimateur à l'Hôpital Américain de Paris, il y a 1 000 à 1 200 cas d'arrêt cardiaque de sportifs amateurs et professionnels sur les terrains en France tous les ans. 

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Les joueurs danois rassemblés autour de la civière qui évacue Christian Eriksen à Copenhague, le 12 juin 2021. (WOLFGANG RATTAY / AFP)

"C'est quand même trois cas par jour. Il y a à peu près 1 000 à 1 200 cas d'arrêt cardiaque en France par an, quel que soit le sport sur les terrains ou sur les stades, quels qu'ils soient, prudents, professionnels ou amateurs", indique ce dimanche 13 juin sur franceinfo le docteur Gilles Boccara, qui coordonne les soins des joueurs de football professionnels. Au lendemain du malaise cardiaque du footballeur danois Christian Eriksen en plein match de l'Euro 2021, l'anesthésiste-réanimateur à l'Hôpital Américain de Paris alerte sur ce phénomène moins visible mais qui sévit aussi dans le sport amateur.

franceinfo : Le cœur de Christian Eriksen s'est totalement arrêté. Il était donc en état de mort ?

Gilles Boccara : Effectivement. J'ai été choqué, comme tout spectateur. Après, il y a le professionnalisme qui reprend ses droits et on voit bien que les équipes professionnelles de secours, les médecins du staff sont venus immédiatement et ont appelé l'équipe du Samu, qui sont arrivés tout de suite pour pratiquer les manoeuvres de réanimation cardio-respiratoire qui ont certainement sauvé la vie d'Eriksen.

Cela n'existait pas il y a quelques années, une équipe aussi importante de secouristes tout près du terrain comme ça ?

Hélas, non. En fait, l'expérience a voulu qu'en 2003, lorsque le footballeur camerounais Marc-Vivien Foé est décédé, il y a eu des recommandations UEFA, FIFA, avec maintenant des obligations d'équipes médicales de secouristes cardio-respiratoires autour des terrains. C'est-à-dire que vous avez les médecins du staff de l'équipe médicale propre à chacune des sélections, et vous avez autour du terrain une équipe avec des brancards, avec tout un matériel cardio-respiratoire, dont le défibrillateur, et qui sont vraiment entraînées malheureusement à cet accident.

Parce que c'est fréquent ?

Oui, malheureusement, on ne s'en rend pas compte mais il y a à peu près 1 000 à 1 200 cas en France par an, quel que soit le sport, d'arrêt cardiaque sur les terrains ou sur les stades professionnels ou amateurs. Et c'est toujours l'événement que l'on redoute. C'est pour ça qu'on établit souvent des certificats d'aptitude. Plus on rentre dans le milieu professionnel et plus les tests sont poussés, mais c'est quand même trois cas par jour. Donc ce n'est pas négligeable. C'est plus facile dans le professionnel où vous avez un suivi permanent de ces joueurs, de ces athlètes, quels qu'ils soient, avec des tests annuels. Chez les amateurs, on joue le dimanche comme ça et ça peut survenir sans malheureusement qu'il y ait une préparation forcément à ce type d'événement. Et souvent, il n'y a pas d'équipe médicale autour.

Mais à quoi cela est dû, ces arrêts cardiaques, cette mort subite du sportif, comme ça peut être appelé parfois ?

Il y a des pathologies cardiaques qu'on peut détecter et qui malheureusement peuvent faire arrêter une carrière professionnelle. C'est ce qu'on fait lorsqu'on fait des bilans à des nouveaux joueurs en recrutement. Mais il y des situations totalement imprévisibles où il va y avoir, surtout au moment de la récupération, s'il y a un effort très intense, une déshydratation au moment de l'arrêt de l'effort. Comme Eriksen, on voyait bien qu'il était en train de récupérer, de marcher tranquillement pour revenir vers la touche. Au moment où l'on récupère, il peut survenir des troubles du rythme sévères dans ce qu'on appelle les fibrillations ventriculaires, donc les manœuvres qui permettent de sauver le patient à ce moment-là ne sont que le massage cardiaque et la défibrillation. Surtout quand on est en club, quand on est dans un stade, il faut, même si on est en amateur, savoir faire ces premières pratiques. C'est un message important qu'il faut faire passer parce que ça a permis de sauver la vie de ce joueur, Eriksen. S'il n'y avait pas eu les manœuvres précoces de l'équipe médicale autour du terrain, malheureusement, l'issue ne serait pas la même.

Est-ce qu'aujourd'hui, on peut déjà savoir si Eriksen pourra rejouer ?

C'est très difficile. Je ne peux pas m'avancer, je ne suis pas au contact de ce joueur. Il faut savoir que dans les clubs professionnels, il y a des tests annuels et des tests réguliers assez poussés chaque année. Lorsqu'un épisode comme celui-ci se produit, sans qu'on sache quelle en est la cause, on fait un bilan cardiovasculaire à l'hôpital comme Eriksen en passe un actuellement. Mais dans tous les cas, il est très difficile de redonner un certificat d'aptitude professionnelle. C'est possible si l'on trouve une cause, mais c'est trop tôt pour pouvoir m'avancer.

Dès qu'un cycliste fait un malaise ou un athlète aujourd'hui, on pense directement au dopage. Est-ce que là, dans le football, on peut aussi se poser la question ?

On se pose la question dans toute situation tout à fait anormale et inquiétante. Il peut y avoir des situations de dopage dans le football, mais il faut savoir que des tests sont faits régulièrement. Il y a des contrôles anti-dopage permanents, en particulier sur les molécules à haut risque, les molécules qui peuvent entraîner justement des troubles du rythme, en tout cas des risques pour le cœur. Les joueurs sont extrêmement suivis, ils sont extrêmement contrôlés. Et il ne faut pas oublier que, pour un staff médical autour d'un terrain, sur un circuit cycliste ou en athlétisme, la hantise est justement de voir un de ces athlètes faire ça, faire l'arrêt. A fortirori à la télé en direct. Donc évidemment, que ce soit même sur des drogues ou des médicaments, on va tout faire pour éviter ce type d'épisode.

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