"Réunion lunaire" et "coup de massue" : à i-Télé, la grève contre Bolloré et Morandini se durcit

Les salariés de la chaîne d'info ont voté la reconduction de la grève. Une réunion organisée mercredi avec la direction n'a pas permis d'envisager une sortie de crise.

Des salariés d\'i-Télé et leurs soutiens, le 19 octobre 2016 devant le siège de la chaîne, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).
Des salariés d'i-Télé et leurs soutiens, le 19 octobre 2016 devant le siège de la chaîne, à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). (PHILIPPE LOPEZ / AFP)
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Thomas BaïettoFrance Télévisions

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"Pastrami, pastrami !" Un sac plastique à la main, Stéphane Guillon distribue des sandwichs aux grévistes d'i-Télé, pour les aider à digérer leur troisième jour de grève, voté mercredi 19 octobre, à une large majorité"Ils viennent de chez Panzer. Ce sont les meilleurs de Paris", assure l'humoriste, avant de répondre aux micros qui se tendent. "Vincent, la plaisanterie a assez duré, lance-t-il à Bolloré, le président du Conseil de surveillance de Canal+, la maison mère d'i-Télé. Comme un politique, Morandini devrait se retirer le temps que la justice fasse son travail."

A quelques pas de là, des politiques, comme Benoît Hamon ou Roselyne Bachelot (ex-ministre, aujourd'hui animatrice télé), et des personnalités des médias, comme Bruce Toussaint, Patrick Cohen et Laurent Joffrin, affichent leur soutien à i-Télé. Surréaliste, la scène cadre bien avec l'ambiance du moment à la chaîne d'information en continu, empêtrée dans un conflit social déclenché par l'arrivée de Jean-Marc Morandini, l'animateur mis en examen pour "corruption de mineurs aggravée". La rédaction réclame sa mise en retrait, mais veut surtout obtenir des réponses aux interrogations des salariés sur l'avenir de la chaîne, plongée dans le flou depuis l'arrivée de Vincent Bolloré à la tête de Canal+, à l'été 2015. Quelle ligne éditoriale pour CNews, la nouvelle version de la chaîne i-Télé, qui doit être lancée le 24 octobre ?

Une réunion "lunaire, surréaliste"

Mercredi matin, après deux jours de grève, Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+, et Serge Nedjar, son homologue à i-Télé, ont rencontré les grévistes pour la première fois. "C'était hallucinant, surréaliste", attaque un journaliste. "Lunaire", commente un second. "Lors de cet échange, les salariés d'i-Télé ont rappelé qu'ils attendaient la définition d'un projet stratégique et éditorial clair, raconte Antoine Genton, le président de la société des journalistes. Ils [Maxime Saada et Serge Nedjar] nous ont opposé une fin de non-recevoir."

Motif : ils ont indiqué "tout à la fois qu'ils craignaient des fuites dans la presse et que ce projet stratégique et éditorial n'existait pas à l'heure actuelle alors même que CNews doit être lancé dans moins de cinq jours". Pire, Serge Nedjar, ciblé par deux motions de défiance depuis quatre mois, a annoncé qu'il cumulerait désormais les casquettes de directeur général et de directeur de la rédaction. "Il n'a, par ailleurs, pas hésité à affirmer qu'il ne savait pas ce qu'est une charte d'éthique", un document qui encadre et protège la pratique du journalisme dans la plupart des médias, précise Antoine Genton. La SDJ réclame "une commission de conciliation" pour sortir de la crise.

"Les pistes Zemmour et Bogdanov à l'étude"

Ce "coup de massue", selon les mots d'une gréviste, n'est pas la seule humiliation infligée aux journalistes d'i-Télé ce mercredi matin. "Il nous a fait du Serge Nedjar, il est resté arc-bouté sur ses positions", commente notre témoin. Plusieurs grévistes rapportent des propos peu amènes de leur directeur.

Il nous a dit : 'Je n'ai rien contre cette rédaction mais il y en a certains que je n'aime pas'.

Un gréviste

à franceinfo

Pour le reste, Maxime Saada a conforté Jean-Marc Morandini, estimant qu'il n'y avait "aucun problème avec le contenu de l'émission", pourtant vilipendée dans la presse depuis lundi et boudée par les annonceurs. "Et il nous a confirmé que les pistes Zemmour et frères Bogdanov étaient à l'étude", s'insurge un gréviste. Thibault Malandrin, de la SDJ de TF1 venu soutenir i-Télé, résume : "On comprend que le projet de la direction, c'est tout sauf une chaîne d'info." 

"Je pense sérieusement à partir"

A tel point que beaucoup de journalistes songent à partir. Mercredi matin, Jean-Michel Décugis, le chef du service police-justice, a annoncé son départ. "On est tous atteints. Je pense sérieusement à partir", explique un "bébé i-Télé", qui a fait ses débuts à la chaîne. La direction, qui a proposé aux journalistes de faire jouer leur clause de conscience, semble n'attendre que ça. Mais "comment peut-on se prononcer alors qu'on ne connaît pas le projet ?" observe un gréviste.

La direction leur a donné un délai supplémentaire pour invoquer la clause, jusqu'au 4 novembre. "Cela nous laisse le temps de voir la nouvelle grille, même si rien ne nous garantit que ce sera celle de novembre, de décembre, observe une journaliste. Ils nous ont assuré qu'il n'y aurait que 'quelques ajustements à la marge'. Mais comme ils nous ont menti depuis le début..." Un peu plus loin, une équipe de "Touche pas à mon poste", l'émission de Cyril Hanouna, proche de Vincent Bolloré, tente un micro-trottoir : "Pour ou contre les frères Bodganov ?"