Pourquoi le procès de l'affaire Zahia va faire pschitt

Pas de prévenus vedettes, pas de victime, pas d'accusation, pas de preuve, le procès qui s'ouvre lundi a peu de chances d'être riche en révélations.

Karim Benzema (à gauche) et Franck Ribéry, lors d\'un échauffement lors de l\'Euro 2012, à Kircha, en Ukraine, le 12 juin 2012. 
Karim Benzema (à gauche) et Franck Ribéry, lors d'un échauffement lors de l'Euro 2012, à Kircha, en Ukraine, le 12 juin 2012.  (FRANCK FIFE / AFP)

L'affaire avait défrayé la chronique, quelques mois avant la funeste Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Deux footballeurs de l'équipe de France, Franck Ribéry et Karim Benzema, étaient accusés d'avoir eu des relations sexuelles avec une prostituée mineure, Zahia Dehar. Depuis quatre ans, l'affaire n'a guère avancé, entre reports et questions de procédure. Lundi 20 janvier, le procès s'ouvre enfin. Mais ne vous attendez pas à de grandes révélations.

Accusés et victimes disent la même chose

Franck Ribéry, Karim Benzema et Zahia Dehar sont d'accord : il faut passer à autre chose. Les deux footballeurs veulent tourner la page d'un épisode embarrassant pour leurs carrières. Ça tombe bien, la jeune femme ne les accuse pas. "Elle ne demande rien", résume Daniel Vaconsin, son avocat. Elle n'est plus partie civile, ne témoignera pas contre les stars du ballon rond lors du procès et souhaite la relaxe des deux joueurs. Car depuis la révélation de l'affaire, la jeune femme s'est lancée dans la mode, chaperonnée par Karl Lagerfeld, plus récemment dans la pâtisserie et a déposé son nom comme une marque.

Le point clé de l'affaire, c'est l'âge de Zahia au moment des faits. Franck Ribéry a reconnu les faits : deux relations sexuelles à Munich, une rencontre à Paris, mais affirme ignorer qu'elle était mineure au moment des faits – en 2009, elle avait 17 ans. Karim Benzema, lui, a rencontré la jeune femme en 2008, après une cérémonie de remise des prix, dans un hôtel parisien. Mais a nié avoir eu tout rapport sexuel avec elle. Aux deux joueurs, Zahia Dehar affirme avoir menti. 

L'accusation ne tient plus qu'à un fil

Dans un premier temps, le parquet avait requis un non-lieu pour les deux joueurs. Le dossier n'a été rouvert que sur l'insistance du juge d'instruction, qui pense que les deux hommes ne pouvaient pas ignorer que Zahia était mineure. Le raisonnement, un peu alambiqué, du juge est que Zahia n'avait pas le choix. Si elle leur disait qu'elle était mineure, elle aurait fait fuir tous ses clients. Donc le fait qu'elle ait menti ne dédouane pas Ribéry et Benzema : ils auraient dû chercher à vérifier si Zahia avait l'âge qu'elle prétendait.

Le 18 juin 2013, date initiale prévue pour le procès, l'avocat de Ribéry a déposé une question prioritaire de constitutionnalité, un recours où ce dernier affirme que la loi sur laquelle se base l'accusation n'est pas assez précise. Conséquence : la Cour de cassation estime qu'il faut faire la preuve que les joueurs ignoraient l'âge de la jeune femme. "C'est aujourd'hui une affaire fragile, résume l'avocat de Franck Ribéry, Carlo Alberto Brusa, dans L'Equipe. L'ordonnance de renvoi se base sur des supputations tirées par les cheveux. Personne ne savait que Zahia était mineure. Elle-même le dit dans sa déposition."

Personne n'est présent à la barre

Ni Ribéry, ni Benzema, ni l'ex-call girl ne seront présents à l'audience. L'avocat de l'ailier du Bayern espère éviter "un déballage sordide" et compte bien demander le huis clos, note Le Nouvel Observateur

En revanche, les seconds couteaux de l'affaire, le beau-frère de Franck Ribéry ou "Abou", l'ancien candidat de la "Nouvelle Star" qui faisait office d'entremetteur, seront présent au tribunal.