Qui était Malik Oussekine dont le drame fait l'objet d'une série événement ?

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Article rédigé par
Cédric Cousseau - franceinfo
France Télévisions

Malik Oussekine était un étudiant de 22 ans. Il est mort en 1986 après avoir été frappé par des policiers en marge d'une manifestation contre un projet de réforme des universités. La série qui porte son nom est née de l'envie de faire connaître et reconnaître son histoire.

Jamais une fiction ni une production française n'avait encore relaté le drame de Malik Oussekine, étudiant français d'origine algérienne, décédé après avoir été roué de coups par des policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre 1986. Elle est désormais racontée à l'écran, 36 ans plus tard, avec "Oussekine" d'Antoine Chevrollier ("Baron Noir", "Le Bureau des Légendes"). La série de 4 épisodes d'une heure chacun, richement documentée, sera disponible à partir du 11 mars sur la plateforme Disney+.

L'acteur Sayyid El Alami interprète Malik Oussekine.  (JEAN-CLAUDE LOTHER / Disney)

"Malik avait plein de rêves, des envies d'apprendre, c'était un jeune homme comme un autre. Son histoire est celle d'injustices", estime l'acteur Sayyid El Alami qui incarne le jeune homme de 22 ans victime de la brutalité de "voltigeurs", ces représentants de l'ordre à moto, venus disperser par la force des manifestants alors opposés à la réforme des universités, le projet de loi Devaquet. Malik Oussekine n'avait pourtant rien à voir avec le mouvement estudiantin, il sortait d'un concert de jazz et s'est retrouvé face à des policiers armés de bâtons qui l'ont poursuivi et battu à mort dans le hall d'un immeuble de la rue Monsieur-le-Prince à Paris où il pensait trouver réfuge.

Regardez notre entretien avec Sayyid El Alami :

La série revient sur les circonstances du décès de Malik Oussekine qui a engendré une vague d'émotion dans le pays avec des marches réunissant des milliers d'étudiants de France et d'Europe, des enseignants, des parents ... Une génération a retenu la formule proclamée lors de ces rassemblements : "Plus jamais ça". Plus jamais de violences policières, plus jamais de racisme. 

Hommage à Malik Oussekine un an après sa disparition (AFP)

Le contexte de la cohabitation

Après la disparition de Malik Oussekine, les membre de sa famille livrent un âpre combat, soutenus par l'avocat Maître Georges Kiejman, pour qu'éclate la vérité face aux tentatives de l'Etat d'étouffer l'affaire en prétextant une mort qui serait d'abord la conséquence d'une pathologie rénale chez Malik. La série aborde également la volonté de discréditer le jeune homme en le faisant passer pour terroriste, surfant sur l'attentat meurtrier de la rue de Rennes quelques semaines plus tôt à Paris et perpétré par un réseau terroriste pour le compte du Hezbollah libanais.

L'année 1986 nous ramène ainsi à la cohabitation avec d'un côté un ministre de la Sécurité (Robert Pandraud) et de l'Intérieur (Charles Pasqua) ancrés à droite et prenant le parti de défendre l'institution policière et de l'autre, un président socialiste, François Mitterrand, qui fera le choix de se rendre au domicile de la famille Oussekine pour lui exprimer "sa peine devant ce grand malheur", accompagné des caméras de télévision.

"Il nous a semblé primordial de raconter aussi l'instrumentalisation de l'affaire. La famille a dû faire son deuil dans ce contexte où tout d'un coup le fils disparu devient un enjeu que se disputent les politiques", rapporte ainsi Julien Lilti, l'un des co-auteurs de la série "Oussekine" et interrogé par franceinfo.

Trois ans plus tard, à l'issue de leur procès, deux policiers voltigeurs poursuivis pour "coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner" écopent de peines de prison avec sursis. Sarah, la soeur de Malik Oussekine se dira "plus que déçue". "Je pense surtout à ma mère, je vais rentrer et lui dire voilà, les types qui ont tué Malik sont libres."

Sarah Oussekine en 1990 :

Ces propos comme beaucoup d'autres prononcés au moment des faits sont retranscrits au mot près dans la série qui a fait l'objet de longs échanges avec la famille et d'un important travail de recherches des faits, d'archives, de témoignages.

De multiples références dans la culture

La tragédie de Malik Oussekine a depuis suscité un rare livre, "La mort indigne de Malik Oussekine", rédigé par Nathalie Prévost alors étudiante en journalisme et amie de collège avec Sarah Oussekine. Et de nombreuses références dans la musique comme dans le titre "L'Etat assassine" du groupe Assassin qui rappe "Personne d'entre nous ne veut finir comme Malik Oussekine". La chanson se retrouve dans le film "La Haine" de Mathieu Kassovitz et donnera à Antoine Chevrollier l'envie de tourner la série "Oussekine".

Plus récemment, un tag "Malik Oussekine" apparaît dans le film "Suprêmes" consacré aux origines du groupe NTM et au malaise dans les banlieues françaises à la fin des années 1980.

Extrait du film "Suprêmes" sorti en 2021. (Capture d'écran)

Le hasard veut qu’une autre œuvre revienne également ce mois-ci sur la mort de Malik Oussekine avec “Nos Frangins”, un long métrage de Rachid Bouchareb avec notamment Reda Kateb. Le film sera projeté au Festival de Cannes (Cannes Première) qui débute le 17 mai. "Une super bonne nouvelle, aux yeux d'Antoine Chevrollier. Plus le nom résonnera, plus l'histoire sera racontée et plus le travail sera fait. On est ensemble (avec Rachid Bouchareb dans ce travail)."

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