"Pour apprendre, il faut lire de vous-même" : dans les Territoires palestiniens, la Shoah reste peu (ou pas) enseignée à l’école

Israël commémore les 75 ans de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz. Pour les Palestiniens, la perception des persécutions des Juifs est un sujet toujours sensible.

Le jardin du mémorial Yad Vashem à Jerusalem, en 2010.
Le jardin du mémorial Yad Vashem à Jerusalem, en 2010. (MARCO LONGARI / AFP)

Dans son bureau avec vue imprenable sur les immeubles de Ramallah, Saleem, un jeune Palestinien tout juste diplômé, pointe du doigt ses quelques livres sur la Shoah. "En Palestine, si vous voulez en apprendre davantage [sur l'extermination des Juifs lors de la Seconde guerre mondiale] il faut lire de vous-même, mais très peu de personne le font", déplore-t-il, en justifiant cette situation par le fait que "la plupart des Palestiniens voient l’Holocauste comme une des raisons de la Nakba [en 1948], lorsque les Juifs ont quitté l’Europe pour avoir un Etat et qu’ils ont commencé à occuper notre terre."     

La communauté internationale se réunit en Israël, jeudi 23 janvier, pour marquer le 75e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, où plus d'un million de Juifs ont été assassinés. Mais pour les Palestiniens, la perception de ces persécutions est un sujet toujours sensible et tabou. Ils sont nombreux à lier la Shoah à la Nakba, la "grande catastrophe" en arabe, la guerre israélo-arabe de 1948 qui a provoqué le déplacement forcé de 700 000 Palestiniens et permis la création de l’Etat d’Israël.

L'histoire du peuple juif reste difficile à entendre

Dans les territoires palestiniens, l’événement n’est donc que peu, voire pas du tout, enseigné dans les cursus scolaires. L’horreur de la déportation est bien mentionnée à l’université, ou dans quelques musées, mais l’empathie pour la douleur et l’histoire du peuple juif reste difficile à entendre pour certains Palestiniens. Il n’est pas rare non plus de voir des tags antisémites sur les murs.

Saleem a eu envie de comprendre. Il est l’un des premiers étudiants palestiniens à s’être inscrit quand, en 2014, son professeur de l'université Al-Quds de Jérusalem a proposé un voyage à Auschwitz. "C’était un voyage très sensible, dit-il avec recul, Si j’ai l’opportunité d’y retourner, je le ferai."

Aller à Auschwitz, voir ce qui avait pu se passer là-bas… Sur place, on a tous ressenti la souffrance et l’horreurSaleem, étudiant palestinienà franceinfo

Mohammed Dajani Daoudi, le professeur qui est à l’origine de ce voyage universitaire, estime qu'il y a une nécessité de parler de la Shoah aux Palestiniens et d’apprendre à mieux l’enseigner. "Il faut éclaircir certaines idées préconçues, explique-t-il, même dans la tête de certains professeurs qui peuvent enseigner cette période du côté humain mais sans la lier, forcément, à la politique."  

Mohammed Dajani Daoudi aimerait aussi que tous ses élèves puissent avoir le droit d’aller à Jérusalem, pour visiter le mémorial de Yad Vashem. Ce qui n’est pas le cas. Pour accéder à la ville "trois fois sainte", les Palestiniens des Territoires doivent d’abord obtenir un permis délivré par les autorités israéliennes.