Édouard Philippe : « J’ai été profondément choqué qu’à Fort-de-France on déboulonne les statues de Victor Schoelcher »

« L’histoire de France est un bloc. La Révolution est un bloc. (…) Nous prenons tout, car nous n’avons pas le choix, c’est notre histoire » a estimé le premier ministre. « Nous devons regarder notre histoire en face » dit-il, appelant à reconstruire la statue « du général Dumas ».

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Prendre toute l’histoire de France. Interrogé lors des questions d’actualité au gouvernement au Sénat, ce mercredi 17 juin, le premier ministre Édouard Philippe a réagi aux polémiques récentes sur la place donnée à certains personnages de l’histoire de France, suite aux manifestations engendrées dans plusieurs pays par la mort de l’américain George Floyd. 

« L’histoire de France est un bloc. La Révolution est un bloc, pour aller dans les sens du président Retailleau. Et dans la Révolution, nous prenons Condorcet et Saint-Just, Danton et Robespierre, Valmy et la Vendée, le général Dumas et le général Bonaparte. Nous prenons tout. Car nous n’avons pas le choix, c’est notre histoire. Avec des choses glorieuses, des choses plus compliquées et même des choses en rien glorieuses et franchement sombres » a expliqué le premier ministre, en réponse à une question du sénateur LR, Max Brisson.

« Peut-on me désigner une période de l’histoire où un homme ou une femme serait en tout ce qu’il a fait lumineux, et n’aurait pas sa part d’ombre, sérieusement ? » a demandé Édouard Philippe, engendrant un moment plus léger : « Au Sénat on met dit "il y a Gérard Larcher"… Je crains, Monsieur le président, que même vous ! » lance-t-il avec le sourire en regardant le Plateau. « Avant moi, il y a eu l’Abbé Grégoire » rétorque le président du Sénat, évoquant l’ancien sénateur qui fut en faveur de l’abolition des privilèges et de l’esclavage après la Révolution. « Même lui ! » sourit encore le premier ministre.

Plus sérieusement, Edouard Philippe continue : « Notre histoire est glorieuse et compliquée et vouloir procéder à une forme d’épuration mémorielle me paraît aussi dangereux que de vouloir procéder à d‘autres types d‘épurations ». « Nous devons regarder notre histoire en face. Et c’est ce que nous faisons, ce qui n’est pas toujours facile d’ailleurs », dit-il, ajoutant que « dans le processus scientifique qu’est l’histoire, l’histoire s’écrit en permanence ».

Edouard Philippe s’est aussi dit « profondément choqué qu’à Fort-de-France, on déboulonne les statues de Victor Schoelcher », entraînant des applaudissements dans l’hémicycle. « Profondément déçu que la République, la IVe d’abord, la Ve ensuite, ne reconstruise pas la statue du général Dumas, qui a été fondue par les Nazis en 1940 ou 1941 », il estime que « nous pourrions lutter pour reconstruire la statue du général Dumas ». Et de citer Anatole France, qui disait que « "le plus grand des Dumas, c’est le fils de la négresse". Aujourd’hui, le mot est impossible, à juste titre ». Le général Dumas, père d’Alexandre Dumas, l’auteur des Trois mousquetaires, était un général de la Révolution française. Originaire des Antilles, il est né à Saint-Domingue, devenu Haïti. Il est le fils d’un noble normand et d’une esclave d’origine africaine.

Dijon : « Il n’y a pas eu d’anticipation en matière de renseignements » reconnaît Christophe Castaner

Interrogé sur les événements de Dijon par la sénatrice centriste de Côte d’Or, Anne-Catherine Loisier, Christophe Castaner a reconnu « il n’y avait pas eu d’anticipation en matière de renseignements » et assure qu’il n’était pas question que la République recule face à « des hordes sauvages totalement insupportables ».

Lors des questions d’actualité du Sénat, le ministre de l’Intérieur est évidemment revenu sur les affrontements qui ont opposé, pendant plusieurs jours, des jeunes d’origine tchétchènes et les habitants d’un quartier populaire de Dijon. C’est la sénatrice centriste de Côte d’Or, Anne-Catherine Loisier qui a interrogé Christophe Castaner. Pourquoi ces événements « n’ont-ils pas été anticipés par les services de renseignements » ? « Pourquoi a-t-il fallu attendre trois jours pour que des renforts soient effectifs ? ».

Sans répondre à ces deux questions, Christophe Castaner a d’abord reconnu « qu’au moment où ce groupe d’individus est apparu dans la ville de Dijon (les jeunes d’origine tchétchène), il n’y avait pas eu d’anticipation en matière de renseignements ». Un constat fait également par le maire PS de Dijon, François Rebsamen.« Il y a dans la police ce qu’on appelle le Renseignement territorial. Ce sont eux qui doivent prévenir les préfets, le maire, d'événements graves qui vont se passer sur le territoire à l’avance par des informations qu’ils récupèrent. En vérité, ils ont été en deçà de la main puisque personne n’a vu venir cette horde de Tchétchènes qui sont venus faire respecter leur droit à eux qui n’est pas celui de la République ». a-t-il déploré sur BFMTV.

Le ministre a ensuite parlé « de hordes sauvages totalement insupportables » avant de réaffirmer « qu’il n’était pas question qu’il y ait un mètre carré dans notre pays où la République recule, y compris face à ces violences extrêmes ».

En ce qui concerne Dijon, le ministre a demandé au préfet à ce que 200 hommes et femmes des services de police et de gendarmerie restent présents la BRI et le RAID restent sur place dans les jours qui viennent.

« Je sais l’émotion. Je la partage. Ce qui s’est passé est inacceptable, insupportable. Sachez qu’où que ce soit en France, nous ferons reculer ces pratiques de voyous ».

Questions d\'actualité au gouvernement (17/06)
Questions d'actualité au gouvernement (17/06) (Public Sénat)