Guerre en Ukraine : le chef pro-Poutine Valery Gergiev congédié par l'orchestre philharmonique de Munich

Le maire de Munich Dieter Reiter avait laissé à Valery Guerguiev jusqu'à lundi pour se "distancer de façon claire et catégorique" de l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

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France Télévisions Rédaction Culture
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Le chef d'orchestre russe lors du concert annuel Nuit d'été de l'Orchestre philharmonique de Vienne dans le parc du château de Schönbrunn à Vienne, Autriche, le 31 mai 2018. (ROMAN ZACH-KIESLING / APA-PICTUREDESK)

L'orchestre philharmonique de Munich a décidé de "se séparer" du chef d'orchestre Valery Gergiev, réputé proche de Vladimir Poutine, a annoncé mardi le maire de la ville allemande, qui reproche au maestro de ne pas avoir dénoncé l'invasion de l'Ukraine.

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"Munich se sépare du chef d'orchestre principal Valery Gergiev. Il n'y aura donc plus de concerts de l'Orchestre philharmonique de Munich sous sa direction à partir de maintenant", a expliqué dans un communiqué l'édile de la ville bavaroise Dieter Reiter.

"Séparation immédiate"

Vendredi dernier, Dieter Reiter avait laissé à Valery Guerguiev jusqu'à lundi pour se "distancer de façon claire et catégorique" de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Mais le prestigieux chef d'orchestre de 68 ans, l'un des plus sollicités au monde, a maintenu son mutisme. "J'aurais attendu de lui qu'il reconsidère et révise son appréciation très positive du dirigeant russe. Il ne l'a pas fait", regrette le maire de Munich.

"Dans la situation actuelle, il aurait pourtant été indispensable d'envoyer un signal clair à l'orchestre, à son public, à l'opinion publique et à la politique de la ville pour pouvoir continuer à travailler ensemble", précise-t-il. "Comme cela n'a pas été le cas, il ne reste qu'une séparation immédiate", conclut Dieter Reiter.

Fidélité à Poutine

Outre son activité principale en tant que chef d'orchestre de la philharmonie de Munich, Valery Gergiev est également directeur général du théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg.

En 2018 lors d'un entretien avec l'AFP, Valery Gergiev s'était félicité de la réélection pour un quatrième mandat de M. Poutine, qu'il disait rencontrer "cinq à six fois par an".

Sa proximité avec Vladimir Poutine, qu'il connaît depuis 1992, et sa loyauté envers le président russe, notamment lors de l'annexion de la Crimée, ainsi que sa participation à des concerts en Ossétie du Sud bombardée et à Palmyre aux côtés de l'armée syrienne, lui ont valu maintes polémiques cette dernière décennie.

Sa tournée américaine, en 2015, avait été perturbée par des manifestations d'opposants à Poutine lui reprochant de défendre l'annexion de la Crimée par la Russie.

"Il y a 20 ans, la Russie était au plus bas. Je ne dis pas que Poutine, à lui tout seul, lui a redonné son importance internationale, mais je crains que ce soit le cas", estimait-il à l'époque.

Au ban de la scène culturelle

Jusqu'ici, aucune de ces prises de position ne l'avait empêché de diriger un concert. Mais son refus de désavouer l'agression militaire déclenchée en Ukraine par Poutine a changé la donne.

Dès le lancement de l'offensive russe en Ukraine, plusieurs orchestres et festivals en Europe et aux Etats-Unis ont annulé leurs engagements avec le musicien.

Lundi, la Philharmonie de Paris ainsi que le prestigieux festival suisse de Lucerne ont annoncé avoir annulé plusieurs dates de ses concerts en signe de "solidarité" avec "le peuple ukrainien".

En Suisse, le Verbier Festival, puis le festival d'Edimbourg, en Ecosse, plus grand événement mondial de spectacle vivant, ont demandé et accepté la démission de Valery Gergiev du poste de directeur musical de leur orchestre.

Vendredi, la célèbre salle new-yorkaise Carnegie Hall avait écarté le chef d'orchestre russe d'une série de représentations. Dimanche, c'est son agent artistique allemand, Marcus Felsner, qui avait décidé de cesser de représenter Gergiev.

Saluant "un des plus grands chefs d'orchestre de tous les temps", il avait expliqué sur Facebook ne plus pouvoir défendre les intérêts de son client "qui ne voudra pas, ou ne pourra pas, mettre publiquement un terme à son soutien de longue date à un régime qui a commis de tel crimes".

Charismatique, le maestro russe à la barbe de trois jours avait aussi fait l'objet de vives critiques pour son hyperactivité -jusqu'à 275 concerts annuel- impliquant parfois un manque de rigueur.

Après huit ans à la tête du London Symphony Orchestra, il avait notamment été épinglé par le quotidien anglais The Guardian pour ses concerts de "routine et parfois mal préparés". Les mêmes reproches lui avaient été adressés à Munich plus tard.

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