Le prix Nobel de littérature est attribué au romancier tanzanien Abdulrazak Gurnah

L'académie suédoise salue "son traitement sans compromis et plein de compassion des effets du colonialisme et du sort du réfugié dans le fossé entre les cultures et les continents".

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France Télévisions Rédaction Culture
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L'auteur tanzanien Abdulrazak Gurnah, le 13 eptembre 2016 à Londres (Royaume-Uni). (DINENDRA HARIA / SHUTTERS / SIPA / REX)

Le prix Nobel de littérature est attribué à Abdulrazak Gurnah. Le romancier tanzanien de 74 ans, connu notamment pour son roman Paradise, a été récompensé jeudi 7 octobre "pour son traitement sans compromis et plein de compassion des effets du colonialisme et du sort du réfugié dans le fossé entre les cultures et les continents", a salué l'académie suédoise sur son compte Twitter.


En 2020, c'est la poétesse américaine Louise Glück, âgée de 77 ans, qui l'avait remporté.

Elargissement géographique

Le romancier Abdulrazak Gurnah est le premier auteur noir à recevoir la plus prestigieuse des récompenses littéraires depuis 2013, décernée à  la romancière afro-américaine Toni Morisson.

Cette année, les conjectures ont beaucoup tourné autour de la promesse de l'Académie d'élargir ses horizons géographiques. Même si le président du comité Nobel Anders Olsson avait pris soin de réaffirmer en début de semaine que le "mérite littéraire" restait "le critère absolu et unique".

Le prix est historiquement très occidental et depuis 2012 et le Chinois Mo Yan, seuls des Européens ou des Nord-Américains avaient été sacrés.
Sur les 117 précédents lauréats en littérature depuis la création des prix en 1901, 95, soit plus de 80% sont des Européens ou des Nord-Américains. Avec le prix 2021, ils sont 102 hommes au palmarès pour 16 femmes. 

Sur les quelque 200 à 300 candidatures soumises bon an mal an à l'Académie, cinq sont retenues avant l'été. Les membres du jury sont chargés de les lire attentivement et discrètement avant le choix final peu avant l'annonce. Les délibérations restent secrètes pendant 50 ans.

Loin des "descriptions stéréotypiques" sur l'Afrique

Abdulrazak Gurnah est né en 1948 sur l'île de Zanzibar, dans l'océan Indien. En 1968, il est contraint de se réfugier en Grande-Bretagne pour fuir l'oppression et la persécution dont sont victimes les citoyens d'origine arabe sous le régime du président Abeid Karume, arrivé au pouvoir après l'accession à l'indépendance. Il n'a pas pu retourner dans son pays avant 1984.

Abdulrazak Gurnah a commencé à écrire à l'âge de 21 ans, d'abord dans sa langue maternelle, le swahili, puis l'anglais est devenu sa langue littéraire. Il a publié dix romans et plusieurs nouvelles, une oeuvre marquée par la souffrance des réfugiés.

Il a été professeur de littérature anglaise et postcoloniale à l'Université du Kent à Canterbury, spécialiste des écrivains tels que Wole Soyinka, Ngũgĩ wa Thiong'o et Salman Rushdie.

La poésie arabe et persane, en particulier Les mille et une nuits, ont été pour lui une source d'inspirtation importante, tout comme les sourates du Coran. Mais la tradition anglophone, de Shakespeare à V. S. Naipaul, a également marqué son œuvre précise l'Académie suédoise. Il a "sciemment rompu avec les conventions, bousculant la perspective coloniale, pour mettre en valeur celle des populations autochtones", précise la biographie publiée sur le site de l'Académie suédoise.

Son oeuvre s'éloigne des "descriptions stéréotypiques et ouvre notre regard à une Afrique de l'Est diverse culturellement qui est mal connue dans de nombreuses parties du monde", a expliqué le jury.

Après les sciences en début de semaine, la saison Nobel se poursuit vendredi à Oslo avec la paix, pour s'achever lundi avec l'économie.

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