Dans le sillage du mouvement "Black lives matter", les écrivains noirs plébiscités en librairies

En cette rentrée littéraire 2020, dans la lignée du mouvement "Black lives matter", les ouvrages rédigés par des écrivains noirs sont plébiscités. L'expression d'un "éveil des consciences" selon les maisons d'édition.

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France Télévisions Rédaction Culture
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La romancière Brit Bennett en 2017. (AFP Leonardo Cendamo/Leemage)

Un manuel antiraciste, la biographie de l'icône américaine Maya Angelou ou des essais qui parlent de "race": les auteurs noirs, souvent anglo-saxons, sont plébiscités par des maisons d'édition françaises, dans le sillage du mouvement "Black lives matter" (les vies noires comptent).

Dans la foulée de Black lives matter

Les Américains Colson Whitehead (deux prix Pulitzer, en 2017 et 2020), Ta-Nehisi Coates, Ibram X. Kendi, Brit Bennett, ou encore la Britannico-nigériane Bernardine Evaristo : impossible pour les lecteurs de ne pas avoir vu ces noms ces dernières semaines en librairie. Leur point commun ? Tous sont des auteurs noirs. Et de l'aveu même des éditeurs, cette profusion de romans et essais est propre à la rentrée littéraire 2020.

Une rentrée singulière, avec, en toile de fond, la résurgence des questions liées au racisme et aux discriminations, notamment grâce au mouvement américain "Black lives matter".

Ce mouvement, né sous le mandat de Barack Obama, s'est imposé dans l'actualité avec la mort de George Floyd, cet Afro-américain qui agonisait lors de son interpellation par des policiers, blancs, à Minneapolis. Ce fait divers a déclenché une vague de manifestations à travers les Etats-Unis et ailleurs dans le monde, et a poussé quantité de personnes à se tourner vers de nouvelles ressources, notamment littéraires.

Pas d'opportunisme

"Nous n'avons pas attendu 'Black lives matter' pour publier des ouvrages d'auteurs noirs", se défend auprès de l'AFP Claire Fercak, de la maison d'édition Autrement, qui a sorti fin août L'autre moitié de soi de Brit Bennett. Sorti en juin aux États-Unis, le roman, sur l'identité afro-américaine, est resté en tête des ventes pendant plusieurs semaines. Les droits ont même été rachetés par la chaîne HBO qui compte en faire une série.

Mais pour la maison d'édition française, pas d'opportunisme: "on suit Brit depuis 2017, date à laquelle nous avions publié son premier roman" (Le coeur battant de nos mères), indique Mme Fercak. "Engagée" sur les questions liées au racisme, la maison d'édition avait publié dès 2016 l'essai Une colère noire de Ta-Nehisi Coates. Best-seller aux Etats-Unis, il s'est écoulé à 53 600 exemplaires en France.

Forte de ce succès, elle a publié deux ans plus tard Le racisme est un problème de Blancs, de la Britannique Reni Eddo-Lodge. Sa version originale, Why I'm no longer talking to white people about race avait fait polémique avant de remporter plusieurs récompenses. Il est aujourd'hui l'un des ouvrages de référence, loué par des stars comme l'actrice Emma Watson.

La "question de la race" universelle

Depuis, d'autres maisons d'édition ont investi le champs des auteurs noirs, comme l'éditeur Globe qui a notamment publié Fille, femme, autre, de Bernardine Evaristo, co-lauréate du prestigieux Booker Prize en 2019. Le livre raconte la vie de femmes majoritairement noires en Grande-Bretagne. "Ce sont des sujets qui sont dans l'air du temps et il était donc naturel que nous nous y intéressions", explique son éditrice, Valentine Gay.

Côté essai, l'éditeur Alisio a publié le manuel Comment devenir antiraciste de l'universitaire américain Ibram X. Kendi, vendu à plus d'un million d'exemplaires aux Etats-Unis. Danaé Tourrand, son éditrice, est convaincue qu'il saura trouver son public. "Si en France les questions de races sont traitées différemment qu'aux États-Unis, les mécanismes à l'oeuvre sont les mêmes".

Pour elle, si l'actualité a donné une visibilité accrue à ces ouvrages, ils étaient "en préparation chez les éditeurs depuis des mois". "Black lives matter' a favorisé la diffusion et la vulgarisation d'idées mais il y a surtout un éveil des consciences", complète Brigitte Bouchard, fondatrice de Notablia, qui republie une partie de la biographie de Maya Angelou, écrivaine et militante des droits civiques américaine décédée en 2014.

Plus qu'une simple tendance éditoriale (et commerciale), la présence de ces auteurs est une lame de fond, selon ces éditrices. Un mouvement en germe depuis quelques années, avec des auteurs devenus des classiques, comme James Baldwin (1924-1987), redécouvert par les jeunes générations avec le documentaire I'm not your negro (2016), ou la Nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, auteure du best-seller Americanah.

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