Gabriel Matzneff, le parcours d'un écrivain sulfureux et controversé, accusé de viols sur mineurs

L'écrivain de 83 ans est aujourd'hui visé par une enquête pour "viols sur mineur", suites aux révélations de Vanessa Springora dans son livre "Le consentement". 

Gabriel Matzneff, en janvier 2009.
Gabriel Matzneff, en janvier 2009. (MARC CHARUEL / AFP)

Tout Gabriel Matzneff - l'homme, son oeuvre et la polémique qui l'accompagne - semble contenu dans son essai de 1974, Les moins de seize ans, qui décrit son attrait pour les adolescents des deux sexes. L'écrivain de 83 ans au crâne rasé est aujourd'hui visé par une enquête pour "viols commis sur mineur", ouverte le 3 janvier par le parquet de Paris au lendemain de la sortie du livre de l'éditrice Vanessa Springora.

Dans Le consentement, l'autrice raconte sa relation sous emprise, à 14 ans, avec l'écrivain Gabriel Matzneff alors quinquagénaire. Ce tournant judiciaire pose ouvertement la question de la tolérance après mai 68 d'une partie du monde intellectuel et artistique vis-à-vis de la pédophilie et d'un auteur en vogue dans les années 70.

Milieux russes blancs de Paris

Celui qui ciblait ses rencontres dans les années 70 à la très chic piscine Deligny de Paris, a publié une dizaine de romans, des recueils de poèmes, quatre récits, quinze essais, un énorme Journal intime, deux volumes de courrier électronique.  Des livres largement traduits, même s'il n'a vendu que 1.000 exemplaires du 14e volume de son Journal, le 15e étant sorti fin 2019.

>> L'article à lire pour comprendre l'affaire Gabriel Matzneff, un écrivain aux pratiques pédophiles assumées

L'ambiance des milieux russes blancs de Paris occupe une place importante dans les livres de cet écrivain né le 12 août 1936 à Neuilly-sur-Seine, dans une famille issue de l'émigration russe provoquée par la Révolution de 1917. Après le divorce de ses parents, son enfance se déroule dans un milieu cultivé.

Prix Renaudot en 2013

En 1954, il suit à la Sorbonne des études de lettres et de philosophie, noue une "amitié orageuse", selon ses mots, avec Henry de Montherlant. Après son service militaire en Algérie et en métropole, il tente de se suicider et est interné deux mois en neuro-psychiatrie. Il écrit dans Combat, approfondit sa connaissance de la religion orthodoxe, voyage, se marie, divorce. En 1965, paraît son premier essai Le Défi, suivi un an plus tard de son premier roman, L'Archimandrite. Au fil des ans, livres et rencontres vont se succéder. Chacune est l'occasion d'une page, d'un chapitre, d'un ouvrage.

En 1989, le président François Mitterrand écrit à son propos, admiratif mais prudent : "Je l'ai connu lorsqu'il était un très jeune auteur, vif, grave et léger, un peu littérateur (...). J'ai perdu de vue le personnage qu'il est devenu, jamais l'écrivain qu'il est resté". Chroniqueur depuis 2013 du Point.fr sur la spiritualité et les religions, il reçoit cette année-là le Renaudot de l'essai, son premier prix littéraire, pour Séraphin, c'est la fin. Le jury avait voulu "faire preuve de compassion", explique aujourd'hui l'un de ses membres, Frédéric Beigbeder, tout en reconnaissant un choix "maladroit".