De sa démission aux accusations du "New York Times", l'affaire Christophe Girard en quatre actes

Un homme de 46 ans affirme dans une enquête du quotidien américain que l'ex-adjoint à la culture de la mairie de Paris l'a contraint à des rapports sexuels avec lui dans les années 1990.

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Christophe Girard, alors maire du 4e arrondissement parisien, est photographié le 5 septembre 2014 à Paris. (JOEL SAGET / AFP)

L'accusation est grave. Une enquête publiée par le New York Times, dimanche 16 août, affirme que Christophe Girard a contraint un adolescent, Aniss Hmaïd, à avoir des rapports sexuels avec lui dans les années 1990. L'article du quotidien américain s'appuie sur le témoignage de cet homme aujourd'hui âgé de 46 ans. "Une nuit, à Washington, écrit le prestigieux quotidien américain, l'adolescent est réveillé par Christophe Girard en train de le masturber. Il a 16 ans et c'est sa première expérience sexuelle."

Dans son témoignage, Aniss Hmaïd évoque d'autres relations subies, à l'image de celle-ci, pendant une dizaine d'années. Des propos qualifiés de "calomnieux" par l'ancien adjoint à la culture à la mairie de Paris. Retour en actes sur les mises en cause qui concernent Christophe Girard depuis le début de l'été. D'abord par les élus écologistes de la majorité municipale, puis par cet article du New York Times.

1Des écologistes s'opposent à sa nomination

Dès le 2 juillet, des membres du groupe écologiste à la mairie de Paris font savoir qu'ils ont demandé "expressément" à la maire socialiste Anne Hidalgo de renoncer au choix de Christophe Girard comme maire adjoint en charge de la culture. "La mairie de Paris doit nommer ce vendredi, lors du premier Conseil de Paris, au poste de maire adjoint à la culture, un homme dont les liens avec Gabriel Matzneff, qui sera jugé en 2021 pour apologie de viol aggravé, ont été avérés dans plusieurs articles ou livres", écrit ainsi sur Twitter l'élue écologiste parisienne Alice Coffin. Elle demande à Anne Hidalgo de "renoncer à ce choix".

Christophe Girard avait été entendu en mars 2020 par la police, en tant que témoin, sur ses liens avec l'écrivain Gabriel Matzneff, qui est accusé d'actes pédocriminels.

2Des élues manifestent devant la mairie de Paris

Le 23 juillet, Raphaëlle Rémy-Leleu et Alice Coffin, militantes féministes et élues écologistes qui font partie de la majorité municipale, participent à une manifestation devant l'hôtel de ville pour protester contre la nomination de Christophe Girard. On y voit une pancarte sur laquelle est inscrit : "Mairie de Paris, bienvenue à Pedoland !"  La lettre envoyée le dimanche 19 juillet par le groupe écologiste parisien pour réclamer la suspension de Christophe Girard comme adjoint à la culture n'a pas été entendue, relèvent aussi les manifestants.

Quelques heures après cette manifestation, Christophe Girard démissionne. "J'ai 64 ans, une vie de famille épanouie et de nombreux engagements culturels, politique et associatifs, et n'ai nullement envie de pourrir ma vie plus longtemps et de m'emmerder à me justifier en permanence pour quelque chose qui n'existe pas", affirme-t-il dans un communiqué.

3Le Conseil de Paris lui rend hommage

Le lendemain, le Conseil de Paris est animé. "Je voudrais saluer l'homme Christophe Girard qui nous a donné hier une grande leçon de dignité", déclare le préfet Didier Lallement. Sa courte allocution entraîne une "standing ovation", une salve d'applaudissements quasi-généralisée. Seule, l'élue écologiste Alice Coffin crie dans l'Hémicylce : "La honte ! La honte !"

Le même jour, la maire Anne Hidalgo annonce qu'elle saisit la justice pour "les graves injures publiques" prononcées contre la mairie pendant la manifestation de la veille.

4Christophe Girard est accusé d'agressions

L'affaire en reste là jusqu'à la publication, dimanche 16 août, d'une enquête du New York Times. Dans cet article, le quotidien américain affirme que l'élu parisien a contraint un adolescent, Aniss Hmaïd, à avoir des rapports sexuels avec lui dans les années 1990. Ce dernier explique avoir été "dans une relation abusive de près de dix ans qui lui a laissé des blessures psychologiques durables".

Il a profité de ma jeunesse, de mon jeune âge et tout ça pour ses plaisirs sexuels. (...) Ça a détruit ma vie. Aujourd'hui, je me considère comme une terre brûlée.

Aniss Hmaïd

dans le "New York Times"

Interrogé par le New York Times, Christophe Girard nie avoir eu des rapports sexuels avec Aniss Hmaïd et qualifie les accusations de "calomnie". Il confirme toutefois l'avoir "souvent employé dans les années 1990, au point de le considérer comme 'un des enfants de la famille'". Dans un communiqué transmis à l'AFP dimanche soir, l'avocate de Christophe Girard affirme qu'elle compte engager des poursuites pour "dénonciation calomnieuse".

Contactée par franceinfo, Alice Coffin dit avoir "beaucoup d'admiration pour le courage de l'homme qui a témoigné dans le 'New York Times'". L'élue écologiste revient aussi sur les réactions qu'elle a suscitées en réclamant que Christophe Girard soit suspendu de ses fonctions : "Cela fait plusieurs semaines que je reçois des milliers de messages de haine, de menaces. La violence avec laquelle se sont comportés avec moi certains politiques et certains journalistes m'a glacée".

Des politiques et des journalistes ont pris la défense de Christophe Girard sans écouter ce qu'on avait à dire, comme ils avaient pris la défense de Dominique Strauss-Kahn.

Alice Coffin

à franceinfo

Après les révélations du New York Times, elle juge encore "plus terrifiantes les réactions de certains élus parisiens et du préfet Lallement qui a appelé à une standing ovation pour Christophe Girard". L'élue y voit un "cas d'école" de la surdité du monde politique sur ce type de violences.

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