"Fortnite", "Animal Crossing"... Comment les jeux vidéo sont devenus le terrain de chasse de politiques, d'associations ou de mouvances identitaires

De la campagne de Jean-Luc Mélenchon sur "Fortnite" aux associations qui tentent de venir en aide aux jeunes joueurs en danger, les jeux vidéo sont devenus un réseau social à part entière.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Un garçon de 11 ans joue à Fortnite. (NEILSON BARNARD / GETTY IMAGES NORTH AMERICA)

Le jeu vidéo est devenu un véritable réseau social. Les "gamers" jouent et discutent en même temps, comme sur le célèbre jeu vidéo en ligne Fortnite, téléchargé plus de 350 millions de fois dans le monde. Des parties qui peuvent durer des heures, totalement libre et forcément, cet univers intéresse les politiques.

Aux États-Unis par exemple, Joe Biden fait campagne, en ce moment, sur un jeu qui s'appelle Animal Crossing. Dans ce jeu vidéo édité par Nintendo, votre avatar circule dans un monde virtuel et va d’île en île à la rencontre d’autres personnages. Le jeu est extrêmement populaire, en particulier pendant le confinement. Les supporteurs de Joe Biden peuvent y afficher leurs couleur démocrate, une manière aussi de rajeunir l'image de ce candidat de 77 ans.

Les Insoumis et la plateforme Discord

En France, les élus s'y intéressent aussi, puisque c'est l'occasion de toucher un public plus jeune. Ugo Bernalicis, député La France insoumise du Nord, joue énormément, un peu moins depuis qu'il est député. Il nous explique comment, lors de la dernière présidentielle, ils se sont servis de la plateforme Discord, un forum qui rassemble des milliers de joueurs. "Le Discord insoumis a été un moteur extrêmement puissant pendant la campagne présidentielle, explique-t-il. En gros, ce sont les gamers insoumis qui se retrouvaient au même endroit en disant 'qu'est ce qu'on peut faire pour aider pour la campagne ?' Et puis, il avait sorti le jeu Fiscal Kombat, quand même. C'est dire qu'on est peut être la première force politique à avoir fait un jeu vidéo raccord avec son programme, avec sa campagne."

Dans Fiscal Kombat, c'est très simple : vous incarnez Jean-Luc Mélenchon, et le but, c'est de secouer Jérôme Cahuzac, Christine Lagarde ou Nicolas Sarkozy. C'était donc en 2017. Pour la prochaine campagne, Ugo Bernalicis a déjà des idées.

On peut tout à fait imaginer de monter une équipe sur League of Legends, sur Fortnite, estampillée France insoumise et d'aller défier les autres organisations politiques.

Ugo Bernalicis, député LFI du Nord

à franceinfo

"On pourrait imaginer ça, ça me fait marrer", sourit l'élu, qui souligne aussi l'existence du jeu Minecraft, où il existe une "grosse communauté, beaucoup de choses personnalisables et des manifs 'gilets jaunes' aussi dedans. On pourrait imaginer que Jean-Luc débarque sur Minecraft. Ce n'est pas complètement idiot". Après l'hologramme de Jean-Luc Mélenchon, pourquoi ne pas donc voir son avatar dans un jeu vidéo.

Recruter les jeunes sur les jeux vidéo

La politique commencent à entrer dans le jeu, mais des groupes d'extrême droite ont investi ce terrain depuis plus longtemps. C'est ce que révèle le journaliste Paul Conge qui a publié Les grands remplacés, une enquête sur la nouvelle génération d'extrême droite en France. Il explique comment des mouvances identitaires, nationalistes ciblent des jeunes "gamers" pour les recruter. "Je les ai suivis dans leur progression et je les ai suivis notamment sur Fortnite, où ils avaient ciblé un jeune adolescent du sud de la France, raconte le journaliste.

Ils se sont incrustés dans sa partie, ont joué avec lui et petit à petit, ont amené leur discours et faisaient des blagues antisémites.

Paul Conge, journaliste

à franceinfo

"Ils vont par exemple lui demander 'Est-ce que tu en as pas marre des Arabes ?', et petit à petit, ils regardaient s'il montrait des signes d'intérêt, poursuit-il. En l'occurrence, il en a montré et ils lui ont donné le lien pour accéder ensuite à leur espace de discussion dans lequel il se retrouvait exposé à toute une propagande antisémite et négationniste."

Un personnage pour donner l'alerte

C'est la face sombre des jeux vidéo, mais heureusement, il y a aussi des côtés positifs car le jeu peut même sauver des vies. L'association L'enfant bleu, qui s'occupe des enfants maltraités, a créé pendant le confinement un personnage sur Fortnite avec une agence de communication pour que les jeunes victimes puissent discrètement donner l'alerte.

En un mois, 1 200 enfants ont ajouté le personnage. Comme cela a très bien fonctionné, la police, la justice, les associations et les éditeurs de jeux vidéo vont se réunir dans les jours qui viennent pour voir comment ce dispositif pourrait être étendu. "Fortnite, c'était un peu notre laboratoire, c'était un terrain d'essai, explique Fabrice Plazolle, directeur de création chez Havas Sports & Entertainment. On a vu que ça fonctionnait. Fortnite, ce n'est pas le seul jeu, il y a Animal Crossing, FIFA, il y a plein de jeux qui permettent de toucher aussi des cibles différentes, des tranches d'âges différentes, des sexes différents. Il y a des jeux qui sont plus joués par les garçons ou plus joués par les filles."

L'idée, c'est de travailler avec ceux qui fabriquent les jeux vidéo maintenant pour trouver la manière efficace pour justement créer ça et permettre à des enfants de donner l'alerte.

Fabrice Plazolle, Havas Sports & Entertainment

à franceinfo

Plusieurs pistes sont possibles, comme "un personnage gouvernement" ou "un bouton SOS dans tous les jeux vidéo". Pour Fabrice Plazolle, "ce n'est pas à nous de le dire. Ce n'est pas moi qui vais vous donner la réponse. C'est pour ça qu'on fait cette task force."

À vrai dire, on se retrouve comme plongés quelques années en arrière, quand on découvrait Facebook, Twitter puis Instagram. Sauf que là, avec le jeu vidéo, il y a tout un univers à explorer qui, la plupart du temps, pousse à la créativité.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.