"La Daronne", un beau rôle pour Isabelle Huppert dans une comédie policière qui peine à sortir des stéréotypes

L'interprétation d'Isabelle Huppert est solide mais elle pâtit des rôles secondaires, pas assez écrits et qui tombent dans le cliché. 

Une image du film \"La Daronne\" (2020), de Jean-Paul Salomé.
Une image du film "La Daronne" (2020), de Jean-Paul Salomé. (GUY FERRANDIS)

Interprète pour la police judiciaire le jour, dealeuse de shit la nuit. Isabelle Huppert (Frankie, Elle) est tour à tour Patience Portefeux ou simplement "la daronne" dans le nouveau film de Jean-Paul Salomé (Je fais le mort, Les femmes de l'ombre). Le réalisateur tire de ce grand écart professionnel un long-métrage oscillant entre une comédie et un film policier aux accents de mélo.

Reportage d'E. Cornet, S. Gorny, A. Zouiouèche, P. Briclot, B. Vidal

Dans cette adaptation d’un ouvrage d’Hannelore Cayre, Patience Portefeux, une quinqua veuve et désargentée, travaille pour une brigade parisienne des Stups en tant qu’interprète franco-arabe. Elle en tire un salaire qui ne lui permet pas de continuer à payer l’Ehpad de sa mère (Liliane Rovère, qui joue aussi dans la série Dix pour Cent), dont elle observe la perte de mémoire et, avec elle, de son passé en Algérie.

Lors d’une écoute téléphonique, Patience se rend compte qu’un jeune garçon transportant de la drogue pour des trafiquants parisiens, les frères Cherkaouis, est le fils de Khadija, l’aide-soignante qui s’occupe de sa mère. Alors que le jeune homme est sur le point de se faire coffrer, Patience décide de le couvrir, à la fois par affection pour Khadija, et parce qu’elle réalise peu à peu l’opportunité de monter son propre trafic. 

Une experte du mensonge

Pour dealer dans les rues de Paris, Patience se transforme en Madame Ben Barka. Elle arpente les rues du nord de la capitale en abaya noire, foulards multicolores sur la tête et lunette de soleil sur le nez, se fichant des apparences et des considérations morales. Parrallèlement, elle continue son travail d'interprète pour la police, ce qui lui permet par ailleurs d'éviter les arrestations.

Experte en manipulation, elle ne rend de compte à personne, ment sans arrêt et à tout le monde, que ce soit à un jeune dealer avec qui elle fait commerce ou au commandant de la brigade des stups (Hippolyte Girardot). Ce dernier est un des meilleurs ressorts dramaturgiques du film. Fou amoureux de Patience, le policier est obsédé par l’arrestation de la daronne, sans savoir que c'est la même personne. Plusieurs séquences jouent avec les nerfs du spectateur qui en sait plus que lui. 

Une image du film \"La Daronne\" (2020), de Jean-Paul Salomé. 
Une image du film "La Daronne" (2020), de Jean-Paul Salomé.  (LYDIE NESVABDA)

Des personnages secondaires trop caricaturaux

Seulement, et c'est là l'une des grandes faiblesses du film, hormi ces deux figures à qui le réalisateur offre de la profondeur et une large palette d'interprétation, les personnages secondaires pâtissent d'un manque de nuances. Ils n'échappent pas aux clichés qui opposent d'un côté le pauvre garçon qui traffique pour aider sa mère besogneuse et de l'autre les deux méchants dealers, les frères Cherkaoui, deux brutes sans états d'âmes.

Chacun dans son stéréotype, les Algériens trafiquent, les Chinois blanchissent du fric et les flics sont déterminés à lutter contre le crime. Il n'y a qu'Huppert pour brouiller les pistes. Pas suffisant pour croire à cette histoire et soutenir notre attention jusqu'au bout. S'il est plutôt agréable de voir l'actrice damner le pion à ses homologues masculins, il est dommage que le film ne tienne que par sa seule interprétation. 

Affiche du film \"La Daronne\" (2020).
Affiche du film "La Daronne" (2020). (LE PACTE)

La fiche

Genre : Comédie, Polar 
Réalisateur : Jean-Paul Salomé 
Acteurs : Isabelle Huppert, Hippolyte Girardot, Farida Ouchani, Liliane Rovere
Pays : France
Durée : 1h46
Sortie : 9 septembre 2020
Distributeur : Le Pacte

Synopsis : Patience Portefeux est interprète judiciaire franco-arabe, spécialisée dans les écoutes téléphoniques pour la brigade des Stups. Lors d'une enquête,elle découvre que l'un des trafiquants n'est autre que le fils de l'infirmière dévouée qui s'occupe de sa mère. Elle décide alors de le couvrir et se retrouve à la tête d'un immense trafic ; cette nouvelle venue dans le milieu du deal est surnommée par ses collègues policiers "La Daronne".