Gérard Depardieu, un électeur girouette

Soutien de François Mitterrand en 1988, de Nicolas Sarkozy depuis 2002, le comédien a souvent changé de camp. Un itinéraire politique surprenant.

Gérard Depardieu dans \"La tête en friche\", de Jean Becker, en 2010.
Gérard Depardieu dans "La tête en friche", de Jean Becker, en 2010. (NATHALIE ENO / SCREEN PROD / AFP)

C’est une personnalité que l’on remarque lors des grands rendez-vous politiques. Gérard Depardieu pourrait assister, dimanche, au grand meeting de Nicolas Sarkozy à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Une information confirmée, vendredi 9 mars, par Le Figaro et RTL.

Le soutien de l’acteur à Nicolas Sarkozy date de 2002 mais, au vu de sont itinéraire politique, la présence du comédien n’était pas une certitude. FTVi revient sur le curriculum vitae partisan de Gérard Depardieu, un militant engagé qui a souvent changé de camp.

Pour François Mitterrand, avec les artistes

La première prise de position politique médiatique de Gérard Depardieu date de la fin des années 1980, comme le rappelle le JDD. En 1987, l'acteur s'engage dans l'éphémère "Mouvement individuel, énervant et indépendant pour la réélection de François Mitterrand", un lobby artistique qui milite pour un deuxième mandat du premier président socialiste de la Ve République. 

A l’instar du chanteur Renaud, qui publie une célèbre tribune intitulée "Tonton laisse pas béton", Gérard Depardieu s’offre la une du défunt quotidien Le Matin de Paris, en 1988, alors que le président sortant tarde à annoncer sa candidature. Son appel a pour titre : "Mitterrand ou jamais".

A la mort de François Mitterrand, Gérard Depardieu se fait plus discret. En 1995 et après, il ne soutient ni la famille socialiste ni le successeur de Mitterrand à l’Elysée, Jacques Chirac.

Un chèque aux communistes

En 2002, la défaite du candidat communiste Robert Hue est cinglante. Le champion du PCF n’obtient que 3,37 % des suffrages. Son parti lance une souscription pour se refinancer. Gérard Depardieu verse son obole, comme le relate Libération.  

Soutien appuyé à Nicolas Sarkozy

La présidentielle de 2007 marque son retour sur la scène politique et son changement de camp. Gérard Depardieu prend alors fait et cause pour Nicolas Sarkozy, le candidat de l’UMP, comme le rappelle L’internaute : "Il est le seul homme politique capable, qui fait le boulot et travaille vraiment", affirme-t-il dans un entretien accordé à Paris Match"Aujourd'hui, ce que veulent les jeunes, c'est bosser."

Depardieu, l’écologiste

Au municipales de 2008, Gerard Depardieu prend fait et cause pour le Vert Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris et candidat à sa propre succession, comme le relate Gala. Il rejoint Sapho, Guy Bedos, Sanseverino, Raphaël Mezrahi, Renaud : une cohorte d’artistes dans la grande tradition des soutiens de la gauche mitterrandienne.

A la rescousse de Georges Frêche

Deux ans plus tard, en 2010, le voilà de nouveau sympathisant socialiste. Ou presque... Gérard Depardieu vient à la rescousse de Georges Frêche dans une lettre adressée au président de la région Languedoc-Roussillon, mis au pilori depuis ses dernières déclarations douteuses sur Laurent Fabius.

"Qu'on lui foute la paix !", lance le comédien, qui se dit cependant "loin de la politique" et qui n'a "jamais été éduqué à voter", comme le rapporte 20 Minutes. L’acteur trouve néanmoins Georges Frêche "bien plus vrai et bien plus sympathique que Martine Aubry et compagnie !" 

Militant communiste (au cinéma uniquement)

La même année, Gérard Depardieu fait la promotion de son nouveau film, Potiche. Devant la caméra de François Ozon, il incarne un maire communiste. Un rôle de composition. L’acteur juge à l’époque "ridicule" la mobilisation contre la réforme des retraites et parle même d'une "manipulation des syndicats".

Circulant sur son scooter, à Paris, en octobre 2010, le comédien se retrouve bloqué par une manifestation, entouré d'une trentaine de militants CGT, chahuté par certains et conspué par d'autres. Certains se font prendre en photo avec lui, d'autres lui collent des autocollants revendicatifs sur son blouson. "Lâchez-le, c'est un sarkozyste ! N'allez plus voir ses films !", s'exclament des militants, comme le rapporte Libération.  

Retour au PS ?

En octobre 2011, c’est la primaire socialiste. Le PS se choisit son candidat à la présidentielle. Gérard Depardieu confesse son intérêt pour la primaire et plus particulièrement pour Arnaud Montebourg, dans un entretien au Parisien.

"J’ai suivi les primaires du PS à la télévision. Même si je ne m’intéresse pas beaucoup à la politique, je les ai trouvées assez passionnantes. Notamment parce que, d’habitude, on assiste à ce que j’appelle l’incompétence des petites phrases, qui prennent trop d’importance dans la campagne. Là, ce n’était pas le cas dans les déclarations des candidats. Parmi eux, j’ai trouvé Arnaud Montebourg assez bon et intéressant."

Pour Sarkozy plus que jamais

Invité du "Grand journal" de Canal+, en septembre 2011, Gérard Depardieu résume ainsi le fond de sa pensée : "Les politiques, c'est de la merde." Un seul trouve grâce à ses yeux : Nicolas Sarkozy. "Il a osé faire des choses absolument incroyables, déclare l'acteur avant de lâcher : Tous les autres politiques qui sont derrière, comme Martine Aubry 'haleine de bière', (…) sont submergés."

En décembre 2011, la présidentielle approche ; le comédien sait pour qui il votera et s’en explique au JDD : "Je n'ai pas vraiment décidé... Tout le monde sait que les erreurs faites par Sarkozy les trois premières années de son quinquennat sont rattrapées. Ce sera sans doute vers lui que j'irai."