Festival Ciné Palestine 2024 : "The Teacher", une quête de la justice en pleine colonisation portée par l’acteur Saleh Bakri

Présenté au 48e Festival international du film de Toronto, le premier long-métrage de la réalisatrice Farah Nabulsi montre la résilience des Palestiniens minés par les abus de pouvoir.
Article rédigé par Yemcel Sadou
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié
Temps de lecture : 3 min
Les acteurs Saleh Bakri et Muhammad Abed Elrahman dans le film "The Teacher" de la réalisatrice palestinienne Farah Nabulsi. (GOODFELLAS)

"J’espère que le film vous fera réfléchir", lance la réalisatrice anglo-palestinienne Farah Nabulsi dans une vidéo tournée pour les spectateurs du Festival Ciné Palestine. La cinéaste n’a pas pu se déplacer pour parler de The Teacher, son premier long-métrage de fiction. Présenté au 48e Festival international du film de Toronto en septembre dernier et aujourd'hui donc au festival parisien, le film raconte le parcours de Bassem, interprété par l’acteur palestinien Saleh Bakri (Le Bleu du Caftan), un professeur d'école palestinien pris entre son engagement dans la résistance politique et son rôle de figure paternelle auprès de l'un de ses élèves, Adam.

Son film, Farah Nabulsi le définit comme une histoire "d’amour parental et une quête de la justice". "J’espère que le film apportera un contexte qui manque parfois dans les discours et qui est tellement important pour comprendre le génocide en cours", dit Farah Nabulsi dans la vidéo pour le festival. Nommé aux Oscars, son premier film The Present a été récompensé par plus de 40 prix dans différents festivals et mettait déjà en vedette l’acteur Saleh Bakri.

"Criminalité légalisée"

Déjà récompensé du prix du jury et du meilleur acteur pour Saleh Bakri au Festival international du film de la mer Rouge, récompensant les talents émergents d'Arabie saoudite et du monde arabe, The Teacher a été tourné à Naplouse en Cisjordanie occupée, pendant trois mois.

Inspiré de faits réels, le film montre les dévastatrices inégalités entre les Palestiniens et les colons israéliens, gangrenant la vie du territoire.

Dans les montagnes ensoleillées à perte de vue de cette Palestine aride où les oliviers sont rois, les soldats israéliens rôdent et abusent de leur pouvoir sur la population. Bassem est professeur dans un village. Emprisonné à de nombreuses reprises pour avoir participé au mouvement de résistance palestinien, il s’est retiré et n’est pas retourné en prison depuis 20 ans. Avec Lisa, une volontaire anglaise militant pour la réintégration des mineurs incarcérés, il encadre plusieurs jeunes garçons passés par la prison.

L’un d’eux, Yacoub, finit assassiné par un colon israélien qui avait voulu incendier volontairement un champ d’olives sous les yeux de son frère Adam, Lisa et Bassem. La réalisatrice réussit à faire de ce drame le reflet de toutes les problématiques qui traversent les Palestiniens. Une "criminalité légalisée", comme le définit Bassem, dans laquelle les colons détruisent les maisons sans raison, menacent et ostracisent les Palestiniens en toute impunité. Adam, soutenu par Bassem et Lisa, se lance dans un procès afin d'obtenir justice pour son frère. "Il est rare que l’Etat engage des poursuites pénales", explique sobrement une avocate israélienne engagée contre la colonisation.

Résilience et dignité

"Est-ce que vous croyez encore à la justice ?", demande Adam à son professeur. "Peut-être, c’est possible", lui répond-il les larmes aux yeux. Farah Nabulsi montre avec finesse à quel point les injustices rongent les personnages, les poussant à commettre l’irréparable. La colère et le désir de vengeance deviennent le quotidien d’Adam. Les flash-back du professeur tourmenté par la condamnation à la prison de son fils font écho à son engagement dans la résistance, un espoir de mettre fin aux inégalités de traitement des vies humaines.

"Le deuil est difficile mais tuer ce colon ne te mènera à rien", essaye de convaincre Bassem. Mais la haine engendre la haine, la violence engendre la violence et Adam, pris dans un étau, n’a plus aucun espoir. Dans ce monde régi par les abus de pouvoirs, Farah Nabulsi montre malgré tout la résilience, la force et l’indéfectible capacité à se reconstruire des Palestiniens, attachés à leur dignité.

La dixième édition du Festival Ciné Palestine 2024 en Ile-de-France et à Paris se déroule jusqu’au 16 juin.

La fiche

Genre : Fiction
Réalisateur : Farah Nabulsi
Acteurs :  Saleh Bakri, Imogen Poots, Muhammad Abed Elrahman, Mahmood Bakri
Pays : Grande-Bretagne, Palestine
Durée : 
115 min
Sortie : 
Prochainement
Distributeur :
Goodfellas
Synopsis  : Un instituteur palestinien s'efforce de concilier son engagement risqué dans la résistance politique avec la possibilité d'une nouvelle relation avec Lisa, une bénévole, et le soutien affectif qu'il apporte à l'un de ses élèves, Adam.

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